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2 avril 2026

[POLITIQUE & SUJETS DE SOCIÉTÉ]

Gastel Etzwane
2/4/2026

Accord UE-Australie : un nouveau coup de massue pour l’agriculture française, au profit des voitures allemandes


Le 24 mars 2026, à Canberra, la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen a signé en grande pompe l’accord de libre-échange avec l’Australie. Officiellement présenté comme une « victoire stratégique », cet accord s’ajoute à celui déjà conclu avec le Mercosur et révèle, une fois de plus, le même schéma : concessions massives sur l’agriculture européenne pour ouvrir les marchés aux exportations industrielles, essentiellement allemandes.

L’effet cumulé sur le bœuf : 130 000 tonnes de viande qui vont inonder le marché européen

• Mercosur : 99 000 tonnes de quota annuel pour la viande bovine (application provisoire dès mai 2026).
• Australie : 30 600 tonnes supplémentaires (16 830 tonnes en franchise totale pour le bœuf nourri à l’herbe + 13 770 tonnes à droits réduits).

Total cumulé : près de 130 000 tonnes de bœuf étranger qui vont arriver chaque année sur le marché européen une fois les deux accords pleinement opérationnels. Pour la France, premier producteur bovin de l’UE, c’est une pression supplémentaire intolérable sur les prix et sur les éleveurs. Cette concurrence déloyale risque d’accélérer la disparition de petites exploitations déjà fragilisées, particulièrement dans les régions d’élevage extensif.
Les agriculteurs français ne sont pas dupes : ces quotas, même présentés comme « limités », s’ajoutent aux accords existants (Nouvelle-Zélande, Canada…) et créent un effet de masse qui fait baisser les cours, asphyxie les revenus et pousse à la concentration industrielle au détriment de l’agriculture familiale.

Le seul gain véritablement visible : les voitures… surtout allemandes

Pendant que l’on sacrifie l’élevage français, le grand bénéficiaire est clair : l’industrie automobile européenne, et plus particulièrement allemande.
• Avec l’Australie, le droit de douane de 5 % sur les véhicules importés est supprimé dès l’entrée en vigueur.
• Avec le Mercosur, les droits (jusqu’à 35 %) sont progressivement levés sur 15 ans.

Résultat : Volkswagen, BMW, Mercedes, Audi et Porsche vont pouvoir inonder ces marchés à moindre coût, améliorer leurs marges et contrer la concurrence chinoise. L’agriculture paie l’addition pour que l’industrie allemande exporte ses voitures. C’est le seul « jackpot » réellement visible et chiffrable de ces accords. Le reste (minerais critiques, services) reste secondaire pour le citoyen européen.

Von der Leyen décide seule : la preuve par l’exemple que l’UE n’est pas une démocratie

À chaque fois, c’est la même personne qui signe : Ursula von der Leyen.
Pour le Mercosur, elle a décidé d’appliquer l’accord de manière provisoire dès mai 2026, sans attendre :
- la ratification complète par le Parlement européen,
- ni même les éventuels recours devant la Cour de justice de l’Union européenne.

Même scénario pour l’Australie : signature en fanfare, puis ratification « à suivre ». La Commission impose, le Parlement et les États membres ratifient (ou font semblant).
Pour ceux qui auraient encore des doutes : la présidente de la Commission décide seule des grands accords commerciaux qui engagent 450 millions d’Européens. Elle choisit les gagnants (l’industrie allemande) et les perdants (l’agriculture française). Et elle applique ses décisions avant même que les institutions censées la contrôler aient donné leur feu vert.
L’Union européenne n’est pas une démocratie : c’est une technocratie où une seule personne, non élue au suffrage universel direct pour ce rôle, impose à tous les peuples européens sa vision du commerce mondial.
Les éleveurs français qui manifestent aujourd’hui ont raison de crier à la trahison. Ce n’est pas une « ouverture des marchés ». C’est un choix politique clair : sacrifier l’agriculture pour sauver l’industrie allemande. Et c’est Ursula von der Leyen qui tient le stylo.

Illustration : élevage de bœufs en Australie

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Edouard Dabrowski

Festival de Pâques de Colmar – L'ensemble Matheus

- 2/4/2026 - Un concert qui laissera sans nul doute un souvenir impérissable à un public subjugué qui, unanimement, en a loué l'extraordinaire qualité. Le programme s'intitulait "De Jérusalem à Cordoue", donnons la parole à Jean-Christophe Spinosi, directeur de l'Ensemble Matheus : « Il s'agit essentiellement de musique sacrée et surtout d'un assemblage de musique juive, arabe et chrétienne. Des musiques issues de musiques traditionnelles séculaires, par exemple les chants soufis, des psaumes de David en hébreu, une musique de Salomone Rossi qui est la première musique en hébreu jamais imprimée, une magnifique musique chypriote, impossible de ne pas avoir de frissons, en entendant ces musiques, de la musique baroque aussi, et des extraits des Vêpres de Monteverdi, l'un des plus grands chefs-d'œuvre de toute l'histoire de la musique, c'est le ciel de la musique. Au milieu de ces bijoux musicaux va se reconstituer une sorte de cérémonie ou de messe des trois religions et je pense qu'avec tout ce qui se passe dans le monde, on en a bien besoin parce que la musique c'est l'amour, et ces musiques nous amènent directement au ciel. »













1 avril 2026

[POLITIQUE & SUJETS DE SOCIÉTÉ]

H16

Greenpeace en pleine décroissance : quand le vert passe dans le rouge

- 1/4/2026 - L’écologie, ce n’est pas que ces grands programmes sur les énergies renouvelables ou l’électrification automobile, c’est aussi les gestes du quotidien. Et chez Greenpeace, dans ces gestes, il y a bien sûr le tri sélectif qui commence, bien sûr, par celui des salariés.

Après tout, chacun doit s’y mettre et Greenpeace a bien compris qu’elle devait donner l’exemple. Voilà donc l’Organisation Non Gouvernementale Ou Presque qui réduit subitement ses effectifs : le 26 mars 2026, Greenpeace France annonce devoir supprimer 33 postes sur 138, soit un quart de ses effectifs, pour un grand bond en avant vers une décroissance calculée en biodynamie dans une jolie restructuration durable.


Cependant, au-delà de l’évidente explication d’une courageuse décroissance, d’autres facteurs pourraient aussi expliquer cette nouvelle phase dans la vie de l’ONG.

Peut-être devrait-on évoquer la baisse des dons ?

Avec 31 millions d’euros collectés en 2025, l’association affiche une croissance de 7% sur la période 2022-2025, contre 26% sur 2018-2021. En euros constants, c’est la stagnation pure et simple, ce que la novlangue maison traduit pudiquement par « ralentissement de la croissance des ressources ». Et c’est assez logique : quand on regarde la déroute électorale des Verts aux municipales de 2026, avec la perte de Bordeaux, Strasbourg, Besançon, Annecy, Poitiers et Colombes, on comprend que le courant passe de moins en moins bien entre l’écologie politique et les Français. Quand on ne vote plus vert, on ne donne plus vert non plus.

Peut-être les frais de fonctionnement sont-ils trop élevés ? Ce ne serait guère étonnant.

En décembre 2025, Jean-François Julliard quitte la direction après 14 années de service, assurant au passage n’être « au courant de rien » sur les difficultés financières. 14 ans sans rien voir, c’est exactement le niveau de compétence prévisionnelle qu’on attend d’une organisation prédisant le climat à 50 ans. Trois co-directrices générales prennent alors le relais et, en janvier 2026, s’augmentent mutuellement de 15%, soit environ 1000 euros mensuels supplémentaires chacune pour annoncer, deux mois plus tard, un vigoureux plan de sauvegarde de la rémunération de l’emploi portant sur 33 postes. Sobriété des troupes, prospérité de l’état-major, tout va bien.


Ajoutons enfin que sur les 31 millions € de dons collectés, 8 à 10 millions repartent directement vers Greenpeace International à Amsterdam : dans une sorte de mondialisation de la charité, les donateurs français sont heureux de financer des bureaux néerlandais pendant qu’une PME associative hexagonale ferme ses postes. Tout va mieux que bien.

Peut-être l’accumulation des affaires juridiques et des condamnations finit-elle par coûter cher ?

Le 27 février 2026, un juge du Dakota du Nord a en effet confirmé une condamnation de 345 millions de dollars contre Greenpeace. Greenpeace USA fait appel, mais le montant est tel que Reporterre lui-même évoque la possible « disparition » de la branche américaine. En France aussi, quelques affaires émaillent les comptes de l’asso : par exemple, 30 000 euros d’amende au tribunal de Dunkerque en septembre 2025 pour une intrusion sur la centrale de Gravelines.

Et ce n’est que la partie émergée d’un casier bien fourni : en 2014, un employé d’Amsterdam avait fait s’évaporer 3,8 millions d’euros de dons en spéculation cambiste, tandis qu’un directeur de programmes faisait la navette en avion deux fois par semaine entre Luxembourg et Amsterdam, pendant que l’ONG militait contre le transport aérien. La même année, des activistes avaient saccagé les lignes de Nazca au Pérou, site classé au patrimoine mondial de l’UNESCO, pour y déployer une banderole. En 2015, le gouvernement indien avait purement et simplement gelé les comptes de Greenpeace India pour utilisation frauduleuse des fonds.


L’humanitaire tourne régulièrement au bricolage, à la boulette ou à la magouille.

Mais l’une des explications les plus croustillantes est bien la mise en place inexorable, par Greenpeace et ses coreligionnaires, d’un cercle vicieux finalement néfaste pour leur propre petit business.

Ainsi, pendant des années, Greenpeace a milité avec acharnement pour des politiques qui ont fait exploser les prix de l’énergie. L’accise sur l’électricité a bondi de plus de 60% en février 2025, portée à 33,7 euros par MWh. Le kWh atteint désormais 0,194 euro au tarif réglementé, et la Commission de régulation de l’énergie reconnaît elle-même que ce tarif « intègre des coûts plus élevés liés aux investissements dans les renouvelables ».

Bref, les factures d’énergie explosent, les ménages sont étranglés, et ces mêmes ménages (qui constituaient le vivier de donateurs de Greenpeace) n’ont tout simplement plus les moyens de financer les frasques de l’association. Les sources internes le confirment sans détour : les donateurs « ont manifesté des difficultés financières à maintenir leur niveau de don ». Le pousseur d’éolien qui se fait mettre dans le vent, c’est un premier cas documenté de suicide économique par conviction écologique.


Au fond, ce qui se joue ici dépasse le cas Greenpeace.

En fait, la seule décroissance mesurable, c’est celle des rendements de la propagande écolo-catastrophiste qui finit par ne plus convaincre personne. Malgré un matraquage médiatique sans précédent (France Télévisions et Radio France labourent le sujet climatique jour et nuit), les dons stagnent et les donateurs raccrochent au nez des collecteurs (l’ONG elle-même reconnaît des « difficultés de joignabilité téléphonique », aveu délicat pour signifier que les gens fuient activement les appels à sauver la planète). Le réchauffement climatique fait désormais moins peur que le numéro de Greenpeace sur l’écran du téléphone.

Pire, META (Facebook) a interdit les appels aux dons dans les contenus « politiques », la Cour de cassation a mis fin aux contrats précaires de collecte de rue, et une source interne résume le malaise avec une franchise inhabituelle : « Greenpeace s’est ramollie, il y a une forme de ringardisation. »

À force de crier au loup climatique, le public a fini par changer de chaîne. La déroute des Verts aux municipales n’est que la traduction électorale d’un phénomène plus profond : la fatigue du catéchisme vert.

Il était temps.


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Michel Spitz
1/4/2026

DÉGUSTER LA MUSIQUE – FAIRE CHANTER LE VIN

Le Festival de Pâques a proposé une grande soirée inédite, mêlant musique et vin, imaginée par Emmanuel Jaeger, producteur, collectionneur.
Comment percer le mystère des grands violons ? Quelles analogies entre une dégustation de grands crus et l’écoute des subtilités de quatre extraordinaires violons ? Comment une vibration sonore peut-elle trouver sa résonance avec l’arôme d’un grand vin ? Tel a été le défi sensoriel a relever, dans le magnifique écrin du Musée Unterlinden.
L’événement, conçu comme une dégustation de grands crus a permis de faire découvrir au public les différentes sonorités de quatre grands violons sous l’archet du talentueux violoniste Emmanuel Coppey, afin que les auditeurs en perçoivent les caractéristiques. Parmi grands violons italiens du XVIIIe siècle, un violon de facture récente, fabriqué par le luthier alsacien Jean-Christophe Graff, meilleur ouvrier de France. Ainsi, dans l’ordre chronologique, le public a apprécié les violons suivants : Antonio et Girolamo Amati (1623), Antonio Stradivarius (1719), Giuseppe Andrea Filius Guarnerius (1735) et Jean-Christophe Graff (2023). Le public était invité à se prononcer sur son ressenti, le violoniste, des propriétés comme la jouabilité, l’équilibre entre les cordes, la projection du son et la réponse de l’instrument.
La dégustation de sonorités a été doublée d’une dégustation guidée par Serge Dubs, meilleur sommelier du monde. Ce n’est pas par hasard, d’ailleurs, si le vocabulaire du vin s’est enrichi d’expressions que l’on retrouve dans l’analyse musicale : belle attaque, harmonie, équilibre, puissance, élégance, profondeur, finale, etc. Tous ces termes qui définissent la forme, l’architecture, l’esprit d’un vin et rappellent l’expression musicale.
Le sommelier mettra en avant le rapport au corps, la sollicitation de la sensorialité (l'ouïe, le toucher, l'odorat, le goût), le plaisir, les émotions, la curiosité qui caractérisent bien une façon de considérer le vin. Le vocabulaire traduit les émotions de la dégustation, comme de l’écoute musicale de ces instruments. Et, finalement, l’analogie avec la musique comporte bien un aspect poétique en créant une passerelle : de la poésie des mots, à la poésie des sons.
Pour en savoir + et réserver vos places : Festival de Pâques de Colmar
Photos © Edouard Dabrowski







31 mars 2026

Festival de Pâques
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Eric Nieder

Michel Spitz

BRILLANTE OUVERTURE DU FESTIVAL DE PÂQUES DE COLMAR

- 30/3/2026 - L'orchestre de la garde républicaine, contraint d'annuler sa présence le 29 mars a été remplacé par l'un des meilleurs orchestres européens, le prestigieux orchestre de la radio de Munich, sur un programme Dvořák - Gulda, dirigé par Olivier Tardy avec Marc Coppey, violoncelle. La brillante sérénade pour vents et cordes d’Anton Dvořák, composée en 1878, inspirée de la « Gran Partita » de Mozart ouvre le concert. Elle est suivie par l’inattendu concerto pour violoncelle de Friedrich Gulda, le trublion iconoclaste qui, dans le milieu feutré de la musique classique faisait figure d’électron libre. Souvent considéré comme l'un des plus grands pianistes interprètes de son siècle, spécialiste du répertoire classique et romantique (son nom est associé à celui de Beethoven et celui de Mozart), il a fait le choix proprement révolutionnaire de devenir un grand pianiste de jazz. Dans son concerto, le violoncelle est opposé à un orchestre à vents renforcé d'une batterie et d'une guitare dans un style composite qui mêle rock, musique de kermesse pour cuivres, échos nostalgiques d'une Autriche sentimentale et une cadence de grande ampleur durant laquelle l'interprète a la liberté d'improviser.
Pour en savoir + et réserver vos places : Festival de Pâques de Colmar

Photos ©Edouard_Dabrowski









30 mars 2026

Elisabeth Spitz
27/3/2026

CÉZANNE, la lumière en fragments et l’âme des paysages

Pour la première fois, la Fondation Beyeler ouvre un espace entier à Paul Cézanne, non pas pour le raconter, mais pour le laisser apparaître.
Du 25 janvier au 25 mai 2026, l’exposition se concentre sur ses dernières années, là où tout devient plus essentiel, presque à nu.
Les visages se ferment et s’illuminent à la fois. « Le jardinier Vallier », les corps des baigneurs « Sept baigneurs » vers 1900 s’abandonnent dans une paix fragile. En abordant ces compositions, il se propose de relier les épaules des collines aux courbes des femmes, il cherche à mieux traduire combien la vie est une, combien il se sent intégré à la nature, à l’univers. Les paysages de Provence vibrent d’une intensité sourde.
Et toujours, comme un souffle obstiné, la Montagne Sainte-Victoire revient regardée, reprise, transformée jusqu’à devenir plus qu’un motif : une présence. Une ampleur, une sérénité, d’un lyrisme touchant comme si la main, d’instinct, trouvait sans hésitation ce qu’elle avait à exécuter.
Dans son atelier du Sud, Cézanne cherche sans relâche. « Rochers près des grottes au-dessus du Château Noir » est une œuvre que Cézanne réalise vers la fin de sa vie sur un domaine près d’Aix-en- Provence. Elle a longtemps fait partie de la collection de l’artiste Henri Matisse, qui voyait en Cézanne un modèle. Entre la couleur et la lumière, entre la forme et l’instable, il construit un langage nouveau, un équilibre précaire, vivant, presque secret.
Dans ses toiles, le temps semble aboli et, en les contemplant, l’impression de toucher à l’intemporel, quelque chose d’extrêmement vivant, presque impérissable.
De merveilleux effets de transparence, une fluidité, une légèreté, une liberté qui palpite, une vie frémissante qui se ressent dans ses aquarelles avec des toiles plus abstraites.
Face à ces œuvres, quelque chose se déplace en nous.
Une émotion lente, profonde, presque silencieuse.
Le génie de Cézanne ne s’impose pas, il infuse. Il réside dans cette manière unique de faire vibrer le réel, de le déconstruire pour mieux le révéler, jusqu’à toucher en nous une vérité fragile, essentielle.
Réunissant près de 80 œuvres venues d’horizons multiples, cette exposition ne montre pas seulement un peintre au sommet de son art. Elle révèle une quête. Une tension. Une manière d’habiter le monde. Cézanne n’a cessé de creuser en lui, attentif à capter ses sensations, à les traduire avec un maximum d’exigence et de sensibilité, un chercheur d’absolu.
Et l’on comprend, peut-être, ce que Pablo Picasso voulait dire en murmurant : « notre père à tous ».