Fabien Nierengarten
13/8/2026
Ah, formidable ! Nous y voilà donc. Après des années de débats, de programmes et de grandes promesses, nous aurions enfin atteint le sommet de la modernité politique : le grand concours du moins pire pour le deuxième tour des prochaines présidentielles. A moins que ce ne soit pour le Top Chef du mauvais goût politique.
À ma gauche, gants rouges, Jean-Luc Mélenchon. À ma droite, gants noirs, Marine Le Pen. Et au milieu, nous, électeurs, littéralement sommés de choisir la cause de notre mort avec le sourire. La peste ou le choléra ? Faites vos jeux ! Rien ne va (vraiment) plus !!! C’est donc cela, l’horizon démocratique qu’on nous propose ? Un bulletin dans une main, un sac à vomi dans l’autre ??
Donc, après nous avoir expliqué pendant des années que nous étions des citoyens libres, éclairés, responsables et souverains, il faudrait maintenant que nous nous placions devant deux urnes en nous disant : "Alors qui ? L'épouvantail JLM ou l'épouvantail MLP ?? Pardon, excusez-moi, mais j’ai une autre idée de la démocratie.
Car moi, je refuse de voter avec une pince à linge sur le nez. Je refuse de choisir un candidat parce que l’autre me fait davantage peur. Je refuse ce chantage électoral permanent où l’on nous explique que notre devoir civique consiste essentiellement à faire barrage à quelqu’un. À ce rythme-là, autant remplacer les programmes par des panneaux de signalisation : ATTENTION DANGER, VOTEZ POUR L’AUTRE !!!
Quel formidable aveu de faillite politique ! Quand on en arrive à dire aux électeurs : "Vous n’aimez pas notre candidat ? Ce n’est pas grave. Votez quand même pour lui, parce que...regardez qui arrive derrière ! », c’est peut-être que le problème n’est plus l’électeur, c’est l’offre qu'on lui propose.
Mon pays, je ne veux pas qu'il devienne comme un restaurant où le serveur annonce : "Aujourd’hui, nous avons deux plats du jour. Les deux sont dégueulasses, mais si vous ne prenez pas le premier, vous aurez obligatoirement le second". Et après, on s’étonne que les citoyens n’aient plus faim.
Moi, je veux avoir envie de voter. Je veux qu’on me parle d’avenir plutôt que d’apocalypse. D’idées plutôt que d’anathèmes. De projets enthousiasmants plutôt que d'intentions nauséabondes. De solutions plutôt que d’ennemis. Je veux choisir un programme, pas une menace. Je ne veux pas qu’on me dise : "Votez pour nous, sinon ce sera eux". Parce qu’entre la peste et le choléra, il existe peut-être une troisième possibilité : celle qui consiste à arrêter de nous prendre pour des malades et commencer à nous proposer des candidats qui ont envie de guérir le pays.
Et si vraiment, on ne nous laisse que deux bulletins, l'un portant le nom de Charybde, l'autre celui de Scylla, qu’on ait au moins l’honnêteté de rebaptiser l’urne : "Ici, veuillez déposer votre résignation". Et de créer enfin cette petite case à cocher : "Pour moi, ce sera aucun des deux. Réveillez-moi quand vous aurez trouvé mieux !!!"