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24 août 2026

Michel Spitz
24/8/2026

Le Bauhaus a révolutionné l’architecture et le design et fait aujourd’hui partie du patrimoine culturel du XXe siècle. Cent ans plus tard, il dérange toujours en Allemagne.
Pourquoi le Bauhaus dérange encore ?
Une réflexion d’une cuisante actualité pour nous aussi !

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15 août 2026

Michel Spitz
15/8/2026

HANS HARTUNG ET LA MUSIQUE
 
La fondation Querini Stampalia, un petit miracle éclatant de beauté, un havre de paix et de grâce au cœur historique de la cité lacustre de Venise. Dans son palais du XVIe siècle et son jardin repensé par l’un des plus grands architectes italiens du XXe, la fondation Querini Stampalia concentre en un seul endroit bien des époques. La plus récente est sans conteste la plus éblouissante : le rez-de-chaussée et le jardin ont été réaménagés par l’architecte vénitien Carlo Scarpa (1906–1978), figure majeure de l'architecture et du patrimoine du XXe siècle. Maître du détail et de la mise en valeur des strates historiques, il a révolutionné l'art de la muséographie et de la restauration. Son intervention intègre subtilement l'eau des canaux à l'intérieur du palais du XVIe siècle, créant un dialogue poétique entre modernité, matériaux précieux et tradition.
Conçue par la Fondation Hartung-Bergman dans ce cadre somptueux, l’exposition Hartung et la musique (jusqu’au 24 novembre 2026) s’inscrit dans le cadre de la 61ᵉ Biennale, où l’artiste avait été Grand Prix en 1960. Hartung est né en 1904 à Leipzig, la ville où Bach a composé ses chefs-d’œuvre, dans une famille de mélomanes. Il est reconnu comme l'un des maîtres de l'art abstrait de l'après-guerre et le principal pionnier de l'abstraction lyrique ainsi que du tachisme. Nous gardons un souvenir ému de la magnifique exposition Hartung, « Premières recherches abstraites 1922-1938 » au Musée Unterlinden en 1989 à Colmar, proposée par Sylvie Lecoq-Ramond.
Réunissant près de quatre-vingts toiles, documents et outils, l’exposition restitue la place du sonore dans l’univers plastique et existentiel de l’artiste. De Bach à Pink Floyd en passant par Lili Boulanger, un paysage d’énergies, de gestes et de résonances traverse toute sa création. Les œuvres exposées, allant des années 1920 à la fin de sa vie, portent la trace de son geste, de son action, c’est-à-dire de ce qu’il est corporellement, de son histoire individuelle et de sa place dans l’histoire collective - lui, l’amputé de la Seconde Guerre mondiale, l’Allemand ayant résisté face au nazisme. Mais elles témoignent aussi de ce qu’il est musicalement : auditeur permanent, Hartung cristallise dans ses toiles des fugues, des symphonies, des opéras et des sonates.
L’exposition revient sur les origines de cette passion à travers des documents et des œuvres de jeunesse ; elle cherche à éclairer l’analogie entre certains processus de ses créations abstraites et ceux d’une composition ou d’une orchestration ; elle isole des affinités particulières avec les compositeurs qu’il admirait. Il avait besoin de musique pour créer, alors il en écoutait sans arrêt, et ses morceaux préférés, accompagnaient les formes très personnelles qu’il développait : lignes, zigzags, boucles, enchevêtrements, larges aplats colorés, mouvements brusques… S’il était familier des grandes figures du baroque : Bach, Haendel, Vivaldi, Purcell – les Variations Goldberg, la Sarabande ou Les Quatre Saisons emplissaient son atelier pendant qu’il peignait, au pinceau, au rouleau lithographique ou au pistolet industriel – il écoutait également avec attention des compositeurs modernes comme Pierre Boulez, Stockhausen ou encore Philip Glass. Bien que Hartung n’écoutât pas de rock, des affinités surprenantes relient son œuvre à l’univers de Pink Floyd. Dans les années 1960, il réalisa des peintures hypnotiques et hallucinatoires à l’aide de pistolets pulvérisateurs, formant des masses lumineuses évoquant des phénomènes cosmiques ou des trous noirs…
Hartung expliquait que la musique agissait comme « une sorte de barrière contre le monde », comparable au « café » ou à « l’alcool » : un moyen concret de se préparer à peindre. Il insistait sur le fait que la musique ne dictait pas directement ses gestes. Pourtant, les peintures des années 1980 deviennent les échos visuels d’un monde peuplé de vibrations et de mélodies.













11 août 2026

André Malraux a-t-il sauvé le centre historique de Colmar d’un désastre ?

Amis de la Bibliothèque de Colmar


Dans le cadre des Journées Européennes du Patrimoine, et à l'occasion de "l'année Malraux" (André Malraux : 1901-1976), nous vous proposons, avec Le Réseau des Bibliothèques de Colmar, une conférence inédite :
André Malraux, a-t-il sauvé le centre historique de Colmar d’un désastre ?
Figure emblématique de la Culture disparue il y a soixante ans, le 23 novembre 1976, André Malraux fut, tout à la fois romancier, critique d’art, penseur, homme d’action, combattant et ministre. Il est considéré par beaucoup comme une grande conscience du XXe siècle. Prix Goncourt pour La Condition humaine, il a très tôt affirmé la place essentielle de l’art dans le destin de l’humanité. Devenu ministre des Affaires culturelles du général de Gaulle – un ministère créé pour lui en 1959 – il posa les fondements d’une politique culturelle inédite : préserver le patrimoine, soutenir la création et rendre la culture accessible à tous. Les maisons de la Culture, la restauration des monuments historiques, la reconnaissance des artistes et la diffusion de l’art vivant ont durablement transformé le paysage culturel français. Pour Malraux, la culture constituait avant tout une quête de dignité et de transcendance, au cœur de l’expérience humaine.
À l’époque du ministère Malraux, le terme de patrimoine n’avait pas encore la portée qu’il a acquise aujourd’hui. Les mesures que prendra dans ce domaine le ministre d’État chargé des affaires culturelles au début de son mandat, constituent le socle qui va permettre à ses successeurs de créer une direction du patrimoine. Le texte majeur est la loi du 4 août 1962 sur les secteurs sauvegardés, appelée Loi Malraux. Elle est préparée par la prise en compte déjà effective, des abords des monuments historiques (instituée en 1943) par la réglementation concernant les sites urbains. Le risque de voir des quartiers entiers, devenus vétustes et insalubres, livrés à la pioche des démolisseurs, se combine alors avec la nécessité de se rapprocher des procédures du droit de la construction. Il s’agit de prouver qu’on peut moderniser les villes, offrir aux habitants des conditions de vie décentes sans pour autant faire tabula rasa de l’architecture ancienne : rénovation et restauration devraient donc aller de pair. Une des ambitions constantes de Malraux a été de développer les liens entre conservation et création, entre connaissance et appropriation sociale. Avec l’objectif d’inscrire le patrimoine, les œuvres d’art dans l’ensemble de la vie culturelle française.
À Colmar, le « Plan Permanent de Sauvegarde et de Mise en Valeur » est créé par arrêté interministériel du 7 janvier 1966. Il est établi par Bertrand Monnet, architecte en chef des Monuments Historiques dès 1968. Ce plan viendra progressivement se substituer au « Plan de la rénovation urbaine des ilots défectueux de Colmar » confié en 1958 à Gustave Stoskopf, architecte Prix de Rome, inspiré des doctrines hygiénistes héritées du XIXe siècle en proposant la tabula rasa des îlots « insalubres » puis « défectueux », remplacés par des barres. C’est ainsi que naquit l’opération de « Restauration Immobilière du Quartier des Tanneurs », sauvée par la Loi du 4 août 1962. Cette Loi marque un tournant dans la protection du patrimoine architectural urbain qui passe de la protection des monuments à la protection des ensembles urbains.
Le conférencier, Michel Spitz, est architecte, urbaniste et ancien maître de conférences à l’École Nationale d’Architecture de Strasbourg. Il a été pendant trente ans Architecte consultant à la Mission interministérielle pour la Qualité des Constructions publiques. Il est aujourd’hui Adjoint au Maire de Colmar en charge du patrimoine et des grands projets et membre de l’Académie des sciences, lettres et arts d’Alsace. Il est l’auteur de l’ouvrage Architecture sacrée en Alsace (2025, éditions de l’Atelier contemporain) et co-auteur de Hartmannswillerkopf, Monument national de la Grande Guerre en Alsace (2015, éditions du Signe). Avec son bureau, il a notamment assuré la maîtrise d’œuvre des anciens thermes, le Palais Lumière à Evian, de la restauration du Monument National de la Grande Guerre du Hartmannswillerkopf et du Palais des Fêtes de Strasbourg, salle de concert historique de la capitale européenne.

1 août 2026

Michel Spitz

MUSÉE MARMOTTAN MONET, PARIS

Le Musée Marmottan Monet occupe un élégant hôtel particulier niché au cœur du chic 16e arrondissement, en bordure du bois de Boulogne. Demeure d'un collectionneur, à l'origine, le lieu a été légué à l'Académie des beaux-arts avant de s'enrichir au fil des donations. Aujourd'hui, c'est un musée intime, loin de la foule des très grandes institutions, idéal pour s'immerger dans l'univers de Claude Monet. Renommé pour sa collection impressionnante d'œuvres de Claude Monet, le musée offre une plongée unique dans la vie et l'art du peintre. Cette impressionnante collection a été constituée notamment grâce à un legs majeur du fils du peintre. On peut ainsi suivre l'évolution du maître, des premières toiles jusqu'aux célèbres recherches de la fin de sa vie, autour de son jardin de Giverny et des célèbres nymphéas. Le musée conserve aussi des œuvres d'autres impressionnistes ainsi qu'une collection d'enluminures, qui complètent la visite. La pièce maîtresse du musée est « Impression, soleil levant », peinte par Monet en 1872. C'est cette toile, montrant le port du Havre dans la brume du matin, qui a donné son nom au mouvement impressionniste après qu'un critique en eut tiré le terme, d'abord ironique. Se trouver devant cette œuvre, c'est contempler l'acte de naissance d'une révolution picturale : la priorité donnée à la sensation, à la lumière et à la couleur sur le dessin et le sujet. On comprend, en regardant cette toile, pourquoi tant d'historiens y voient un seuil : à partir d'elle, la peinture cesse de viser la ressemblance exacte pour devenir l'enregistrement d'une perception, fugitive et personnelle. Le musée présente par ailleurs des œuvres de la dernière période de Monet, marquées par une dissolution croissante des formes au profit de la couleur et de la lumière. Devant ces grandes compositions tardives, la parenté avec l'abstraction qui allait s'imposer au XXe siècle apparait manifestement: la nature s'y efface presque entièrement derrière la matière picturale.
Le musée consacre actuellement une exposition temporaire à Giovanni Segantini (1858–1899), une figure majeure du symbolisme de l’autre côté des Alpes, en Suisse et en Italie. Tout comme Monet à Giverny, ce singulier symboliste à la touche divisionniste s’est intéressé aux fluctuations de la lumière dans les paysages alpins des Grisons… Le musée consacre à cet artiste méconnu sa première rétrospective française. Méconnu en France, Giovanni Segantini (1858–1899), Vassily Kandinsky le considérait même comme un pionnier de l’abstraction tant sa peinture exprimait, par sa touche divisionniste, une vision dématérialisée du monde digne des « chercheurs de l’intérieur, dans l’extérieur ».
Photos © Michel Spitz

Impression, soleil levant (1872)
L'œuvre fondatrice de Claude Monet va donner son nom au mouvement. Il y a plus de 150 ans, un groupe d'artistes exposait pour la première fois à Paris. En 1874, la première exposition du groupe a lieu dans les locaux du photographe Nadar, sur le boulevard des Capucines, à Paris. Très critiqué, l'événement crée une véritable onde de choc. Le jour du vernissage, un critique d'art, le journaliste Louis Leroy dans le journal Le Charivari les railla dans un article. C’est par moquerie qu’il leur donna l'idée d'appeler leur mouvement "impressionnisme". Monet y présente « Impression, soleil levant », manifeste de l’esthétique de la rapidité. L’œuvre fait sensation, la critique se déchaîne face à ces artistes considérés comme des barbouilleurs…

Claude Monet dans son jardin de Giverny. Photographie de Jacques-Ernest Bulloz prise en 1905.







Giovanni Segantini

Giovanni Segantini

28 juillet 2026

Michel Spitz
27/7/2026

CHATEAU LA COSTE - AIX EN PROVENCE

Le domaine de Château La Coste est un lieu où l'art contemporain se mêle à la nature et à l'histoire pour offrir aux visiteurs une expérience unique. On ne peut s’empêcher de penser à l’image des « folies », constructions ludiques du XVIIIe siècle, pavillons que les aristocrates se faisaient construire dans le parc de leurs châteaux. Ces constructions, chefs d’œuvre architecturaux, souvent extravagants et somptueux, répondaient à un désir d'évasion onirique, de surprise et de mise en scène romantique de la nature.
Les architectes des pavillons d’exposition : Tadao Ando, Jean Nouvel, Frank Gehry, Richard Rogers, Renzo Piano, Oscar Niemeyer, pas moins de six lauréats du prix Pritzker, ont investi le domaine viticole du château La Coste. Entre vignes et pinède, le site provençal est devenu un terrain de jeu pour les grands noms de l'architecture. Sur 200 ha, la collection d'œuvres d'art et de constructions contemporaines qui s'y déploient depuis 2008 vient dialoguer avec le paysage.
L’architecte japonais Tadao Ando est à l’honneur avec entre autres le centre d’art regroupant les restaurants et le plan d’eau, structure en béton et verre munie de passerelles avec des formes simples et des volumes qui laissent place à la nature. Au sein du parcours, deux Origami Benches, ainsi qu’une chapelle rénovée et un pavillon dans le même esprit épuré. Pour lui, l’architecture « doit rester silencieuse et laisser la nature parler directement au travers du soleil et du vent ». Le pavillon en épicéa abrite quatre cubes de verre évoquant la préservation de l’environnement.
Les chais du vignoble sont de Jean Nouvel, une salle d’exposition semi-enterrée au milieu des vignes a été conçue par Renzo Piano. Un pavillon de musique doté d’une impressionnante charpente de bois est signé de Frank Gehry, l’architecte du musée Guggenheim de Bilbao et de la fondation Vuitton à Paris.
Il faut saluer les deux derniers pavillons avec comme point commun que ce sont des œuvres posthumes, l’une d’Oscar Niemeyer, le Brésilien architecte de Brasilia, l’autre de Richard Rogers, le Britannique coauteur avec Renzo Piano du Centre Pompidou à Paris. Les deux bâtiments illustrent ce qui a rendu célèbres leurs auteurs. Des lignes courbes et de la blancheur pour Niemeyer, une grande audace technique et une couleur vive pour Rogers. Son pavillon est une boîte en porte-à-faux au-dessus du vide, insérée dans une charpente métallique orange vif.
Kengo Kuma a apporté sa vision unique au Château La Coste avec Komorebi, une installation qui illustre parfaitement sa philosophie architecturale. Les œuvres ne sont pas simplement des objets d'art, mais des invitations à réfléchir, à ressentir et à se connecter à un niveau plus profond avec le monde qui nous entoure. Chacune de ces œuvres, à sa manière, enrichit le dialogue entre l'homme, la nature et l'architecture, faisant du Château La Coste un haut lieu de la créativité contemporaine.
C’est une Crouching Spider de Louise Bourgeois qui nous accueille, œuvre en bronze qui montre une araignée repliée sur elle-même au bord de l'eau, parfaitement à sa place dans ce paysage verdoyant. Yoko Ono a installé Wish Trees, une œuvre interactive qui invite les visiteurs à s'impliquer personnellement. Cette installation permet aux participants d'écrire leurs souhaits d’amour et de paix sur des morceaux de papier et de les accrocher aux branches des arbres.
Quelques œuvres marquantes installées au milieu des vignes et des oliviers, citons l’assemblage de blocs de pierre du peintre irlandais Sean Scully, des mobiles de Calder installé au milieu de l’eau, ou encore le chemin pavé de pierres du port de Marseille d’Ai Weiwei. Les pavés utilisés pour Ruyi Path proviennent du Port Autonome de Marseille et renvoient à une histoire locale : en utilisant les pierres de ce port, porte d'entrée majeure de l'Europe, l'artiste évoque la crise actuelle des réfugiés.
Photos © Michel Spitz


















27 juillet 2026

Michel Spitz
26/7/2026

BRUCE LIU ET LE QUATUOR MODIGLIANI AU FESTIVAL DE PIANO DE LA ROQUE-D'ANTHÉRON

Une soirée exceptionnelle et fascinante du Festival international de piano de La Roque-d'Anthéron a transporté l’auditoire du Parc du château de Florans, l’emportant vers des cimes d'émotion. Bruce Liu a attiré l’attention du monde entier lorsqu’il a remporté en 2021, à Varsovie, le premier prix au 18e Concours international de piano Chopin. Découverte d’un pianiste à la virtuosité éblouissante, un jeu transparent et un éclectisme réjouissant emmenant le public de Ligeti à Ravel, de Chopin à Albéniz, du Catalan Mompu à Liszt, de Bach à Beethoven avec enthousiasme et fougue. Dans ce programme très éclectique, Bruce Liu se glisse avec une rare simplicité dans l’univers de chacun des compositeurs joués.
Rejoint après l'entracte sur scène par le Quatuor Modigliani, un des plus grands quatuors à cordes actuels, le miracle se poursuit. Ensemble, ils donnent une lecture du Quintette pour piano opus 44 de Schumann avec finesse et clarté idéales, dévoilant un romantisme à fleur de peau. L’œuvre se distingue par ce caractère surprenant qui, à chaque mouvement, emmène l’esprit là où il ne s’y attend pas. Élévation, dextérité, silences, respiration et cordes magnifiques... une invitation à un voyage mémorable en suspension entre fantaisie et rigueur. Un énorme moment de grâce, salué avec enthousiasme par le public conquis de La Roque.
Permettez-moi ici de rendre hommage à un personnage clé du succès de ce grand festival. L’acousticien Othon Schneider, décédé le 15 mai dernier, est l’inventeur et l’auteur de la conception en 1987 de la première conque acoustique qui a permis de transformer ce lieu en une véritable salle de concert.
Othon Schneider, acousticien au CNRS, directeur des études à Bruit Son Musique (Strasbourg), où il participe à la réalisation de nombreuses salles de concert : la Grange de Meslay, la salle Erasme du Palais des congrès de Strasbourg, la Filature de Mulhouse, Musica, Cité de la musique et de la danse de Strasbourg. Il a également été mon professeur à l'école d'architecture et à l'Université de Strasbourg… La conception de la scène dans sa globalité à la Roque d'Anthéron, dans son état actuel est le résultat de plusieurs générations de conques qui se sont succédées, à chaque fois dans une version améliorée. Le projet initial a évolué en fonction de l'agrandissement des gradins de 1400 à 2200 places, et de la diversification des formations invitées : du récital de piano, en passant par les formations de chambre ou de jazz, jusqu'aux orchestres philharmoniques. Merci à Denis Fenninger pour le portrait d'Othon Schneider.
Photos © Michel Spitz






Othon Schneider photo Denis Fenninger

25 juillet 2026

L’ABBAYE DE SILVACANE

Michel Spitz
25/7/2026

Le trio des abbayes cisterciennes ennoblit le patrimoine roman provençal au XIIe siècle et témoigne du rayonnement de l’ordre cistercien. Proches par leur affiliation, la rigueur de leurs lignes, l’austérité du décor, ces “trois sœurs provençales” contemporaines partagent la singularité des sites dans une nature préservée. En Provence, ces trois fondations s’imposent comme les joyaux de cet art de vivre monastique : Le Thoronet (fondée vers 1160), Silvacane (1144) et Sénanque (1148).
L'abbaye de Silvacane, la seule des trois à ne plus accueillir de vie religieuse, est aujourd’hui gérée par la commune de la Roque d’Anthéron et propose, tout au long de l’année, concerts, expositions d’art contemporain et visites commentées.
L’architecture du lieu est impressionnante, émouvante. C’est une abbaye cistercienne de transition, où l’on observe le passage de l’arc roman brisé à la croisée d’ogives, typique du gothique naissant. Contrairement à d’autres monuments, l’abbaye de Silvacane privilégie le dépouillement. Le nom « Silvacane » vient du latin Silva Cana (forêt de roseaux), rappelant les marécages que les moines ont dû assainir au XIIe siècle. En 1144 des moines venus de l’abbaye de Morimond (en Haute-Marne) s’installent en ce lieu nommé Silva cannorum (forêt de roseaux), ce sont les marécages dus à la Durance, ils drainent le terrain, y exercent une activité agricole.
L’abbatiale présente un plan traditionnel en croix latine, orienté. Elle est composée d’une nef centrale, de deux bas-côtés et d’un transept dont les bras sont pourvus de chapelles à chevet plat. Les voûtes en berceau brisé descendent jusqu’aux arcades médianes, assurant une acoustique incomparable. De nombreux festivals de musique y sont d’ailleurs programmés. Le décor sculpté demeure volontairement limité afin de ne pas détourner le moine de la prière. Il est réduit aux volumes soulignés par la pierre elle-même et au thème de la feuille d’eau qui orne les chapiteaux, rappelant le lien avec Cîteaux.
Le cloître, cœur de l’Abbaye, formé de quatre galeries voûtées en berceau, est entouré par les bâtiments conventuels traditionnels. La salle capitulaire ou salle du chapitre, où les moines lisaient tous les matins un chapitre de la règle de Saint Benoît, présente des voûtes sur croisée d'ogives ; le sol plus bas que celui du cloître accentue l'intimité du lieu.
Loin d’être figée, l’abbaye de Silvacane fait dialoguer pierre médiévale et art vivant :
• Art contemporain : le contraste entre l’architecture dépouillée et les œuvres modernes est saisissant. Des vitraux ont été confiés à l’artiste Sarkis dans le réfectoire. Ils constituent un mariage très réussi entre sacré et création actuelle.
• Musique : l’acoustique légendaire attire les mélomanes. L’été, l’abbaye accueille les récitals intimistes du Festival international de piano de La Roque d’Anthéron, le Festival de quatuor à cordes du Lubéron et le festival Les Voix de Silvacane qui propose des chants polyphoniques, de la musique de la Renaissance, et des créations du monde dans l'abbatiale.
Cette abbaye éveille une émotion de paix grâce à sa sobriété, son jeu subtil de lumière sur la pierre, la beauté et l'harmonie de ses formes géométriques. Ces lignes d’expression, la pureté de ses proportions font de ce lieu, un lieu de silence et de lumière.
Photos © Michel Spitz
(à noter que certaines images sont issues d'une première visite, à Pâques 2006)