Véronique Faucheux

C'est une réalité... Et celle-ci peut être très violente et traumatisante selon la sensibilité de l'enseignant au point de n'avoir qu'une envie : la fuir.
Dès mon premier jour d'affectation à Grande-Synthe, j'ai compris que ce métier n'était pas fait pour moi et que je ne tiendrai jamais.
Je devais aller chercher les élèves dans la cour. C'était une classe de 3ème technologique. Une prof m'avait prévenue : « Ceux-là, ce sont des durs. Il faudra t'imposer tout de suite et ne pas les laisser s'installer où ils veulent. Tu les fais asseoir par ordre alphabétique. Ce sera ton plan de classe et tu apprendras à mémoriser leur nom plus facilement. »
J'étais préoccupée. Devoir m'imposer tout de suite, c'était quelque chose que je ne savais pas faire... Ce n'était pas dans ma nature.
J'ai essayé, la boule au ventre.
Dès que je suis allée les chercher dans la cour, j'ai été accueillie par des cris de bête, des ricanements et des rots.
Mon angoisse montait. Je savais que j'allais passer un très sale moment.
Il fallait que je réussisse à m'imposer : c'était eux ou moi.
Je me suis donc arrêtée devant eux avant d'ouvrir la porte de la salle et je leur ai dit que j'allais faire l'appel et leur ai demandé d'entrer un par un et de s'asseoir par ordre alphabétique.
Je n'ai pas eu le temps de terminer qu'ils poussaient déjà des cris d'orfraie en me disant que c'était n'importe quoi, que les autres profs ne faisaient pas ça, etc.
Je leur ai dit : « Avec moi, ce sera comme ça au début. Après, ça pourra changer si vous êtes sages. »
Dès que j'ai ouvert la porte, ils m'ont bousculée et ont failli me faire tomber. Et ils se sont assis où ils ont voulu ne respectant déjà pas la première consigne.
Dès lors, j'ai compris que j'avais déjà échoué et que je vivrai l'enfer. J'ai compris aussi que je ne poursuivrai pas ce métier, que je devais tout faire pour le quitter.
Car personne ne devrait aller travailler avec la boule au ventre...


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