Michel Spitz
MUSÉE MARMOTTAN MONET, PARIS
Le Musée Marmottan Monet occupe un élégant hôtel particulier niché au cœur du chic 16e arrondissement, en bordure du bois de Boulogne. Demeure d'un collectionneur, à l'origine, le lieu a été légué à l'Académie des beaux-arts avant de s'enrichir au fil des donations. Aujourd'hui, c'est un musée intime, loin de la foule des très grandes institutions, idéal pour s'immerger dans l'univers de Claude Monet. Renommé pour sa collection impressionnante d'œuvres de Claude Monet, le musée offre une plongée unique dans la vie et l'art du peintre. Cette impressionnante collection a été constituée notamment grâce à un legs majeur du fils du peintre. On peut ainsi suivre l'évolution du maître, des premières toiles jusqu'aux célèbres recherches de la fin de sa vie, autour de son jardin de Giverny et des célèbres nymphéas. Le musée conserve aussi des œuvres d'autres impressionnistes ainsi qu'une collection d'enluminures, qui complètent la visite. La pièce maîtresse du musée est « Impression, soleil levant », peinte par Monet en 1872. C'est cette toile, montrant le port du Havre dans la brume du matin, qui a donné son nom au mouvement impressionniste après qu'un critique en eut tiré le terme, d'abord ironique. Se trouver devant cette œuvre, c'est contempler l'acte de naissance d'une révolution picturale : la priorité donnée à la sensation, à la lumière et à la couleur sur le dessin et le sujet. On comprend, en regardant cette toile, pourquoi tant d'historiens y voient un seuil : à partir d'elle, la peinture cesse de viser la ressemblance exacte pour devenir l'enregistrement d'une perception, fugitive et personnelle. Le musée présente par ailleurs des œuvres de la dernière période de Monet, marquées par une dissolution croissante des formes au profit de la couleur et de la lumière. Devant ces grandes compositions tardives, la parenté avec l'abstraction qui allait s'imposer au XXe siècle apparait manifestement: la nature s'y efface presque entièrement derrière la matière picturale.
Le musée consacre actuellement une exposition temporaire à Giovanni Segantini (1858–1899), une figure majeure du symbolisme de l’autre côté des Alpes, en Suisse et en Italie. Tout comme Monet à Giverny, ce singulier symboliste à la touche divisionniste s’est intéressé aux fluctuations de la lumière dans les paysages alpins des Grisons… Le musée consacre à cet artiste méconnu sa première rétrospective française. Méconnu en France, Giovanni Segantini (1858–1899), Vassily Kandinsky le considérait même comme un pionnier de l’abstraction tant sa peinture exprimait, par sa touche divisionniste, une vision dématérialisée du monde digne des « chercheurs de l’intérieur, dans l’extérieur ».
Photos © Michel Spitz
Impression, soleil levant (1872)
L'œuvre fondatrice de Claude Monet va donner son nom au mouvement. Il y a plus de 150 ans, un groupe d'artistes exposait pour la première fois à Paris. En 1874, la première exposition du groupe a lieu dans les locaux du photographe Nadar, sur le boulevard des Capucines, à Paris. Très critiqué, l'événement crée une véritable onde de choc. Le jour du vernissage, un critique d'art, le journaliste Louis Leroy dans le journal Le Charivari les railla dans un article. C’est par moquerie qu’il leur donna l'idée d'appeler leur mouvement "impressionnisme". Monet y présente « Impression, soleil levant », manifeste de l’esthétique de la rapidité. L’œuvre fait sensation, la critique se déchaîne face à ces artistes considérés comme des barbouilleurs…
Claude Monet dans son jardin de Giverny. Photographie de Jacques-Ernest Bulloz prise en 1905.
Giovanni Segantini
Giovanni Segantini


















































