Traduction

24 octobre 2026

[POLITIQUE & SUJETS DE SOCIÉTÉ]

Georges Kuzmanovic
23/10/2026

État à la dérive ou thérapie du choc ?

Face au chaos, le pouvoir propose de privatiser la sécurité, mobilise l'armée et restreint les libertés. Derrière cet aveu d'impuissance se dessine une logique néolibérale inquiétante : préparer les Français à la thérapie de choc, au prix du renoncement républicain.


Il est des décisions qui en disent davantage sur l'état d'un pouvoir que tous les discours officiels. Celle du préfet de police de Paris, invitant les commerçants situés sur le parcours des manifestations du 24 octobre à recourir à des sociétés de sécurité privée, est de celles-là. À cette recommandation s'ajoute l'annonce du renforcement du dispositif militaire Sentinelle. Deux décisions qui, sous couvert de protéger les Français, interrogent : l'État est-il encore capable d'assurer lui-même la sécurité des citoyens, ou prépare-t-il les esprits à une transformation profonde de ses missions régaliennes ?

Quand la sécurité devient une marchandise

La recommandation faite aux commerçants parisiens de faire appel à des agents privés, éventuellement accompagnés d'équipes cynophiles, est politiquement lourde de sens. Certes, le préfet ne les y oblige pas. Mais il reconnaît que les forces de sécurité intérieure ne pourront garantir la protection de chaque établissement. Aux commerçants, donc, de prendre leurs dispositions, de protéger leurs vitrines, de fermer éventuellement leurs boutiques et de payer pour leur sécurité.

C'est l'aboutissement d'une logique néolibérale qui transforme progressivement les droits collectifs en prestations individuelles, les services publics en marchés et les citoyens en clients. L'État conserve le pouvoir de lever l'impôt, mais renvoie chacun à sa capacité financière pour obtenir la protection à laquelle il devrait pouvoir prétendre, comme il renvoie petit à petit chaque famille à ses propres moyens pour couvrir l'éducation et de plus en plus les soins.

Les grandes enseignes pourront financer des dispositifs coûteux. Le petit commerçant, l'artisan, le restaurateur indépendant, déjà étranglés par les charges et la crise économique, devront choisir entre payer une protection supplémentaire, fermer ou prendre le risque de voir leur établissement dévasté.

La sécurité devient ainsi un bien marchand, inégalement accessible, alors qu'elle devrait demeurer un droit garanti à tous. Cette logique ouvre également la voie à des dérives autrement plus inquiétantes : affrontements entre agents privés et groupes violents, risques de blessés ou de morts, voire développement de pratiques de racket sous couvert de protection.

Ce n'est pas une simple question d'organisation policière. C'est une remise en cause du contrat républicain. La République ne peut pas se décharger sur des entreprises commerciales de la responsabilité fondamentale de protéger les personnes et les biens. Ce serait un recul sans précédent pour la France.

L'armée comme réponse à l'impuissance publique, vraiment ?

À cette privatisation rampante s'ajoute une autre évolution préoccupante, le recours aux militaires de l'opération Sentinelle à l'occasion des manifestations du 24 octobre.

Le gouvernement présente ce dispositif comme un moyen de protéger les sites sensibles et de libérer policiers et gendarmes pour les opérations de maintien de l'ordre. Il ne s'agit donc pas, officiellement, de confier aux soldats la dispersion des manifestants, mais cette distinction juridique et opérationnelle ne doit pas empêcher de s'interroger sur la banalisation de la présence militaire dans la gestion des crises intérieures.

D'autant que l'efficacité de Sentinelle est contestée depuis sa création.

Dès le 5 juillet 2016, sous François Hollande, le rapport parlementaire Fenech-Pietrasanta, consacré aux moyens de lutte contre le terrorisme, examinait les limites de cette opération. Quelques mois plus tard, le rapport sénatorial de Dominique de Legge, publié le 26 octobre 2016, soulignait les difficultés liées à l'emploi prolongé de militaires dans des missions de surveillance statique.
L'effet dissuasif reste difficile à établir, les soldats peuvent eux-mêmes devenir des cibles, leurs compétences militaires sont sous-employées et leur mobilisation pèse sur l'entraînement, les ressources humaines et la disponibilité opérationnelle des armées ; quant à leurs armements, ils ne peuvent en aucun cas être utilisés en zone urbaine civile au risque de causer d'innombrables morts.

On voit venir l'accusation en pinaillage, mais que se passe-t-il si des militaire de l'opération Sentinelle, en position statique, sont eux-mêmes pris à parti par des éléments incontrôlés ou extrémistes ? Que doivent-ils faire si leur intégrité est mise en danger ? C'est là qu'on joue avec le feu.
Car un soldat n'est pas un gendarme mobile. Il est formé et équipé pour combattre un ennemi, non pour gérer une foule de citoyens, même lorsque des individus violents s'y trouvent. Quelles armes ? Quels équipements ? Quelles règles d'engagement ? Quelle chaîne de commandement ? Quelle articulation avec les forces de sécurité intérieure ?
Ces questions sont essentielles. Le maintien de l'ordre repose sur une doctrine particulière, fondée sur la gradation de la force, la proportionnalité et la maîtrise des affrontements. On ne saurait improviser une telle mission avec des unités militaires.

Le général Vincent Desportes résumait cette contradiction en une formule particulièrement sévère : « On utilise à faux un remarquable instrument, sans en retirer de plus-value sécuritaire. »

Le risque est aussi politique. À force de présenter l'armée comme une réponse ordinaire aux tensions intérieures, on habitue progressivement l'opinion à voir dans l'institution militaire un instrument de gestion des crises sociales et politiques. Une présence initialement justifiée par la lutte antiterroriste pourrait ainsi contribuer à légitimer, demain, des emplois bien différents.
Ce serait bien entendu une dérive grave et hautement dangereuse pour la paix civile.

Un État faible qui restreint les libertés

Les violences et les pillages du 17 octobre ont révélé de graves difficultés dans l'anticipation et la gestion des troubles. Le renseignement préalable, le dimensionnement des effectifs et les choix tactiques méritent un examen approfondi. Il serait toutefois nécessaire de disposer d'un bilan opérationnel précis pour déterminer les responsabilités et distinguer les défaillances constatées des décisions politiques délibérées.

Plutôt que de faire une analyse de ses propres erreurs, et face aux risques annoncés pour le 24 octobre, les autorités envisagent des interdictions de manifester, des restrictions de circulation et des mesures de sécurité exceptionnelles.
Or, la liberté de manifester est une liberté fondamentale, protégée par notre ordre constitutionnel. Elle ne peut être restreinte que lorsque les nécessités de l'ordre public le justifient et dans le respect de la proportionnalité.

Nous voilà dès lors face à une contradiction politique majeure : faute de pouvoir garantir simultanément la liberté de manifester et la protection des personnes et des biens, le pouvoir risque de faire peser sur l'ensemble des citoyens les conséquences des violences commises par une minorité et de les rendre responsables de l'impéritie du gouvernement, incapable de gérer une crise sociale.

Il ne faut pas confondre les manifestants, qui exercent un droit démocratique, avec les casseurs et les pillards, qui commettent des infractions. Les premiers doivent pouvoir s'exprimer librement ; les seconds doivent être empêchés de nuire et répondre de leurs actes devant la justice.
Un État qui renonce à cette distinction finit par restreindre les libertés de ceux qui respectent la loi sans nécessairement neutraliser ceux qui la violent.

Le spectre de la thérapie de choc

Ces décisions plus qu'hasardeuses prennent une dimension particulière dans une France confrontée à l'accumulation des crises... Endettement public, désindustrialisation, crise énergétique, crise du logement, tensions migratoires, dégradation des services publics, inquiétudes légitimes de la jeunesse quant à son avenir et perte de pouvoir d'achat, voilà le tableau actuel de la France et qui explique tant la morosité générale, le mouvement de jeunesse, le potentiel retour d'un mouvement de type Gilets jaunes et le désaveux citoyen général avec 53% d'entre eux qui ne se reconnaissent dans aucune force politique ou candidats actuels.

Les gouvernements successifs peinent à proposer une réponse cohérente à ces déséquilibres structurels. Dans le cadre économique et institutionnel actuel, notamment celui des traités européens, leurs marges de manœuvre sont limitées, sinon nulles et les condamnent à continuer les mêmes politiques que celles qui ont été menées précédemment, quand bien même elles seraient suicidaires. Les arbitrages budgétaires sont de plus en plus douloureux, comme on le voit avec le budget 2027 annoncé par le Premier Ministre Lecornu et ses 54 milliards d'économies austéritaires. Dans un contexte de crise structurelle, les dirigeants de la France agissent comme ceux de l'URSS mourante, c'est-à-dire incapable de penser autrement le monde et d'imaginer des solutions alternatives à celles déjà tentées 100 fois. Le TINA (There is no alternative - il n'y a pas d'alternative) de Margareth Thatcher est devenu la cigüe du système.

Dans ce contexte, la tentation peut alors être grande de substituer à un projet politique nouveau une gestion permanente de l'urgence.
Le discours sur les menaces de guerre, la multiplication des appels au réarmement et la dramatisation des crises internationales ont principalement pour objectif de détourner l'attention des Français. L'effet escompté ne semble pas atteint, sauf dans un petit cercle médiatico-politique déjà largement acquis à un atlantisme belliciste et surtout cela n'a pas fait disparaître les difficultés quotidiennes des Français. Ils ne suffisent pas davantage à obtenir l'adhésion populaire aux sacrifices économiques que certains responsables politiques estiment nécessaires.

Dès lors, face à l'impossibilité de trouver une issue dans le cadre du système économico-politique actuel, on peut imaginer que le pouvoir ait la tentation de mettre en place une thérapie de choc, dont la forme pouvait être réduction accélérée des dépenses publiques, nouvelles contraintes budgétaires, restructurations brutales et transfert croissant de responsabilités collectives vers les individus et les entreprises... et une bonne dose de répression si nécessaire.

Sécurité et sureté

L'histoire montre que les situations de crise peuvent faciliter l'acceptation de mesures qui rencontreraient, en temps normal, une forte résistance démocratique. Le désordre peut devenir un argument pour réclamer davantage de restrictions, davantage de pouvoirs d'exception et moins de contestation.

Cela impose de s'interroger sur les effets politiques d'une succession de décisions qui, prises séparément au nom de l'urgence, pourraient finir par transformer durablement l'équilibre entre l'État, les citoyens et les libertés publiques.

La République ne peut pas se décharger de ses responsabilités. D'un côté, on demande aux commerçants de financer leur propre sécurité, de l'autre, on mobilise des soldats pour protéger des sites civils... et, simultanément, on envisage de restreindre l'exercice d'une liberté démocratique fondamentale, le tout alors que se discute un budget de casse sociale. L'équation est étonnante.

Ces annonces dangereuses en termes de sécurité dessinent un État qui se retire partiellement de certaines obligations de protection, tout en renforçant ses moyens de contrôle et de restriction.

Il n'est pas question ici de nier les risques de violences ni de contester la nécessité d'un maintien de l'ordre efficace, elle est de savoir quel modèle de société nous entendons défendre.
Une République ne peut accepter que la sécurité dépende du portefeuille, que l'armée devienne une réponse banalisée aux crises sociales et que la liberté de manifester soit progressivement sacrifiée sur l'autel de l'impuissance publique.
L'autorité véritable ne consiste pas à multiplier les dispositifs d'exception, mais à disposer d'institutions compétentes, de forces de sécurité correctement formées, de renseignements efficaces et d'une doctrine claire d'engagement, respectueuse des libertés.

Il faut ici rappeler une distinction fondamentale, héritée de la Révolution française, entre la sécurité et la sûreté. La sécurité consiste à protéger les citoyens contre les violences et les dangers ; la sûreté, consacrée par l'article 2 de la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen de 1789 comme un droit naturel et imprescriptible, garantit d'abord l'individu contre l'arbitraire du pouvoir.
L'article 7 est encore plus explicite sur l'arbitraire du pouvoir.

« Le but de toute association politique est la conservation des droits naturels et imprescriptibles de l'homme. Ces droits sont la liberté, la propriété, la sûreté, et la résistance à l'oppression. » – Art. 2, Déclaration des droits de l'homme et du citoyen de 1789.

« Nul homme ne peut être accusé, arrêté ni détenu que dans les cas déterminés par la loi, et selon les formes qu'elle a prescrites. Ceux qui sollicitent, expédient, exécutent ou font exécuter des ordres arbitraires, doivent être punis ; mais tout citoyen appelé ou saisi en vertu de la loi doit obéir à l'instant : il se rend coupable par la résistance. » – Art. 7, Déclaration des droits de l'homme et du citoyen de 1789.

Les révolutionnaires avaient parfaitement compris qu'une République devait à la fois protéger les citoyens et les protéger contre les abus de ceux qui exercent l'autorité.

L'article 12 de la Déclaration est tout aussi éclairant : « La garantie des droits de l'homme et du citoyen nécessite une force publique : cette force est donc instituée pour l'avantage de tous, et non pour l'utilité particulière de ceux auxquels elle est confiée. » Emmanuel Macron, ou tout autre dirigeant, ne saurait instrumentaliser la force publique à ses intérêts particuliers ou politiques.
Tout est là : une force publique au service de tous, financée collectivement, et une puissance publique tenue de respecter les libertés qu'elle a pour mission de garantir.

Les décisions du gouvernement interrogent

Comment assurer une protection égale des citoyens sans faire de la sécurité une marchandise ? Et comment préserver leur sûreté lorsque, face aux crises, le pouvoir multiplie les restrictions aux libertés et banalise la présence militaire dans l'espace public ?

La sécurité n'est pas une marchandise, l'armée n'est pas une police de substitution, et les libertés publiques ne sont pas une variable d'ajustement des défaillances de l'État. C'est précisément lorsque les crises se multiplient que ces principes doivent être défendus avec le plus de fermeté.

[Le blog des esprits libres et éclairés, c'est ici ⇨ liberteresistance.fr]

23 octobre 2026

Nath-Sakura Photographer
23/10/2026


Au vu de l'actualité française, de l'interdiction de manifester qui annonce clairement un temps de dictature, il est temps que je ressorte cette photo de 2011. Modèle : Naïssa Bé - Photo : Nath-Sakura.
Aux armes citoyens ! Moi en tout cas, je serai dans la rue demain. Manifestation interdite ou pas.
Eric Straumann
23/10/2026

COLMAR – INTERDICTION DE MANIFESTATIONS CE SAMEDI 24 OCTOBRE

Par arrêté pris ce jour, le préfet du Haut-Rhin interdit tout cortège, défilé ou rassemblement ce samedi 24 octobre 2026 dans le centre-ville de Colmar ainsi que dans le quartier de la gare.
Cette mesure vise à garantir la sécurité des personnes et des biens et à prévenir tout trouble à l’ordre public.
Les parents sont appelés à faire preuve de vigilance et à sensibiliser leurs enfants à ces restrictions, afin d’éviter tout risque et de préserver leur sécurité.

Festival du livre de Colmar

Vous les attendiez avec impatience : découvrez la liste complète des auteurs et autrices présents les 21 et 22 novembre prochains au Parc Expo de Colmar !
Deux jours de rencontres et de découvertes littéraires vous attendent pour cette 37e édition autour du thème « Passeurs d’histoires ».

20 octobre 2026

Galerie Murmure

L'exposition consacrée à Michel Cornu
« Temporalités incisées »
se terminera samedi 31 octobre.


À travers le dessin et la gravure se déploient des œuvres singulières, où la force de l'incision, la fragilité du papier et la superposition des matières font émerger des formes en perpétuelle métamorphose.
Le geste devient écriture, la matière garde la mémoire du temps, tandis que les formes semblent nous ramener aux origines du vivant.


Michel Cornu sera présent à la galerie Murmure
Samedi 31 octobre, de 14h à 18h
Une belle occasion de découvrir ou de revoir son travail et d’échanger avec lui autour de sa démarche.


Vous pouvez également visionner le très beau reportage réalisé par Gael Poulain pour TV7.

Appuyez sur l'image pour visionner la vidéo.

Je remercie chaleureusement Gael Poulain pour la qualité de ce reportage, dont j’apprécie, comme toujours, l’élégance des images et la pertinence des questions.
Son regard attentif permet à l’artiste de mettre en mots sa démarche et de nous donner accès à ce qui nourrit son œuvre.


Je vous souhaite une belle découverte de ce reportage et espère vous retrouver à l’occasion de ces dernières journées d'exposition.

Galerie Murmure
5, place de l'Ancienne Douane à Colmar
jeudi et vendredi : 14h à 18h - samedi : 10h à 19h
Et tous les jours sur rendez-vous
contact@galerie-murmure.fr
Tél. +33 3 89 41 49 25
www.galerie-murmure.com
Instagram : galerie_murmure
Alsace et Patrimoine

COLMAR, LA MAISON DES TÊTES

Édifice Renaissance dont la façade est ornée de dizaines de visages sculptés, la Maison des Têtes raconte une histoire aussi riche et intéressante que son apparence.
Construite en 1609, par l’architecte Albert Schmidt, à une époque où Colmar fait partie du Saint-Empire romain germanique, elle est la demeure d’Anton Burger, riche marchand et bourgeois colmarien.
Caractéristique de la Renaissance tardive, la façade richement décorée, les fenêtres travaillées, le grand oriel central et cette multitude de visages sculptés , confèrent à cette maison une architecture raffinée en relation avec le statut et la fortune de monsieur Burger. Une manière de montrer son importance dans la cité.
Ce marchand aisé, issu d’une famille liée à l’artisanat, devient par la suite « Stettmeister », un des principaux magistrats municipaux de Colmar.
C’est une période où le commerce et la prospérité des villes alsaciennes permettent à de riches familles de faire construire des demeures remarquables.
En 1888, la rue prend le nom de la demeure devenue célèbre et la maison est classée aux monuments historiques dix ans plus tard.
À la fin du XIXe siècle, entre 1898 et 1901, la Maison des Têtes abrite la Bourse aux Vins, à l’initiative de Gustave Burger (1878-1927).
Cet homme est aussi à l’origine de la Foire aux Vins de Colmar en 1927 (la Foire Régionale des Vins d’Alsace sera fondée en 1948).
En 1902, la statue du tonnelier, réalisée par Auguste Bartholdi, est mise en place au faîte du pignon à volutes.
En 2012, la façade bénéficie d’une restauration qui permet de préserver son décor sculpté exceptionnel, ce sont pas moins de 106 têtes, ce qui relève presque d’une œuvre de sculpteur plutôt que d’une architecture fonctionnelle.
Aujourd’hui, la maison, qui se trouve au 19, rue des Têtes, accueille un établissement hôtelier et gastronomique. Le patrimoine reste ainsi préservé tout en prenant une nouvelle fonction.
À voir absolument.
A&P
Sources et photos : colmar.fr, wikipedia.org, geneanet.org, photos collection privée.

La Maison des Têtes, entre 1898 et 1901.
Le bâtiment abrite la Bourse aux Vins, grâce à Gustave Burger.

Classée aux monuments historiques en 1898, la façade fait l’objet d’une importante restauration en 2012.

Au début du XXe siècle, la rue des Têtes. La maison apparaît à droite , dans son environnement d’autrefois. Les façades voisines, les attelages et les passants, permettent d’imaginer l’animation de la rue à cette époque.

La façade comporte 106 têtes et masques grotesques, répartis autour des fenêtres et sur le grand oriel central.

On y découvre des visages aux expressions très variées. Ces sculptures s’inscrivent dans une tradition décorative de la Renaissance, qui affectionne les figures grotesques, les masques et les ornements fantaisistes.

Une manière, pour son propriétaire, d’afficher son importance sociale et sa richesse. Il deviendra aussi un des principaux magistrats municipaux de la ville.

Aujourd’hui, ce bâtiment emblématique de Colmar abrite un établissement hôtelier et gastronomique.

La Maison des Têtes en 1955. Le bâtiment est alors déjà utilisé comme restaurant.

En 1938, Hansi réalise ce dessin afin d’illustrer la représentation de la tradition de la Saint Nicolas.
On aperçoit la bâtisse aux têtes sculptées ainsi que l’enseigne en fer de la charcuterie Finker qui se situe en face.

Lorsqu’on lève les yeux devant la maison, on peut voir, tout en haut du pignon à volutes, une statue représentant un tonnelier, réalisée en 1902 par Auguste Bartholdi. Elle rappelle l’histoire commerciale du bâtiment à la fin du XIXe siècle, lorsque la Bourse aux Vins s’y est installée, une belle rencontre entre le patrimoine architectural et l’activité viticole alsacienne.

19 octobre 2026

Eric Straumann
19/10/2026

Face aux violences urbaines, aux pillages de commerces et aux dégradations de biens publics et privés, nous devons apporter des réponses concrètes, fermes et dissuasives. Je fais deux propositions :

1. Faire appliquer systématiquement l’interdiction de dissimuler son visage.
La loi interdit, sauf exceptions prévues par les textes, la dissimulation du visage dans l’espace public. Je propose que les infractions constatées fassent systématiquement l’objet d’une verbalisation, avec une amende de 150 €.
L’objectif est clair : empêcher l’anonymat de faciliter les violences et permettre l’identification des auteurs d’infractions.

2. Suspendre durant un an le versement du RSA pour les auteurs de violences et de pillages.
Notre système de solidarité implique aussi le respect des règles communes et des biens d’autrui.
L’autorité de l’État doit être réaffirmée. La solidarité est un principe essentiel, mais elle ne peut pas signifier l’absence de conséquences lorsqu’on s’attaque aux personnes, aux commerces et aux biens publics.

Rassemblement

La Ville de Colmar apporte son soutien aux maires, aux élus, aux agents publics et à toutes les victimes de violences et de dégradations.




Elisabeth Spitz


S’abandonner au temps qui court sans chercher ni fin ni jour.
Caresser les frissons de l’éphémère et en silence, frôler ce fil de lumière comme la résonance d’une pluie sur la mer.
Oublier l’ombre de l’inconstance et lentement à pas feutrés, voyager vers les nuances pour laisser le vent transporter les regrets.
Malgré la fureur, garder la douceur et s’offrir à ce qui demeure.
Profiter sans prévoir de la force des regards et des espoirs. Au bord de la vie, s’assoir sur le bonheur et son pouvoir.
Photo Vanessa Moselle

18 octobre 2026

Nabila Chajai
Harpiste

- 17/10/2026 - Je tombe sur des commentaires hallucinants et méprisants de certaines "grandes personnalités" de la musique classique française, à la suite des publications soutenant le mouvement de grève des étudiants des conservatoires supérieurs et régionaux, et je suis choquée de la déconnexion profonde avec la réalité de notre métier.
Il serait peut-être temps d'arrêter la langue de bois et de regarder en face ce que notre milieu préfère trop souvent passer sous silence : son fonctionnement profondément inégalitaire, ses rapports de pouvoir et ses mécanismes d'exclusion.
Pour comprendre les revendications de ces jeunes, reprenons simplement le parcours d'un musicien qui souhaite devenir professionnel.

A. L'ÉGALITE DES CHANCES : la réalité du portefeuille et des réseaux

1. Les académies d'été
Pour espérer intégrer un établissement supérieur, il est fortement conseillé de suivre, le plus tôt possible, des stages et des académies d'été auprès de professeurs reconnus.
La réalité ? Une seule académie peut coûter autour de 1 000 € la semaine, sans compter tous les frais annexes.
Combien de jeunes talentueux renoncent à ces opportunités, non par manque de potentiel, mais simplement parce que leur famille n'en a pas les moyens ?

2. Le réseau et les cours privés
Il faut ensuite se faire connaître des musiciens reconnus, obtenir leurs conseils et, surtout, commencer à exister dans leur réseau.
Certains cours privés atteignent 150 € de l'heure, auxquels s'ajoutent les billets de train, les nuits d'hôtel et les déplacements. Tout le monde n'habite pas Paris, Lyon, Berlin ou Munich, et tout le monde n'a pas un professeur influent au bout de sa rue.
Dès le départ, nous ne partons donc pas avec les mêmes chances. Et cette course au réseau se poursuit pendant les études, lors des concours internationaux et tout au long de la carrière.

3. Quand un prix international ne suffit pas
Je partage une expérience personnelle qui m'a profondément marquée.
J'entrais en quatrième et dernière année au CNSM de Paris. Je venais de remporter un deuxième prix au prestigieux concours international de l'ARD de Munich.
Je n'ai reçu aucune félicitation de la direction. Passons, ce n'est pas le plus important.
J'ai ensuite pris rendez-vous auprès du bureau du CNSM censé mettre les étudiants en relation avec les professionnels – agents, organisateurs de concerts, etc. Je demandais simplement une liste de contacts pour pouvoir les solliciter moi-même.
La réponse ?
« Non, c'est réservé aux étudiants en perfectionnement. »
Donc, on intègre un établissement supérieur extrêmement sélectif, on remporte un prix international et, lorsqu'on cherche à amorcer concrètement sa carrière, on se heurte à une porte fermée.
Face à cette impasse, j'ai demandé à d'autres personnes de l'équipe pédagogique :
« Que dois-je faire pour que ce prix m'ouvre une carrière ? »
La réponse, textuellement :
« Il faut que tu t'achètes un ordinateur pour être réactive dans ta communication et que tu passes ton permis de conduire pour être autonome. »
Point final.
Pas de stratégie, pas de mise en relation, pas d'accompagnement concret.
Je cherche alors naïvement par mes propres moyens un agent artistique, je dis naïvement car du haut de mes 24 ans, sans famille dans le milieu, je me dis qu'un prix de l'ARD devrait intéresser, la notion de "jeune talent" etc. Rien du tout. Il faut être un musicien déjà accompli ou ayant "un parrain" pour entrer dans une agence. La phrase que j'ai retenue "non, ça ne m'intéresse pas pour l'instant, mais vous avez un point positif, vous présentez bien (en gros vous êtes jolie) sur les photos...
Comment construire une carrière lorsque le cursus d'excellence et un prix international ne suffisent pas, faute de posséder les bons codes, les bons contacts ou les bons parrains ?
Voilà une partie de la réalité dont on parle si peu.
Tout n'est pas basé sur le talent. Sans réseau, sans cooptation et sans les bonnes rencontres au bon moment, construire une carrière peut devenir un véritable parcours du combattant.
Combien de musiciens extraordinairement talentueux finissent en burn-out ou quittent le navire, dégoûtés ?
Ces jeunes nous regardent. Ils observent nos parcours, nos difficultés, nos épuisements. Et ils n'ont tout simplement pas envie de reproduire ce modèle.

B. LES ABUS DE POUVOIR : un sujet que l'on préfère taire

Je pense que nous sommes nombreux à avoir vécu, au cours de notre parcours, des situations dans lesquelles une personne en position d'autorité a abusé de son pouvoir.
Notre milieu est minuscule. Quelques personnes peuvent exercer une influence considérable sur les trajectoires professionnelles, les recrutements et les possibilités de travailler.
Comment dénoncer un comportement ou simplement dire non lorsque notre avenir professionnel peut dépendre de ceux auxquels on s'oppose ?
Les abus de pouvoir prennent différentes formes, que l'on soit une femme ou un homme. Mais une chose est certaine : il est difficile de dénoncer un système dont on dépend pour vivre.
Combien de situations sont passées sous silence parce qu'il faut continuer à travailler, être engagé, ne pas faire de vagues ?
Ce qui a été toléré hier ne devrait pas nécessairement l'être demain.

C. LES DISCRIMINATIONS ET LE RACISME ORDINAIRE
 
Là, je vais enfin oser poser le mot : le racisme, que j'ai subi tout au long de mon parcours.
J'ai entendu des phrases assassines, comme :
« Les Arabes ne sont pas capables de ressentir la grande musique. »
Ces mots ont été prononcés et bien d'autres...
Je me souviens notamment d'une expérience particulièrement révélatrice.
Je travaillais avec un grand orchestre parisien sur une série de concerts à Paris et en province. Au programme : "Daphnis et Chloé" et le "Requiem" de Fauré. Autant dire que la harpe était particulièrement sollicitée !
Après près d'un mois de travail côte à côte, les concerts arrivent. Et une scène surréaliste se répète.
1ère salle :
Dans la loge commune des femmes. J'étais habillée, apprêtée, prête à monter sur scène. Une choriste m'arrête et me demande gentiment si c'est moi qui suis chargée de surveiller les sacs pendant le concert. Une de ses collègues, visiblement gênée, intervient :
« Non, c'est la harpiste. »
2ème salle :
Une autre choriste me pose exactement la même question.
Je lui réponds que je suis la harpiste.
Elle: « Ah ben, je ne pouvais pas deviner. »
3ème salle :
Cette fois, c'est une musicienne de l'orchestre qui me demande, dans nos propres loges, si je garde les sacs.
Agacée et estomaquée de la répétition de la question, je lui réponds :
« Non, je suis la harpiste. Mais je n'ai qu'une tête à garder des sacs ? »
Sa réponse :
« Ah, je ne vous avais pas vue, vous êtes loin. »
Ce à quoi je réplique :
« Mais moi, je peux vous dire que vous êtes altiste, non ? »
Après trois semaines de travail ensemble, cette situation est particulièrement violente.
Trois lieux, trois situations, et toujours cette même présomption : je ne pouvais pas être la musicienne que j'étais.
Plus récemment, lors d'une tournée dans une grande salle internationale extrêmement sécurisée, j'ai voulu récupérer une boucle d'oreille oubliée dans mon casier.
J'ouvre mon casier, je fouille dans mon sac. Une musicienne est présente et me dévisage jusqu'à me demander ce que je faisais là, d'un ton soupçonneux.
En quelques secondes, je suis passée du statut de musicienne invitée à celui de pickpocket suspecte...
Je ne prétends pas que chaque incident, pris isolément, suffise à démontrer une intention raciste. Mais lorsque les mêmes présomptions se répètent au fil des années, dans des contextes différents, elles finissent par dessiner une réalité dont il devient difficile de ne pas parler.
Le racisme ordinaire, c'est aussi devoir sans cesse prouver que l'on est légitime là où d'autres sont spontanément considérés comme étant à leur place.
Ce ne sont pas toujours des insultes explicites. Ce sont aussi ces petites scènes, ces réflexes, ces humiliations qui, mises bout à bout, finissent par peser lourd.

ALORS POURQUOI SOUTENIR LES ÉTUDIANTS AUJOURD'HUI ?
 
Parce que leurs revendications s'inscrivent dans une réalité que beaucoup d'entre nous connaissent, parfois depuis des décennies.
Parce que les inégalités d'accès, les rapports de pouvoir, les discriminations et le manque d'accompagnement professionnel ne sont pas des inventions de jeunes gens qui ne connaîtraient rien à la réalité du métier.
Et parce que réussir dans un système ne signifie pas que celui-ci soit juste.
Il est toujours plus facile de défendre un système lorsqu'on a pu bénéficier de ses réseaux, de ses codes et de ses mécanismes de cooptation. Mais avoir trouvé sa place dans ce système ne signifie pas que chacun ait eu les mêmes chances d'y parvenir.
Je trouve particulièrement regrettable que certaines personnalités du milieu choisissent de mépriser ces jeunes plutôt que d'essayer de comprendre ce qu'ils dénoncent.
Ces étudiants savent ce que notre métier peut apporter de merveilleux, mais ils voient aussi ce qu'il peut coûter humainement. Ils veulent pouvoir exercer leur passion sans avoir à accepter l'inacceptable au nom de la tradition ou d'une prétendue nécessité.
Ce qui me désole, ce n'est pas que cette génération refuse de se taire. C'est que certains, parmi ceux qui devraient être les premiers à l'écouter, semblent lui reprocher de parler.
Notre milieu a besoin de talent, d'exigence et de travail. Mais aussi de justice, de respect et de remise en question. L'excellence artistique ne devrait jamais servir de prétexte pour justifier l'inégalité ou le mépris.
Mon soutien total à tous les étudiants mobilisés des conservatoires, à tous les étudiants en général, à cette jeunesse qui a le courage de redistribuer les cartes d'un nouveau jeu...

17 octobre 2026

[POLITIQUE & SUJETS DE SOCIÉTÉ]

François Fillon
17/10/2026

Mon intervention aux Universités de rentrée du mouvement Oser la France

Oser la France ! Quel bel intitulé pour votre mouvement et pour cette université de rentrée à laquelle vous avez osé me convier !
J’ai en effet quitté la vie publique après les élections présidentielles de 2017 et les vicissitudes médiatico-judiciaires qui ont eu raison de mon ambition pour la France.
Si je reprends la parole aujourd’hui, c’est que 10 ans plus tard, le constat est terrible :
La France est en échec dans presque tous les domaines.
Elle est plus divisée que jamais.
Elle est en faillite financière.
Son économie a reculé de la 5ème à la 7ème place dans le monde.
L’immigration est hors contrôle.
L’insécurité n’a cessé de croitre nous plaçant désormais au 25° rang des pays de l’OCDE.
Malgré une agitation diplomatique permanente, la voix de la France dans le monde s’est affaiblie au point que nous sommes hors-jeu dans une grande partie de l’Afrique et spectateurs impuissants au Moyen-Orient où se joue portant une partie dont notre avenir dépend.
Au terme de ces deux quinquennats qui devaient rénover la vie politique au service d’une renaissance française, le rassemblement national est aux portes du pouvoir que la France insoumise entend lui contester dans la rue.
Ceux qui sont comptables de ce désastre sont pourtant toujours aussi arrogants et cherchent tous les moyens de conserver un pouvoir qui ne sert plus guère que leurs intérêts.
Ils sont pour cela prêts à tout :
À interdire les voix dissidentes au nom d’une curieuse conception de la démocratie et de la liberté d’expression.
À promettre tout ce qu’ils ont refusé de faire deux quinquennats durant.
À brandir une menace de guerre en Europe qu’ils ont largement contribué à rendre possible.
Et finalement à enclencher la dernière phase du processus d’intégration européenne qui leur apparaît comme la seule réponse à leurs échecs et à l’abaissement de notre pays.
Convenez que cette situation m’autorise à prendre la parole et à partager avec les Français une analyse qui n’est guidée par aucune ambition personnelle et par aucun agenda politique.
Je suis heureux de le faire ici à Avignon devant vous qui partagez beaucoup de mes convictions même si je dois avouer que je ne les ai pas toujours défendues avec assez de détermination.
Je me reconnais dans l’engagement de Julien Aubert et je suis heureux de retrouver la courageuse et fidèle Valerie Boyer dont le soutien ne m’a jamais fait défaut.
Je félicite tous ceux qui ont choisi d’agir avec eux alors que le pronostic vital de notre nation est engagé.
En effet, tous les symptômes de la décadence sont aujourd’hui réunis et on pourrait douter qu’il soit possible d’interrompre la glissade comme le Général de Gaulle a pu le faire en 1958 car la situation est autrement plus difficile.
Il y a d’abord la dette qui est le symptôme d’une maladie plus grave : l’impuissance politique.
La dette c’est la menace la plus immédiate qui pèse sur la France.
Elle n’est pas nouvelle.
On ne peut pas en rendre responsable seul Emmanuel Macron et ses gouvernements.
J’avais moi-même alerté en 2007 avec une formule qui m’avait valu les railleries en parlant d’un État en faillite.
Je reconnais que les politiques que nous avons menées n’ont pas été suffisamment puissantes pour rétablir nos finances. Je n’ai pas su convaincre Nicolas Sarkozy et la majorité de l’époque de l’urgence d’une reforme profonde de l’État et des régimes sociaux non seulement pour réduire l’endettement mais pour alléger une fiscalité qui entraîne notre économie vers le fond.
La crise des « subprimes », l’espoir d’une croissance qui permettrait de réduire l’endettement nous ont fait repousser des décisions qui deviennent chaque année plus difficile à prendre.
Nous ne sommes pas pour autant restés immobiles. Nous avions réduit les emplois publics en ne remplaçant pas un départ à la retraite sur deux. Nous avons réformé les régimes de retraites et porté l’âge légal de départ à 62 ans.
J’ai défendu le passage à 65 ans qui nous aurait mis dans la moyenne des autres pays européens sans parvenir à convaincre Nicolas Sarkozy qui craignait la violence de la réaction syndicale.
Avec la défiscalisation des heures supplémentaires nous avions réduit les dégâts causés par les 35 heures tant sur la compétitivité de notre économie que sur le pouvoir d’achat des Français.
Nous avons réorganisé notre système de santé avec notamment la création des agences régionales de santé. L’objectif était d’alléger la tutelle des hôpitaux par un contrôle plus proche. Le résultat fut l’inverse de celui que nous recherchions. La bureaucratie nationale s’est transformée en une bureaucratie régionale encore plus lourde et plus contraignante. Cet exemple nous montre que les meilleures intentions conduisent parfois aux pires conséquences.
Après 2012 la dette a continué de croître pour carrément s’envoler avec Emmanuel Macron et son funeste « quoi qu’il en coûte ».
Alors que le candidat Macron s’était engagé à réduire le nombre des emplois publics, celui-ci s’est accru de plus de 250 000.
Aucune reforme structurelle n’a été menée à bien.
La dissolution et l’absence de majorité parlementaire qui s’en sont suivies ont rendu la situation financière incontrôlable.
J’avais suggéré à Emmanuel Macron d’en tirer les conséquences et d’avancer l’élection présidentielle pour éviter de faire perdre un temps précieux à la France.
C’était sans compter sur son aveuglement et sur l’instinct de survie de ce qui apparaît de plus en plus aux Français comme une petite caste crispée sur son pouvoir et incapable de comprendre la gravité de la spirale du déclin qui nous entraîne vers un déclassement durable.
Alors que les nuages noirs de la crise financière s’amoncellent à l’horizon, le président de la République arpente le monde en commentant l’actualité et en distribuant des promesses que la France sera incapable d’honorer.
Son premier ministre menace les parlementaires qui seraient irresponsables de ne pas voter un budget qui accroîtra encore une pression fiscale qui bat tous les records en Europe et qui asphyxie une économie déjà en berne.
Non ! Il ne serait pas responsable pour la droite d’offrir une roue de secours à ce gouvernement en cautionnant à la fois l’augmentation des impôts, l’accroissement du déficit et l’absence de réduction structurelle des dépenses publiques.
Ce serait, à la veille des élections présidentielles, s’associer aux responsables de ce désastre qui va inévitablement entraîner une crise financière majeure dont les conséquences sur la vie quotidienne des Français seront comparables à ce qu’on connut les Grecs ou les Espagnols.
Le rôle de la droite est désormais de proposer aux Français une réorganisation profonde de l’appareil d’État et de l’organisation territoriale pour réduire la dépense publique et pour alléger le poids de la bureaucratie qui étrangle l’économie, déresponsabilise les citoyens et étouffe la démocratie.
Oui le faut renverser la table !
La France a besoin d’une révolution qui ne peut pas être conduite par les mêmes équipes que celles qui nous ont conduits là où nous sommes. Celles-là auront toujours les mêmes réponses, les mêmes réflexes, elles reproduiront toujours les mêmes erreurs.
Ne perdez pas votre temps dans les débats sur les primaires, les tactiques censées contrer les extrêmes ou les alliances qui ne feraient que prolonger le mal dont souffre notre pays, jusqu’à créer les conditions d’une révolte violente dont il a le secret.
Ce n’est pas de compromis dont nous avons besoin mais d’un projet radical de redressement.
Je l’avais esquissé en 2017 alors que la situation était moins critique.
J’avais alors pris 5 engagements qui sont toujours d’actualité :
Réduire le poids du secteur public qui représentait alors 22% de la force de travail contre 11% en Allemagne.
Porter le temps de travail dans la fonction publique à 39 h pour compenser les réductions d’emploi.
Ramener de 4 à 2 le nombre d’échelons des collectivités territoriales.
Garantir l’équilibre des comptes sociaux en portant notamment à 65 ans l’âge de départ à la retraite comme c’est le cas à minima dans tous les autres pays européens.
Baisser le coût du travail en reportant sur la TVA une partie du financement des charges payées par les salariés et les employeurs.
Cette mesure que j’avais fait voter en 2012 avait été dénoncée par la gauche et abrogée dès son arrivée au pouvoir cette même année.
François Hollande propose aujourd’hui de la rétablir !
Cette inconséquence de la gauche est largement responsable du déclin de notre pays. La facture des 35 heures et de la retraite à soixante ans pèsent lourd dans le déficit public.
Enfin, je m’étais engagé à inscrire dans la Constitution la règle de l’équilibre des finances publiques, qui semble désormais faire presque l’unanimité parmi les nombreux candidats à l’élection présidentielle.
La France a juste perdu 14 ans et malheureusement ces remèdes nécessaires ne seront hélas plus suffisants à assurer le redressement national.
La deuxième menace existentielle qui pèse sur notre pays est celle de l’immigration incontrôlée.
Cette menace je dois reconnaître que nous l’avons longtemps sous-estimée.
Pourquoi ?
Parce que la France alors 5ème puissance économique mondiale, héritière d’une grande histoire impériale semblait suffisamment forte pour intégrer les populations étrangères qui la rejoignaient et qui contribuaient à sa croissance.
Mais l’économie française s’est affaiblie, le nombre des nouveaux arrivants a dépassé notre capacité d’assimilation et le seuil de tolérance de nos concitoyens.
Dans le même temps la montée en puissance dans le monde du totalitarisme islamique a créé les conditions d’un affrontement politique et culturel qui vire au séparatisme dans de nombreux quartiers des grandes villes européennes.
Ce totalitarisme islamique qui prospère du Pakistan jusqu’à l’Afrique occidentale porte en germe le risque de guerre civile en Europe. Le mouvement des Frères musulmans ne s’en cache pas. Il affiche sans ambiguïté son objectif d’imposer ses valeurs, son mode de vie dans une grande partie du monde.
Il constitue à cet égard une menace bien plus sérieuse que celle d’une invasion russe que nous annoncent jour après jour les irresponsables qui font tout depuis le début de la crise en Ukraine pour saboter les tentatives de négociation de paix qui finiront pourtant par s’imposer au prix de centaines de milliers de morts supplémentaires.
Pourquoi une menace plus sérieuse ? Parce qu’elle est réelle, qu’elle tue déjà des innocents sur notre continent, qu’elle ne cesse de se renforcer par le biais redoutable d’une offre spirituelle frelatée mais qui séduit chaque jour plus d’hommes et de femmes à travers le monde.
C’est pourquoi nous devons reprendre le contrôle de nos frontières nationales et choisir soigneusement ceux que nous sommes prêts à accueillir dans notre pays.
J’avais proposé en son temps une politique de quota d’immigration fixé chaque année par un vote du parlement en fonction de nos besoins économiques, de nos capacités d’accueil et d’intégration.
La France a le droit et le devoir de choisir le nombre, les origines géographiques, les compétences professionnelles de ceux qui souhaitent la rejoindre.
Elle a le droit et le devoir de refuser tous ceux qui placent leur conviction religieuse ou politique au-dessus de nos lois nationales.
Ce droit absolu exige des changements constitutionnels que propose aujourd’hui Bruno Retailleau.
Cette révision constitutionnelle je la proposais déjà en 2017 et comme lui je souhaitais la faire adopter par la voie du référendum comme l’avait fait par deux fois le général de Gaulle en 1962 pour permettre l’élection du président de la République au suffrage universel et en 1969 pour reformer le Sénat et régionaliser notre organisation territoriale.
Que tous ceux qui contestent la constitutionnalité de cette proposition osent dire que l’élection du président de la République au suffrage universel est inconstitutionnelle puisqu’elle a été approuvée directement par les Français !
Je veux d’ailleurs à ce sujet dire au président du Conseil constitutionnel qu’il sort de son rôle en condamnant ces propositions qui sont fondamentalement démocratiques.
La suffisance de ces pseudo élites qui jugent dangereux de s’en remettre au peuple pour qu’il décide de son propre avenir est un puissant carburant pour les votes extrémistes aujourd’hui et pour le recours à la violence demain.
Qu’ont-ils fait d’ailleurs pour protéger notre démocratie qui leur permette d’être aussi arrogants?
La vérité c’est que cette démocratie sort affaiblie de dix ans de macronisme.
L’obsession du "en même temps" qui n’est qu’une habileté tactique pour se maintenir au pouvoir a conduit à la marginalisation de la droite et de la gauche de gouvernement n’offrant plus que les extrêmes pour canaliser les oppositions.
La principale différence entre les démocraties et les régimes totalitaires réside dans la possibilité d’une alternance. Le concept de l’hyper centre rend cette alternance plus difficile puisqu’elle ne peut guère plus passer que par les extrêmes.
Mais les macronistes sont allés plus loin en cherchant en permanence à réduire la liberté d’expression par une définition de plus en plus restrictive.
Les démocraties ne peuvent pas craindre la liberté d’expression. Elles ne peuvent pas en définir les contours. La liberté est une et indivisible. On doit pouvoir supporter les expressions les plus radicales, les plus partisanes, les plus invraisemblables et les combattre par le débat.
Le recours à la judiciarisation du débat politique est une atteinte à la liberté d’expression et un pouvoir exorbitant et illégitime donné aux juges.
Oui, dans une démocratie on le droit de critiquer la position de la France dans le conflit en Ukraine ou dans celui qui oppose Israël et les Palestiniens comme on a le droit de l’approuver.
Oui, dans une démocratie on a le droit de critiquer la doxa écologiste qui a blessé notre agriculture, fragilisé notre accès à l’énergie, créé une pénurie de logement, marginalisé nos zones rurales.
Oui, dans une démocratie on a le droit de ne pas approuver le mariage pour tous, la négation du genre ou le recours à l’euthanasie.
Oui, dans une démocratie on doit accepter qu’il y ait des médias d’opinion et si possible pas seulement de gauche.
Oui, la démocratie c’est exigeant, c’est dérangeant, c’est inconfortable mais sa limitation, même pour de bonnes raisons, conduit au totalitarisme.
Toutes ces dérives portent un nom : celui de décadence !
Et cette décadence menace l’existence même de notre nation, son indépendance et son unité.
Et ceci m’amène à la quatrième menace qui pèse sur l’avenir de la France, c’est celle de sa dissolution dans une Europe impotente.
L’idée européenne est une belle idée née des conflits sanglants qui ont jalonné l’histoire du continent.
Elle nous a donné plusieurs décennies de paix et de prospérité en réduisant nos divergences et en offrant à nos économies morcelées un marché à la dimension de leurs ambitions et de leurs capacités.
L’élargissement à marche forcée, l’illusion de la fin des nations et de la paix éternelle, le refus du risque qui conduit à sur-réglementer, le pouvoir anesthésiant de l’euro qui a permis l’endettement des uns aux frais des autres, ont eu raison de cette belle idée qui, dans une fuite en avant, tente d’accélérer une intégration qui est la cause de son impuissance.
Cette situation est aggravée par la faiblesse de la France qui laisse progressivement les leviers de la puissance à une Allemagne décomplexée qui ne veut plus payer pour les autres ni dépendre d’eux pour sa sécurité.
Dans le défunt couple franco-allemand, l’Allemagne dominait avec son industrie, sa rigueur financière quand la France pouvait compter sur son énergie nucléaire, sa supériorité en matière de défense, son siège au Conseil de sécurité des nations unis, son rayonnement culturel notamment grâce à la francophonie.
Nous sommes en train de perdre un à un ces avantages en raison de notre inconséquence mais aussi de l’influence grandissante de l’Allemagne sur les institutions européennes qu’elle contrôle de plus en plus étroitement.
Le piège se referme : Une France en faillite qui a besoin du soutien de l’Allemagne. Une Allemagne qui redécouvre la tentation de puissance. Une Italie qui ne cache pas son envie de prendre sa revanche sur des années de domination du couple franco-allemand.
La France doit vite sortir de cette impasse dangereuse.
Comment ?
D’abord en rétablissant sa situation financière.
C’est une exigence vitale qui ne sera pas satisfaite par des impôts supplémentaires et des réformes en trompe-l’œil.
C’est une exigence qui ne sera jamais satisfaite par la gauche qui démontre chaque jour son enfermement idéologique.
C’est une exigence que ne satisferont pas les propositions du rassemblement national qui ne parvient pas à entrer dans le réel.
Ensuite en posant les limites de l’élargissement de l’UE qui ne peut pas se faire sans notre accord.
Enfin en prenant la tête d’une coalition d’États pour redéfinir le projet européen dans le respect de nos identités, de nos frontières, de nos valeurs et de nos intérêts.
Comment accepter qu’une présidente de la Commission européenne agisse comme un chef d’État, au mépris des principes de la construction européenne et s’arroge des prérogatives qu’aucun traité ne lui a donné.
Comment accepter que la voix diplomatique de l’Europe soit celle d’une ancienne première ministre balte qui n'exige rien moins que le démantèlement territorial de la Russie !
Les Baltes ont de bonnes raisons de craindre la Russie mais aucune de ses raisons ne justifie des prises de positions qui conduisent tout droit à une troisième guerre mondiale.
Le passage en force sur l’accord du Mercosur au nom d’une idéologie libre échangiste qui recule partout dans le monde, l’assassinat de l’industrie automobile européenne au nom d’une idéologie environnementale qui a aussi conduit à la condamnation de l’énergie nucléaire pourtant plus à même de réduire nos émissions de CO2, les innombrables couches de réglementations qui s’abattent chaque jour sur les entreprises, les artisans et les agriculteurs : cette Europe-là est en situation d’échec !
En même temps elle est incapable de sortir de sa dépendance structurelle à l’égard des États-Unis malgré les provocations de Donald Trump et les annonces martiales sans lendemain des dirigeants européens.
En 2017 déjà je proposais de travailler à l’internationalisation de la monnaie européenne pour sortir de notre dépendance au dollar. J’avais prédit que la Chine chercherait à faire de sa monnaie une monnaie de paiement internationale. C’est exactement ce qui est en train de se passer.
Cette question n’est pas anecdotique.
Grâce au monopole du dollar sur les marchés internationaux, les États-Unis peuvent tranquillement continuer à vivre à crédit. Plus grave, ils peuvent continuer à s’ingérer dans le fonctionnement des économies européennes en leur appliquant, au mépris du droit international, leur législation domestique.
L’euro aurait pu nous protéger de cette ingérence. Désormais c’est aussi la monnaie chinoise qui va s’imposer dans une partie du monde, consacrant notre effacement.
Philippe Séguin avait prévu toutes ces dérives quand il dénonçait :
"La logique du processus de l’engrenage économique et politique mis au point à Maastricht est celle d’un fédéralisme au rabais fondamentalement anti démocratique, faussement libéral et résolument technocratique. L’Europe qu’on nous propose n’est ni libre, ni juste, ni efficace."
Vous le voyez mes chers amis, l’enjeu de cette élection présidentielle n’est pas banal !
Il est existentiel pour la nation française qui est menacée d’un déclassement historique et pour l’Europe qui ne peut plus dissimuler son déclin derrière les déclarations martiales de ses dirigeants.
Dans ce contexte qui nécessite des dirigeants courageux et solides dans leurs convictions, qui impose la modestie aux élites au pouvoir et le démantèlement des barrières qu’ils ont érigées pour protéger leur pouvoir malgré leurs échecs, je ne vois qu’une candidature capable d’engager le sursaut national nécessaire, c’est celle de Bruno Retailleau.
Parce que Bruno est le seul candidat crédible à cette élection qui soit clairement à droite, qui n’ait jamais varié dans ses convictions et qui soit capable de générer un large rassemblement des droites sans lequel aucun redressement ne sera possible.
Cette élection présidentielle n’est pas une émission de télé-réalité !
C’est la dernière sortie sur l’autoroute qui mène à l’effacement d’une nation qui fit rayonner la foi chrétienne puis l’idéal républicain et l’universalisme dont le monde a plus que jamais besoin.
Oser la France c’est oser le rassemblement à droite.

[Le blog des esprits libres et éclairés, c'est ici ⇨ liberteresistance.fr]
Yves Hemedinger
17/10/2026

Je suis consterné


Depuis près de dix ans, Emmanuel Macron et ceux qui ont conduit ou soutenu sa politique portent une responsabilité écrasante dans l’affaiblissement de la France et de la République.
Ce pouvoir avait promis le renouveau. Il aura installé le pays dans un cauchemar permanent.
Macron, ses gouvernements successifs et les parlementaires qui les ont soutenus devront rendre des comptes aux Français. Aucun ne pourra se défausser. Ils ont gouverné, ils ont voté, ils ont cautionné.
Ils doivent assumer ce chaos et partir loin, très loin du pouvoir !
Qu'ils dégagent tous !
Je crois encore au sursaut. Mais j’espère que l’Histoire ne retiendra pas qu’ils auront planté les derniers clous dans le cercueil de notre pays.
Colmar, manifestation du 17 novembre 2026