Joseph SPIEGEL


7/1/2022

Nous touchons sans doute le fond
 
La campagne présidentielle qui s’offre à nous met en relief la crise profonde, éthique, démocratique, politique qui désespère nombre de nos concitoyens.
Sans aller aux sources athéniennes de la Parrêsia  (le franc-parler) auxquelles se réfère mon ami Raphaël Glucksmann, je mesure combien la posture politicienne (je suis dans l’opposition, je m’oppose ; je suis dans la majorité, j’ai raison) nourrit le ressentiment qui habite de plus en plus notre société.
Il ne peut exister de qualité démocratique qui n’affirme d’abord la volonté de « parler vrai ». Quoi qu’il en coûte. Cette volonté était habitée notamment par Pierre Mendès France ou plus proche de nous, par Michel Rocard.
C’est la base de ce que j’appelle la « démocratie-construction ». Elle doit être interactive, lente , édifiante. Elle accepte la complexité (chère à Edgar Morin) : elle revendique la fertilisation des points de vue différents ; elle associe de plain-pied, le temps qu’il faut, toutes les ressources de sens, d’intelligence, d’expertise et d’engagement.
Elle pratique une grammaire, celle du dialogue quand la vieille politique use d’un lexique : celui de la caricature, de la séduction … de la posture.
Et de songer à Hanna Arendt : « Le pouvoir nait quand les hommes travaillent ensemble ; il disparaît lorsqu’ils se dispersent. »
On en est loin !



L'autre démocratie

Cette « autre démocratie », elle est exigeante ! Elle n’est pas la sommation des égoïsmes, l’addition des envies, une moyenne des avis.
Elle sollicite de chacun le meilleur de soi pour construire du commun ! 
Voilà pourquoi toutes les démarches, tous les dispositifs, toutes les occasions, tous les processus de décision doivent favoriser la transitivité entre :
- le Je et le Nous
- le cas particuliers et l’intérêt général
- l’immédiat et le long terme
Voilà pourquoi je considère que l’idéal démocratique, c’est une démocratie de fraternité.
Rien de bisounours, mais la capacité de poser sur la table des désaccords pour construire des accords. Il n’y a pas plus difficile et il n’y a pas plus beau humainement !
Et voilà pourquoi le rôle de l’élu ne peut se contenter d’être dans la décision : il est aussi l’animateur du processus de décision.
Il ne peut se contenter d’être fournisseur de services. Il est aussi le catalyseur du pouvoir d’agir.
Il sera à la Démocratie ce que Maria Montessori et Célestin Freinet furent à la pédagogie active.
Et quand la démocratie de participation peut se mettre au service de la justice sociale et de l’exigence écologique tout à la fois, on aura compris que c’est l’enjeu de ce moment historique.
C’est par le dialogue, l’intelligence collective que le pays pourra répondre aux trois cris d’urgence qui nous viennent des profondeurs : l’urgence sociale, l’urgence climatique par l’urgence démocratique.
Si Kingersheim aura pu contribuer à ouvrir la voie, montrer les enjeux, les difficultés et l’absolue nécessité d’une démocratie - construction continue, réelle et effective, le sentiment qui m’habite ce n’est pas la fierté mais le bonheur mais aussi l’humilité de penser qu’il reste tant à faire !
Face à la pauvreté affligeante de l’alphabet politicien, face au simplisme démagogique des chants populistes, il y a à construire une grammaire démocratique qui fait vraiment peuple.
Celle où la fraternité en constitue l’alpha et l’oméga !


Voir également l'article de Frédérique MEICHLER (L'ALSACE du 18 décembre 2018) :




Jo Spiegel : la démocratie participative (1)