L’ordre doit régner

Bernard Rodenstein
Chronique épidermique

L´obsession de l’ordre ! L’ordre doit régner !
Ainsi pensent les faibles d’esprit.


Ils ont horreur du désordre.
Quand toute chose n’est pas à la place où elle devrait être selon eux, ils se sentent égarés, perdus, déboussolés.
Ces esprits fragiles et limités parviennent souvent à des postes de commandement. La clarté et la fermeté de leurs vues simplistes impressionnent favorablement.
Voilà des êtres qui savent ce qu’ils veulent et qui resteront sur les rails. On peut leur faire confiance.

Leur côté stupide voire crétin, leur caractère entêté voire obtus, n’apparaissent en général qu’une fois installés dans les lieux de pouvoir. Au début, ils semblent tellement transparents qu’on a envie de les plébisciter et très vite l’on se rend compte qu’ils prennent des décisions catastrophiques, car ils ont peur de tout. Y compris de leur ombre.

Ils n’hésitent pas à faire feu sur les contestataires. Être critiqué leur est insupportable. Dialoguer est hors de leurs possibilités. Ils sont si facilement déstabilisés par plus intelligent et plus souple qu’eux. Alors , ils bétonnent tout et font tirer dans le tas.
Avec l’approbation de tous les faibles d’esprit de la planète. Le russe et le chinois encouragent le kazakh ! Qui se ressemble s’assemble.

Le monde est composé d’une grande diversité d’êtres qui doivent vivre ensemble. Il est indispensable qu’il soit animé par des esprits forts qui parviennent à créer de l’unité, à partir de la diversité. A la manière des grands chefs d’orchestre qui savent mener les ensembles à la baguette, au bon sens du terme, en favorisant l’expression de chaque instrument pour produire une harmonie collective.

Les « responsables » politiques sont rarement de tels chefs talentueux. Ils ont leur musique en tête et rejettent toute autre tonalité. Ils ne savent que faire des sons qui sont produits par d’autres. Ils éliminent celles et ceux qui les émettent.
Le monde est mené à la kalachnikov plutôt qu’à la baguette. Par système d’élimination plutôt qu’à l’unisson.
Et cela se vérifie partout. À tous les niveaux de la vie collective.

Les esprits faibles détiennent souvent les organes de pouvoir et se protègent en éjectant toute opposition et toute contestation. Ils n’ont pas les moyens nécessaires à la concertation et à la production de consensus.
Au nom de l’ordre qu’ils veulent imposer, le leur, brut de décoffrage et souvent idiot, ils créent le désordre absolu, en piétinant les nuances qui font pourtant le charme de notre humanité.

Trop d’ordre absurde tue l’ordre poétique qui seul sied à nos existences contrastées, tristes et joyeuses à la fois, vivaces et fragiles.
Il faut détester par-dessus tout l’ordre des faibles d’esprit. Il est morbide, cruel et inhumain.
Osons le désordre de la générosité créatrice de diversité et de beautés inattendues. En lui réside la vie.