Fabien Nierengarten
28/7/2026
En parcourant les réseaux sociaux ce matin, il me semble une nouvelle fois que le feu calcine les neurones de certains de mes contemporains, aussi vite qu'il détruit des hectares de forêt, ruine la vie de milliers de personnes et épuise des centaines de sapeurs-pompiers. Comme si la lutte encore en cours contre les incendies titanesques qui ravagent nos paysages, avait pu être évitée grâce à l'achat de quelques canadairs supplémentaires, la suppression immédiate de l'aide à l'Ukraine ou encore la réduction draconienne de l'immigration.
En fait, plus j'avance dans mon parcours de citoyen, plus je suis convaincu que l'extrémisme, qu'il soit de gauche ou de droite, se réduit à une paresse intellectuelle qui se prend pour du courage. Notre époque manque de repères ? Pas de problème, les extrémistes en distribuent à la pelle. Ils ont une réponse à tout, une certitude sur chaque sujet et un coupable prêt à l'emploi pour le moindre problème. C'est un peu le service après-vente de la pensée simpliste : si la réalité ne rentre pas dans le slogan, tant pis pour la réalité.
Ce qui me fatigue, ce n'est pas qu'on défende des idées radicales. puisque tous les goûts sont dans la nature, même les plus nauséabonds. Non, c'est qu'on les emballe dans un papier cadeau appelé "bon sens". Comme si hurler plus fort transformait une approximation en vérité. Comme si remplacer un raisonnement par un bouc émissaire relevait soudain du courage politique.
Les partis qui prospèrent sur ces recettes connaissent leur métier. Ils vendent des émotions avant de vendre des programmes. La peur fait cliquer. La colère fait voter. L'indignation permanente fait oublier qu'il faudra bien, un jour, gouverner avec des faits plutôt qu'avec des slogans. Leur méthode est d'une constance admirable. D'abord, expliquer que tout va mal. Ensuite, désigner les responsables, toujours les mêmes ou presque. Enfin, promettre qu'un grand coup de balai réglera des décennies de problèmes.
L'extrémisme adore les réponses courtes parce qu'il redoute les questions longues. Il se nourrit de raccourcis, se méfie des nuances et traite le doute comme une faiblesse. Pourtant, douter n'est pas un signe de lâcheté ; c'est souvent le début de l'intelligence. Les certitudes, elles, sont confortables. Elles dispensent de réfléchir.
Celui qui m'inquiète le plus, ce n'est pas le militant convaincu. C'est le citoyen épuisé qui finit par croire que la démocratie est un obstacle et que la complexité est une arnaque. Celui qui tend l'oreille à ceux qui promettent des miracles, des solutions instantanées et des ennemis faciles à reconnaître. C'est séduisant comme tous les remèdes miracle. Jusqu'au moment où l'on découvre qu'ils soignent surtout les ambitions de ceux qui les vendent.
Je déteste les idées extrémistes parce qu'elles appauvrissent le débat public. Elles remplacent les arguments par des slogans, les faits par des fantasmes et les adversaires par des ennemis. Elles ne cherchent pas à convaincre, elles cherchent à diviser. Elles ne construisent pas une société, elles fabriquent des camps et des clans.
La démocratie n'a jamais promis d'être rapide, parfaite ou spectaculaire. Elle exige de la patience, de la contradiction et parfois même la modestie d'admettre que personne ne possède la vérité entière. C'est moins glamour que les prophètes de la politique, moins rentable que les marchands de colère, mais c'est ainsi que l'on évite de transformer les désaccords en fractures.
À choisir entre ceux qui prétendent avoir des réponses à tout et ceux qui acceptent de chercher des réponses ensemble, je choisirai toujours sans hésiter ces derniers. Les uns font beaucoup de bruit, les autres tentent d'agir sans cesse dans la discrétion, avec humilité... et humanité.