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26 septembre 2020

26/9/2020

Isabelle Kieffer

Ça m’a agacée (FR3) ce concert de louanges pour G. Meyer sans que le journaliste n’évoque brièvement en contrepoint les erreurs d’orientation et de choix tout en n’hésitant pas à montrer des images où G. Meyer était visiblement très malade et diminué.

Après avoir vu dans L’Alsace l’appel aux dons d’Espoir je crois que cette association est en piteuse posture. Aucune activité pendant x mois, magasin fermé, aucune vente. Jardinage, menuiserie, déménagements… en plan. Des bénévoles de plus de 60 ans qui ont peur de reprendre par peur de la COVID, il a bien fallu restreindre les activités. Ce qui m’a été confirmé par leur menuisier venu poser des étagères. Les responsables en sont sûrement les premiers inquiets et désolés. Les cours de FLE à la Cimade n’ont pas repris non plus.

Que le patronat esclavagiste de l’hôtellerie-restauration profite de la situation n’a rien d’étonnant, d’autant que le système français est plutôt protecteur pour les employés en cas de chômage. On ne peut qu’encourager les jeunes à faire des études pour ne pas être réduits à travailler comme des forçats avec des horaires impossibles et des salaires de misère.
Quand ces patrons ne trouveront plus d’employés, il faudra bien qu’ils changent de comportement et de grille salariale.
Je ne serais pas fâchée de voir certaines terrasses se ratatiner au lieu de s’étendre de plus en plus (le Pfeffel va atterrir dans le musée) en servant une bouffe moins que médiocre, certains bars à ivrognes (Grand-Rue) partir ailleurs.

Cavaler dans tous les sens, se référer à Facebook et s’y activer, ne vouloir déplaire à personne et surtout pas aux propriétaires de chalets qui en plus paient pour être là, le marché de Noël on n’y coupera pas alors qu’on s’est bien passé de la Foire aux vins, de la fête du marché couvert etc., difficile d’avoir le beurre et l’argent du beurre ; les magasins de souvenirs je ne les regretterai pas.

Il y a effectivement un problème de police municipale habituée à tourner mollement pour surveiller le stationnement, pas à assurer la sécurité, on n’en voit jamais à pied. Si, une fois, arrêtée par la brigade verte qui a contrôlé si j’avais les sacs pour mon chien ! En fin de soirée, le dimanche, il m‘arrivait de croiser des individus assez inquiétants ravis de faire peur aux petits vieux, des jeunes faisant les zouaves en scooter, dans la nuit, c’était les ivrognes.

On peut écrire aux adjoints. Ils répondent vite, sans l’arrogance des anciens. Nous, nous avons une association de quartier (un peu minable mais gentille) qui obtient des choses (urbanisme).

17 juillet 2020

Edouard Dabrowski

Un monde chaotique et dérisoire


L'Espace d'art contemporain André Malraux accueille le peintre Marcos Carrasquer. Né d'une famille ayant fui le franquisme, il fit les Beaux-arts à Rotterdam. Actuellement il vit à Paris. D'emblée c'est le choc émotionnel quand on se retrouve face à son univers. Avant même de le décortiquer, on est subjugué par la magnificence des couleurs. Formidable dessinateur, excellent peintre, Marcos Carrasquer s'attache à rendre avec beaucoup de minutie la texture des objets les plus divers. Que nous montre-t-il ? Dans un grouillement à la Bosch avec l'ironie mordante des illustrations satiriques, son univers fourmille d'une multitude d'éléments hétéroclites. C'est ainsi que dans le même tableau le spectateur découvre pêle-mêle flocons de neige, piscine gonflable, sèche-cheveux, escabeau, livres, de drôles de personnages, Trump en épouvantail et le portrait du peintre qui apparaît sur un écran de smartphone... Un grand chamboulement où le rêve et la folie flirtent avec la réalité en un invraisemblable capharnaüm.
En dénonçant les dérives de notre société, Marcos Carrasquer en donne une vision apocalyptique, pointant du bout de son pinceau sa futilité, la course au profit, le côté dérisoire de nos activités. L'ambiance foncièrement pessimiste de son œuvre est tempérée par un humour qui « renforce notre instinct de survie et sauvegarde notre santé d'esprit ».

L'exposition sera visible jusqu'au 25 octobre 2020 à l'Espace d'art contemporain André Malraux, 4 rue Rapp à Colmar.
Mardi, mercredi, vendredi, samedi et dimanche : 14h à 18h
Jeudi : 12h à 17h





13 juillet 2020

Fabien Nierengarten

Quand il m'arrive de m'interroger comme hier, à l'occasion du décès du chauffeur de bus de Bayonne, sur ce que nous avons pu "mal faire" depuis une trentaine d'années, pour que notre société parte ainsi en vrille (et je reste poli), j'en arrive souvent cette question : tout cela n'est-il pas un peu la faute de la suppression du service national ?

Ceux qui me connaissent savent que je suis loin d'être un mordu de l'uniforme, du commandement et de l'ordre, même si dans ma tête, j'ai toujours besoin d'un minimum d'organisation (merci les études de droit). Je ne pense pas être non plus du style à me dire "je suis passé par là, les jeunes doivent donc y passer aussi". Ça ferait définitivement de moi, le vieux con que je refuse obstinément de devenir...

J'ai fait mon service militaire en 1986, en plein milieu de mon parcours universitaire. Sans enthousiasme, mais aussi sans la moindre tentation d'y échapper, puisque c'était le sort de (presque) tous les gars de ma génération et qu'il était donc normal de m'y plier. Même si j'avoue que sur le moment, j'ai eu les boules de "perdre" un an par rapport aux filles de ma promo et à ceux de mes potes qui se faisaient réformer. No comment.

Avec le recul, cette année a pourtant été l'une des plus enrichissantes de ma jeune vie de l'époque. Bon OK, je n'ai pas beaucoup participé à des moments qui auraient pu être douloureux pour mon corps ou pour mon amour-propre. Mais quelle leçon d'humilité et de modestie quand on te fait comprendre que tu n'est qu'une infime partie de la Nation. Et que de moments de fraternité et de solidarité quand tu surmontes ces instants difficiles, grâce au soutien de mecs avec qui tu n'as (normalement) rien en commun, et que la vie (normale) ne t'aurait jamais fait rencontrer.

Avec mes copains de régiment venus des Antilles, de Nouvelle-Calédonie, de la région parisienne (du 9.3, pas de Neuilly), mais aussi du fin fond de la Creuse ou de l'Ardèche, nous cherchions constamment à profiter de ce qui nous réunissait, plutôt que de chercher à savoir ce qui nous différenciait, notamment les origines sociales. Nous apprenions à faire "corps" pour rendre service et nous partagions une même fierté, celle de faire partie ensemble d'une même Nation.

Je sais combien il serait difficile de réinstaurer cette "parenthèse" obligatoire dans la vie de chacun (et de chacune) de nos jeunes. Et pourtant, en les obligeant à donner quelques mois de leur vie à la Nation, en contrepartie de tout ce qu'elle leur a donné auparavant (sécurité, scolarité, solidarité,...), ils pourraient peut-être retrouver un même idéal et des façons communes de l'atteindre. Voire même peut-être, de transmettre ces valeurs à ceux de leurs parents qui les auraient éventuellement oubliées.

12 juillet 2020

Stéphane Jordan

La rencontre entre deux mondes !

Aujourd’hui, alors que je suis en train de ramener un client chez lui, j'aperçois Mr SISSLER ancien adjoint de Mr MEYER avec qui j’avais déjà pu échanger au sujet de mon projet de vélo taxi et qui y était complètement opposé.

Je m’arrête à son niveau pour le saluer et lui montrer que mon service est utile aux Colmariens.

Je lui fait remarquer que désormais les choses ont changé et que l’avenir s’annonce plus favorable pour mon entreprise. Je lui tends la perche en lui disant que de toute façon il n’avait pas vraiment eu son mot à dire à l’époque, il me répond qu’en effet, Mr le Maire était contre.

Puis il ajoute d’un ton méprisant, « vous savez, vous ne ferez pas fortune avec votre truc ! » Je lui réponds qu’en effet ce n’est pas le but, et que mon objectif c’est avant tout d’aider les Colmariens à aller faire leur courses, les emmener chez le kiné, chez le coiffeur, bref tout ce qui fait la profession d’exploitant de vélo taxi !

C’est donc la rencontre entre deux mondes, celui des gens qui ne pensent qu’au fric, à l’argent, au pognon ! Et celui des gens simples, qui ne souhaitent qu’orienter leur vie vers le service et prendre du plaisir dans leur fonction. Je n’ai jamais pensé faire fortune en lançant mon activité de vélo taxi, par contre le bonheur des enfants que je transporte, la bienveillance des gens que je croise et avec qui je discute tous les jours, les remerciements que je reçois des clientes que je véhicule et que j’aide de A à Z, c’est ça ma richesse. La réussite a plusieurs visages et elle ne passe pas toujours pas la partie financière. Ce vieux monde dont vous faisiez partie Mr SISSLER est fini, place aux vraies valeurs !



11 juillet 2020

Fabien Nierengarten

Philippe Monguillot, le chauffeur de bus de Bayonne est donc décédé hier soir. Comme c'était hélas prévisible, il n'a pas survécu aux blessures qui lui ont été infligées par quatre tarés profonds, alcoolisés ou drogués, voire les deux, qui l'ont battu à mort alors qu'il ne leur demandait que de respecter les règles applicables à tous les usagers des transports en commun.

J'essaie de comprendre pourquoi ce meurtre me touche tout particulièrement. Sans doute parce qu'il vient briser la vie d'un brave type qui, après avoir trimé pendant toute sa vie, rêvait de pouvoir enfin en profiter, en compagnie de sa famille... dont il faut d'ailleurs admirer la dignité et la confiance en la justice.

Sans doute aussi parce qu'il a été victime, comme beaucoup d'autres, de cette violence du quotidien qui se banalise et que certains trouvent "normale", sous prétexte qu'elle est provoquée par une "colère" sociale. Comme si tous les gens en précarité se mettaient à taper sur tout ce qui bouge !!

Sans doute enfin, parce que ce chauffeur de bus a payé de sa vie, le fait d'avoir voulu défendre la société en laquelle il croyait, celle qui pose des règles pour que chacun puisse y trouver sa place et y vivre en paix. Comme les policiers, comme les pompiers, comme tant d'autres agents publics qui s'exposent au danger, en exerçant tout simplement leur mission. Et en se trouvant confrontés à des énergumènes sans la moindre foi, ni la moindre loi... et surtout, sans ces valeurs fondamentales qui font qu'on ne les transgresse pas.



5 juillet 2020

Monique Maitte

Fabien Nierengarten

Cette dame fait partie de mes belles rencontres sur FB. C'est l'une des premières qui m'a fait élargir le cercle de mes "amis", au-delà des personnes que je fréquentais dans la vraie vie ou par des amis interposés. Nous nous sommes connus en partageant des commentaires sur la page d'un ami commun. Et surtout, nous nous sommes reconnus dans des convictions et des valeurs similaires. Puis, nous nous sommes mis à commenter nos publications respectives, toujours sans vraiment nous connaître.

Progressivement, cette dame est entrée dans ma vie virtuelle et je suis un peu entré dans la sienne, découvrant grâce à quelques photos, son lieu de vie en campagne très modeste, foisonnant d'animaux venant de partout et de nulle part, et de gens qui leur ressemblaient un peu. C'est vrai que je la trouvais parfois un peu bizarre, cette dame. D'une grande culture et d'une grande sensibilité, mais pas trop en phase avec ce monde virtuel et parfois artificiel qui est celui de FB.

J'avoue que je ne me suis pas rendu compte de son absence parmi nous durant les trois dernières semaines. Je n'ai donc pas pu m'en inquiéter, ni même m'en soucier. Mais hier, j'ai appris par un post du même ami commun, que cette dame nous avait définitivement quittés. De la même façon qu'elle a vécu : avec discrétion et beaucoup de dignité. Je reconnais que ça m'a foutu un sacré coup.

Puis, les hommages se sont multipliés. D'abord sur FB, puis dans la presse, et même par la voix de la nouvelle maire de Strasbourg, à peine quelques minutes après son élection. C'est là que j'ai appris, de nombreux mois après l'avoir rencontrée ici, que Monique Maitte était une très grande dame, qu'elle défendait avec acharnement les sans-papiers, les sans-abris et les sans-familles, et qu'elle-même avait connu la misère et la vie dans la rue pendant de longues années. Je pense fort à elle aujourd'hui.

Ainsi vont les réseaux sociaux... On y trouve le pire, mais aussi le meilleur. A l'image de la vraie vie. Comme moi, vous avez peut-être quelques amis FB qui vous suivent désormais de l'au-delà. Et comme moi, ça vous fait froid dans le dos de vous dire qu'un jour, certaines de vos connaissances apprendront votre propre disparition en cliquant le matin sur la petite icône bleue. Parfois même avec quelques jours de retard. Mais ainsi va la vie. Et en attendant la mort, elle est ce qu'il nous reste de mieux.



30 juin 2020

Isabelle Kieffer

Et après ?

À la suite de la lecture d’articles sur le tourisme de masse, je propose deux pistes de réflexion pour le nouveau maire et son équipe :

1/ « Dubrovnik est devenue invivable quand elle a cessé d’être une ville pour devenir une destination. »

2/ « Comment changer de modèle sans tuer la poule aux œufs d’or ? »

Monsieur le Maire, rendez-nous notre ville et ouvrez-lui de nouvelles perspectives d’activités et d’emplois.

Patricia Schillinger

Billet d'humeur

Hier soir, les résultats du 2ème tour des élections municipales ont marqué une nouvelle étape dans notre vie politique.
L’abstention, trop forte, est finalement la seule gagnante. Trop d’électeurs ne se sont pas déplacés et l’on ne peut accuser le seul Covid19, tant l’abstention est symptomatique de la démocratie française. 4 électeurs sur 10 sont allés aux urnes. Pourtant, la commune est notre premier interlocuteur, le premier acteur de notre quotidien. Le maire est le premier élu vers qui on se tourne. L’abstention d’hier, c’est le résultat d’un double manquement : celui du désintérêt pour la chose politique et une offre politique parfois peu satisfaisante. Mais on peut aussi s'interroger sur sa véritable légitimé et le sens de son engagement lorsqu'on est élu avec moins d'un tiers des inscrits, pour réussir son mandat et tout faire pour satisfaire la majorité silencieuse.
Mais c’est aussi le résultat d’un virus qui ne lâche pas encore prise même s’il semble reculer. Le coronavirus a modifié la donne sur les élections municipales, offrant malgré lui une campagne électorale qui ne disait pas son nom, offrant aux candidats une opportunité de se démarquer. Et l’abstention est venue parachever cette campagne au long cours. D’habitude, nous avions une semaine pour décider de qui dirigera notre commune. Cette année, nous avons eu trois mois. Cette longue marche vers la victoire ou la défaite était épuisante pour tous mais la démocratie a parlé et l’essentiel est là.
Effectivement, hier soir, ma déception était à la mesure de certaines défaites, à Mulhouse comme ailleurs. Partout en France, nous avons vécu une campagne difficile, dans un contexte particulier. On ne rejouera pas le match, du moins pas avant 2026. Néanmoins, une nouvelle offre politique, qui rassemble au-delà des clivages traditionnels, est en marche.
L’écologie est au cœur des préoccupations de nos concitoyens. Depuis plusieurs années, une véritable prise de conscience collective se fait jour. Dans notre département, certaines communes ont fait des efforts considérables pour modifier les façons de penser, de trier, de se déplacer, et avec succès. L’écologie, plus qu’une affaire politique, c’est l’affaire de tous. Hier soir, nous en avons eu la preuve.
Depuis la Cop 21, les Français regardent autrement leur environnement. Puis il y a les mouvements de fonds, comme les canicules toujours plus difficiles, les images de déforestations et de sécheresses, toujours plus proches de nous. Il y a eu Greta Thunberg aussi, qui a mis en avant ce que sa génération veut pour la planète. Enfin, le confinement a porté une voix verte, les gens prenant conscience de leur environnement et du rôle de la proximité.
Aujourd’hui, le ciel est gris. Certains y verront un signe. Au moment où je rédige ces lignes, le soleil reparaît, comme le symbole d’une renaissance. En politique, tout revient mais tout peut aussi changer. Nous sommes au service des citoyens et de leurs représentants, quels que soient les scores. Hier, nous avons eu un message fort : le monde doit changer. Le jour d’après, il passe par la protection de tous, qu’elle soit environnementale ou sociale.
Les élus de mars dernier et ceux d’hier ont une responsabilité inédite : faire du futur autre chose que le passé recomposé. Aujourd’hui, les citoyens veulent que nous conjuguions nos forces pour un lexique commun. Notre responsabilité d’élus, c’est d’écouter, pas seulement d’entendre. Hier soir, nous avons entendu un double appel, celui de l’abstention et d’un monde plus vert.
Aujourd’hui, il faut écouter ce double appel et y répondre avec conviction. Le temps de l'imparfait doit s'achever pour un impératif collectif nécessaire.

27 juin 2020

LE SAUMON CHANTANT

La Dernière Conquête


La peau lisse, tirée par le gonflement et flottant à la dérive, le Roi se sentit rajeuni. Poussé par le vent, il décida de reconquérir une nouvelle fois le royaume. En fait, l’euphorie provoquée par l’éther était telle qu’il se sentait de taille à reconquérir le royaume encore un millier de fois.
Il faut dire en effet qu’une bonne farce se jouait devant le peuple de Colmar à chaque demi-douzaine d’années : les grandes joutes publiques !
Qui en avait le courage pouvait venir affronter le Roi avec son équipe. Le gagnant était celui qui obtenait les acclamations du public.
Bien sûr, il est plus facile d’acclamer une figure connue, et le Roi s’assurait que l’on n’oublie jamais la sienne. Tout le temps de son règne tambours et trompettes circulaient de toutes parts pour rappeler les mérites du Roi, jouant assez haut et fort pour assourdir le reste.
Un journal était distribué aux habitants du Royaume, non pour leur parler des nouvelles de la Ville, mais mettre en valeur le Roi par des portraits de face et de profil et de tous les angles possibles qui auraient pu mettre sa majesté en valeur.
Lorsqu’il s’adressait au peuple, le Roi parlait de l’Or de la Ville et de ses Palais et leur contait que c’était la plus belle Ville du Monde.
Les petites gens flattées se disaient qu’ils avaient décidément un bon Roi. Celles qui avaient peu l’occasion de voyager et s’estimaient bien chanceuses d’habiter le plus beau Royaume du Monde.
Et devant tant d’assurance et de prestance elles n’hésitaient pas à venir acclamer le Roi à chaque joute.
Comment les mauvaises langues des équipes adverses pouvaient d’ailleurs oser prétendre que la Ville n’était pas si belle ? Une Ville que l’on venait visiter depuis le fin fond des contrées d’Orient ! C’était bien la preuve quand même !
Le peuple était dans la poche, il fallait toutefois aussi affaiblir l’adversaire. Entraient en jeu toutes les formes de scélératesse possibles : empoisonnement, intimidation, atteinte à la vie privée. Tout se jouait caché dans les coulisses afin que la victoire puisse se faire de façon magistrale lors de la joute. Sans les combats sanglants qui salissent toujours et auraient éclaboussé un peu la cape de Roi.
Devant les gens, il fallait que ça fasse propre !
Cette fois encore, le Roi se voyait reparti à la charge au-devant de son armée de toujours - un peu rajeunie par quelques nouvelles recrues toutefois car il fallait couper les branches mortes et présenter quelques visages lisses pour symboliser l’avenir.

Le Premier

Cependant à la Cour, d’aucuns nourrissaient d’autres projets.
En tout premier venait Le Premier qui désirait prendre la suite depuis une éternité. Depuis quelques temps, il bombait le torse devant son miroir et se rêvait dans les habits du Roi.
A tous il disait : ne suis-je pas plus jeune et beau que le Roi ? Ne mettrais-je pas mieux en valeur les habits de Roi ?
Peu étaient impressionnés par la vanité de Sa Vacuité.
Certains cependant lui trouvaient bonne mine. Ils l’encouragèrent à constituer son armée pour la conquête du Royaume et ils commencèrent à cheminer ensemble pour sonner aux portes et annoncer la bonne nouvelle : enfin du sang neuf.
Du haut du ciel le Roi vit la troupe grandir et devina la manœuvre. Il darda alors ses flèches sur la troupe, ne laissant vivant que le Premier réfugié blessé à terre exposé et lui dit devant tous : je t’ai fait, je peux te détruire !
Il le laissa longtemps tremblant puis lui donna le choix entre mourir et revenir.
Le contrat était clair : il ferait beau dans son équipe, devrait sourire et ne plus parler. En échange, il continuait à profiter, comme depuis toujours, des avantages de la charge et s’estimer heureux de ne pas finir sans le sou.
Pris de peur le Premier accepta.
Mais quelle était cette manœuvre du Roi ? Elle pouvait laisser bien perplexe !
Et pourtant, elle n’aurait pas dû.

La Cour du Roi

La Cour du Roi était savamment composée depuis la nuit des temps.
Tout d’abord : choisir et désigner son successeur supposé : le Premier.
Chaque autocrate le sait : le Premier doit être plus mauvais dans tous ses travers que le Roi, n’avoir aucune de ses qualités et être plus faible que lui.
Ainsi, personne n’aura envie de le porter au pouvoir à la place du Roi et, même s’il en a très envie, le Premier n’aura pas la capacité de renverser le Roi. Pour cela, il avait trouvé la personne parfaitement adaptée.
Le reste de la Cour ensuite.
Elle se compose d’une garde rapprochée d’abord, fidèles de toujours par choix de cœur … mais surtout d’intérêt. Sincères ou stratèges, les membres de la garde défendent leurs chasses gardées mais parleront d’une seule voix pour le reste.
Le reste de la Cour est plus composite avec dans l’ordre d’importance pour le Roi : les larbins, les adorateurs du Roi, les représentants des intérêts des guildes et les éléments de décoration et de remplissage (il y a tellement de chaises à garnir autour de la table du Conseil Royal).
Enfin, une petite place était réservée à des membres éminents issus des rangs de l’ennemi. Ces recrutements étaient forts habiles : sous couvert de permettre de faire avancer leurs idées « au diable l’appartenance et les origines, tes idéaux seront mieux défendus depuis la forteresse que depuis les bas de fosses : et il fait chaud près de la grande cheminée ! ». Ces personnes étaient choisies pour leur qualité de parole et leurs grandes gueules qui faisaient échos dans les débats lorsqu’elles étaient sur les rangs de l’adversaire.
Une fois intégrées dans les troupes du Château, plus question de contester.
En Conseil, la parole est donnée par le Roi : à sa suite les membres de la Cour, chacun tour à tour, doivent se plier à l’exercice des louanges.
Sauf la décoration qui est là pour faire bonne figure et manifester respectueusement mais silencieusement son admiration par des hochements approbateurs de la tête !
Sauf les anciens membres de l’opposition qui, piégés, ne peuvent plus que se mordre l’intérieur des joues pour s’empêcher de parler à défaut de penser !
L’exercice des louanges peut déclencher l’incrédulité et l’hilarité de ceux qui assistent de près ou de loin aux débats du Conseil Royal.
Mais ils sont peu nombreux. Et parmi ceux-là encore, il en reste encore une bonne part qui, hypnotisée par les Ors du Palais et l’Assurance de la Toute Puissance Royale reste bouche bée d’admiration.
En effet, un Roi ne peut dire autant de bien de lui-même et chanter ses propres louanges s’il n’est sûr d’être le meilleur. Comme l’estima un jour un certain Empereur de France on ne peut rêver plus digne que son Impériale personne elle-même pour se coiffer d’une Couronne … fut-elle de fleurs !
Ainsi est constituée la Cour Royale, dont aucun membre ne doit être un danger pour le Roi.
Ni le plus proche qui serait traîné et rasé sur la place publique pour traîtrise.
Ni les anciens opposants : quand on a trahi ses convictions on perd la confiance de tous : ceux que l’on a trahis comme ceux que l’on a rejoints. Le piège est définitivement fermé !
Personne ne devait être en position de renverser le Roi. Personne ne devait être comparé au Roi. Le Roi devait les dépasser tous. Aucun ne devait être à sa mesure, c’était bien ainsi qu’il l’entendait.
Ainsi, le Roi avait constitué un Chœur plus qu’une Cour. Le Chœur devant faire écho et mettre en valeur la voix du Roi.
Toute fausse note était sévèrement punie. Tous le savaient depuis toujours.

La Montgolfière

Ainsi mourut le projet du Premier de devenir Roi … tant que le Roi serait là.
Il en prit son parti, le Roi était si vieux maintenant et il attendait depuis si longtemps … cela ne pouvait durer toujours tout de même !
Il fallait accepter de revenir dans l’équipe du Roi, gagner les nouvelles Joutes et attendre … on ne saurait jamais combien de temps cela pourrait durer ainsi. Un millier d’années semblait-il au Premier.
Ainsi, le Roi pu-t-il reprendre son vol et continuer à flotter dans les airs, tel un berger garde son troupeau, son chien revenu au pied.
L’œil satisfait du travail accompli, le Roi volait et volait encore au-dessus de sa Ville. Il n’était besoin de ne rien lui ajouter : elle était parfaite !
Ainsi s’adressa-t-il à la population : regardez ce que j’ai fait ! N’est-ce pas que je suis un bon Roi ?
Cependant, les autres équipes fronçaient le nez et disaient aux gens : une Ville qui ne laisse sa part ni à l’herbe folle ni aux jeux d’enfants, cela vous plaît vraiment ?
C’était le grand débat qui s’annonçait. Mais il semble que l’un ni les autres n’allaient pouvoir faire trancher cette grande question au moment des Joutes.
En effet, dans les rues de Colmar on commençait à entendre sonnettes et cornes : une nouvelle protestation montait dans les rues. Ce bruit couvrait les voix des habitants.
A quoi était dû ce tintamarre ? Un mouvement populaire ?
Pas vraiment : la grogne touchait certes les gagne-petit mais de loin la grande bourgeoisie était la plus bruyante.
La station des carrosses avait cessé d’être gratuite. Les Grands Bourgeois fussent-ils médecins ou avocats s’offusquèrent du fait qu’il fallait verser un droit de station, serait-il de trois sous, pour garer leurs carrosses, fussent-ils achetés à grand prix.
Selon les plaignants, il fallait permettre sans contrainte la circulation et la station de ces appareils en tout lieu à tout moment.
En revanche, pas question de verser la pièce pour l’encombrement des rues et la pollution par les fientes et les gaz émis par rosses et destriers de toutes espèces.
Le temps des Joutes arrivant, tous savaient qu’il suffisait de faire du bruit pour emporter le morceau.
Le tapage attira un Régnant d’une contrée voisine parti à la Capitale de l’Empire pour faire carrière.
Il se dit que le moment était venu pour lui d’emporter l’affaire.
Plein d’assurance et d’un fort beau gabarit, il flotta le vent en poupe et à toute pompe en direction de la Ville Royale.
Telle une Montgolfière il fit face à la Royale Baudruche, la couvrant de son ombre.
Celle-ci se plissa un peu, ébranlée pour la première fois.

La Grande Peste

Un malheur n’arrivant jamais seul, un grand Fléau venu de l’autre bout du Monde s’abattit sur le Royaume. La mort elle-même s’était présentée aux portes de la Ville et avait commencé à faire son œuvre.
En un rien de temps, les écoles fermèrent et les rues se vidèrent.
C’est dans cette ambiance de fatalité et de terreur que les joutes s’engagèrent.
Très vite le bruit courut que le fléau touchait avant tout les vieillards et que ceux-ci seraient bien inspirés de rester chez eux.
Le Premier espéra.
Le Roi tempêta : ses partisans plus dociles ne pourraient être au rendez-vous !
Les seuls qui pouvaient voir, comme lui, l’avenir dans le passé !
Toutes ces cartes et cadeaux d’anniversaire portés pour rien pendant des années !
Il en fut effectivement ainsi.
La montgolfière emporta haut-la-main la première épreuve.
Puis tout s’arrêta.
Tout s’arrêta pendant de longs mois.
Tout s’arrêta vraiment ?
Non : dans la Ville Morte, le Roi ne fut jamais si actif que pendant cette période.
Fustigeant sa cour et l’accablant de tous les maux.
Courant de droite à gauche (et oui de gauche aussi) pour mobiliser les associations, les réseaux, donner des consignes de vote, faire de nouvelles promesses … glanant des idées des listes adverses pour reprendre à son compte en dernière minute quelques projets, espérant couper l’herbe sous le pied.
Rattrapant le temps perdu à avoir cru que l’on pouvait vendre un rêve d’avenir sur un bilan.
Dans sa fureur, le Roi avait oublié son âge.
Son âge, cependant, ne l’oublia pas.
Le Roi fut frappé en pleine course et tomba à terre.
Il fut porté avec moult précautions et alité dans des draps blancs.
Autour du lit, personne n’osait parler.
On attendit.
On attendit.
Puis, constatant son manque de vigueur, les membres de la Cour commencèrent à chuchoter.
Longtemps inconscient, le Roi n’entendit pas tout d’abord les voix assourdies autour de son lit. Il fut tout de même bientôt réveillé par de grands éclats.
Comment : même pas encore mort et on s’étripait à la Cour pour décider de sa succession !
Alors qu’aucun ne lui arrivait à la cheville ! Ils avaient bien été choisis pour cela non ? Les suivants sont faits pour suivre pas pour cheffer non mais Oh !
La défaite était certaine.
Le Roi était incapable de se lever mais non point de réfléchir.
Décidant que son nom ne pouvait être attaché à aucune branlée de cette sorte, le Roi décida de ne pas participer à la deuxième épreuve des Joutes préférant, dans sa grande bonté, désigner au peuple son successeur.
Le peuple n’avait plus qu’à s’exécuter pour les acclamations.
Jamais le Roi n’aurait été vaincu.
Et il aurait décidé de tout jusqu’au bout.

Ou pas …

(écrit avant le second tour)