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23 janvier 2026

Michel Spitz
23/1/2026

LE MIRACLE D’HÉLIANE … ATTENTION CHEF-D’ŒUVRE

Dans la pénombre d’une geôle glaciale, des voix angéliques appartenant à un autre monde résonnent dans la tête d’un prisonnier condamné à mort. Héliane "Bienheureux ceux qui aiment. Ceux qui ont aimé ne mourront pas. Et ceux qui sont morts par amour ressusciteront."
Après avoir donné en création française La Ville morte (Die Tote Stadt) de Korngold en 2001, l’OnR récidive en proposant pour la première fois en France le très attendu Miracle d’Héliane, chef-d’œuvre créé en 1927 dont on ne s’explique pas l’oubli dans lequel il est tombé. L’histoire s’inspire des mystères médiévaux et de la littérature "fin de siècle". On ne peut que remercier Alain Perroux qui, après avoir accueilli Guercoeur de Magnard, programme cette œuvre pour sa dernière saison à l’OnR. Un véritable cadeau !
Korngold emprunte indéniablement à ses grands prédécesseurs comme Verdi et Wagner et à des contemporains tels que Mahler, Strauss et son professeur Zemlinsky. Il incarne le dernier souffle du romantisme viennois. Ses thèmes d’un grand lyrisme sont soutenus par des harmonies riches et complexes. Une orchestration sophistiquée, fascinante et expressive contribue à la richesse de son langage. Un grand sens de la théâtralité et de l’expressivité émane de l’opéra. Ici, la musique participe à la création d'une atmosphère de menace et de tentation… où bouillonnent passion, volupté, sensualité, jalousie, amertume, cruauté et scintillent les cieux à faire gronder le tonnerre ! Avec plein d'énergie, de relief et de puissance expressive, l’OPS relève brillamment le défi, sous la direction précise et inspirée de Robert Houssard. Le plateau des chanteurs est remarquable et la belle Camille Schnoor, soprano franco-allemande, lumineuse, éperdue de passion et infiniment séduisante s’épanouit à merveille dans le rôle-titre. Louons également les six juges bien en place, rôles tenus par les artistes de l’Opéra Studio de OnR, et le chœur, magnifiques de puissance et de chaleur.
La mise en scène de Jakob Peters-Messer limpide et efficace évolue avec intelligence pour épouser l’œuvre au fur et à mesure que le drame se noue dans un décor d’abord sobre et dépouillé surmonté d’un ciel de miroirs qui se fendra en une spectaculaire croix scintillante lors du final de la résurrection de l’Étranger, apothéose qui scelle le triomphe de l’amour sur la tyrannie et la mort, dans une atmosphère de transfiguration quasi religieuse.
Crédit photo opéra © Klara Beck
Et surtout, ne ratez pas cette rare occasion de découvrir ce chef-d’œuvre ! À l’Opéra Strasbourg les 24, 27, 29 janvier à 19h00 et le 1er février à 15h00.