Loïc Jaegert-Huber
- 13/4/2026 - Depuis plusieurs jours, on explique aux Alsaciennes et Alsaciens qu'ils seraient égoïstes, qu'ils voudraient s'isoler ou qu'il y aurait bien plus urgent à traiter.
Justement ! Une organisation publique adaptée n'est pas un caprice institutionnel, c'est un préalable pour agir plus efficacement sur les sujets qui préoccupent vraiment les gens.
Quelques exemples très concrets du quotidien, issus de remontées de terrain très factuelles.
Formation et emploi
La formation professionnelle dépend de la Région. L'insertion sociale (RSA, accompagnement...) dépend du Département (CeA). Résultat : pour quelqu'un qui cherche à se reconvertir ou à retrouver un emploi, il faut souvent passer par plusieurs guichets qui ne travaillent pas toujours au même rythme. Beaucoup disent simplement : "On ne sait plus à quelle porte frapper."
Création d'entreprises
L'aide économique relève de la Région. L'aménagement des zones d'activité ou l'accompagnement local dépend souvent des intercommunalités ou du Département. Monter un projet peut donc impliquer plusieurs interlocuteurs publics, avec des procédures et des calendriers différents. Beaucoup d'entrepreneurs témoignent : "On passe plus de temps à comprendre qui décide qu'à développer notre activité..."
Transports et mobilité
La Région gère les trains régionaux (TER) et une partie des transports interurbains. Les routes départementales dépendent de la Collectivité européenne d'Alsace. Sur certains projets de mobilité ou d'intermodalité, cela suppose une coordination constante entre plusieurs niveaux, qui peut ralentir les décisions. Un maire me résumait récemment : "Tout le monde est compétent… donc tout le monde se marche sur les pieds."
Formation et bilinguisme
Le soutien aux politiques linguistiques ou éducatives implique à la fois l'État (Éducation nationale), la Région (formation professionnelle) et la Collectivité européenne d'Alsace. Dans un territoire frontalier où plus de 100 000 personnes travaillent en Allemagne ou en Suisse, cette coordination est pourtant stratégique. Des chefs d'entreprise et recruteurs le disent clairement : "Nous cherchons des techniciens parlant allemand… et nous n'en trouvons pas assez."
Sport et vie associative
La structuration des ligues sportives a été élargie à l'échelle du Grand Est dans plusieurs disciplines. Concrètement, cela signifie parfois des déplacements beaucoup plus longs pour des clubs amateurs, ce que de nombreux bénévoles signalent depuis plusieurs années. On entend souvent : "Pour un match de jeunes, on traverse parfois la moitié de la région, avec des coûts bien plus élevés qui nous font parfois renoncer."
Coopération transfrontalière
Les projets européens ou rhénans impliquent aujourd'hui plusieurs niveaux : État, Région, collectivités locales. Dans certains cas, les délais de décision ou de financement peuvent s'allonger, alors même que la coopération avec l'Allemagne ou la Suisse est une réalité quotidienne. Certains porteurs de projets (et même un élu allemand de la Regio TriRhena ce week-end !) disent : "Comme ce n'est pas vraiment la priorité du Grand Est, on accumule les retards avec un manque criant de validations."
Au final, personne ne dit que tout fonctionne mal. La Région Grand Est mène aussi des politiques utiles, notamment sur les grandes infrastructures, l'économie ou les transports ferroviaires.
Mais 10 ans après la réforme territoriale de 2015 faite "sur un coin de table" (dixit François Hollande !), il n'est pas illégitime de se demander si certaines décisions ne gagneraient pas à être prises plus près du terrain.
Et cela ne signifie absolument pas tourner le dos aux voisins !
L'interrégional doit évidemment fonctionner à plein régime quand c'est pertinent. Les trains ne s'arrêtent pas à la frontière entre l'Alsace et la Lorraine, ni à celle du Territoire de Belfort. Les coopérations économiques, universitaires, culturelles... doivent bien évidemment continuer.
"Quelle est la bonne échelle pour décider efficacement ?" doit être notre vraie boussole.
Poser cette question n'est ni du séparatisme ni de l'égoïsme ! C'est simplement chercher à organiser l'action publique de la manière la plus efficace possible pour les habitants. En Alsace, comme en Lorraine ou en Champagne-Ardenne.