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8 mai 2026

Michel Spitz

L’ABSENTE - Créer en l’absence, en dialogue avec La Vierge au buisson de Roses

- 8/5/2026 - La Vierge au buisson de roses de Martin Schongauer (vers 1473), longtemps exposée dans le chœur de la Collégiale Saint Martin, a vécu, il y a une cinquantaine d’années, une aventure rocambolesque. Volée dans une nuit de janvier 1972, elle est retrouvée dans le garage d'un particulier en juin 1973 dans la banlieue lyonnaise. Elle retrouvera sa place à Colmar et sera mise, pour des raisons de sécurité, dans le chœur de l'église des Dominicains, où elle est visible depuis.
Elle vient de quitter temporairement son lieu d’exposition colmarien pour être présentée au musée du Louvre dans le cadre d’une exposition consacrée au maître rhénan.
Ce déplacement, comme le précédent, soustrait l’œuvre de son lieu d’origine et produit une situation singulière : celle d’une absence à la fois concrète, symbolique et active.
À l’initiative de Karin Graff, quatre artistes : Fernande PETITDEMANGE photographie - Germain ROESZ, peinture - Mitsuo SHIRAISHI, gravure - Viktoria von der BRÜGGEN céramique, s’engagent dans un travail de création collective autour du chef-d’œuvre de Martin Schongauer. Le tableau de La Vierge au buisson de roses devient le point de départ d’une expérience inédite, humaine et artistique.
À partir de l’usage de leur médium respectif, les artistes dressent leur retable qui se réfèrent à sa forme originale, ses panneaux latéraux et son revers. S’y ajoute un travail sur la couleur, ainsi qu’une circulation entre les médiums : gravure, photographie, céramique et peinture. Le projet, en évolution permanente au cours de son élaboration : par ajouts, par contacts, par retraits, par simplifications, par correspondances et ajustements. Cette originale démarche collaborative ouvre le regard de chaque artiste sur le monde de l’autre et modifie la perception initiale. L’objectif demeure que l’œuvre collective produite porte en elle un horizon nouveau. Schongauer reste le référent pour l’iconographie et la précision picturale comme dans la mémoire collective et personnelle des artistes.
L’exposition de ces pièces a choisi d’investir plusieurs lieux symboliques colmariens. Deux retables sont à découvrir au Pôle Média Culture, un autre à la Bibliothèque des Dominicains. Bientôt deux autres retables viendront prendre place à la Collégiale Saint Martin.