Bernard Rodenstein
22/8/2026
“Entrer” en politique
À deux reprises, en 1988, j’ai été tenté de m’aventurer dans le monde politique.
En juin, le PS m’a accordé son soutien pour les élections législatives qui ont donné à la gauche, emmenée par Michel Rocard, une majorité d’une voix à l’assemblée nationale. J’ai été battu au second tour par Edmond Gerrer, maire centriste de notre ville.
En septembre de la même année, le Parti socialiste auquel je n’avais pas encore adhéré, m’a donné l’investiture pour les élections cantonales à Colmar.
C’est l’ami André Bianchi dont j’apprends avec tristesse le décès, centriste lui également et soutenu publiquement par Edmond Gerrer, qui l’a emporté.
Deux défaites consécutives auraient pu me dissuader de poser un orteil dans le monde politique.
Représenter l’électorat de gauche dans une région traditionnellement orientée à droite était et est toujours proche d’une mission impossible. D’autres que moi l’ont expérimenté.
Mes scores étaient néanmoins honorables. Tant et si bien que j’ai figuré en position éligible sur la liste de gauche aux élections municipales de mars 1989.
Siégeant dans le groupe d’opposition, j’ai découvert les arcanes de la politique locale, en même temps que mon intérêt majeur demeurait intact pour la vie politique à l’échelon national. J’ai eu le bonheur de siéger au conseil national de la ville et ai été membre de la commission d’évaluation du RMI. J’ai, à ce double titre, fréquenté les principaux responsables politiques du pays.
Ma perception de ce monde très particulier a été double. Contrairement à ce qui se dit couramment, il y a des êtres réellement honnêtes, compétents et dévoués, dans ces sphères. Il est injuste de tous les agonir sans distinction.
Le système, par lui-même, est complexe et propice aux magouilles. C’est une réalité, ça aussi.
La politique est clanique. Incontestablement. Aucun individu voulant faire cavalier seul ne peut s’y réaliser. Les réseaux y sont structurés.
Les ambitions personnelles s’y confrontent sans ménagement. Elles supplantent souvent les idées propres à à la satisfaction des besoins de la collectivité. C’est le côté le plus haïssable de la politique.
Mais les défauts de ce type d’engagement ne devraient pas retenir quiconque se sent porté à s’intéresser à la « chose publique », la « res publica » des romains. Il faut oser franchir le seuil, car les puissances occultes de la finance et les va-t-en-guerre sans cervelle mettent notre monde en coupe réglée.
« Le politique » est l’unique rempart dont nous disposons pour contenir leurs appétits et leurs folies. Il ne peut pas être abandonné aux mains d’irresponsables et d’ambitieux sans foi ni loi. Des hommes et des femmes motivés par le bien commun doivent se sentir concernés par l’exercice de ce pouvoir spécifique qui est avant tout un service. Il peut être fantastiquement utile et passionnant.
