Traduction

31 octobre 2026

Michel Spitz
31/10/2026

L’architecture funéraire est chargée de la contradiction entre la violence du départ et la douceur obstinée de la mémoire à conserver.

Elle retient le souvenir d’être dans la grandeur et l’absolu des formes. Nous nous apprêtons à visiter demain nos cimetières qui, trop souvent, nous renvoient une image austère et mélancolique de la mort et regorgent de marbres brillants, de fleurs en plastique et de photos des disparus. Je vous invite au voyage dans un cimetière qui échappe à cette malédiction…
Située près de Trévise, en Vénétie, cette sépulture est certainement l'une des plus singulières d'Europe. Peu de temps après la mort de son mari en septembre 1968, Onorina Brion cofondatrice avec Giuseppe Brion d’une grande société d’électronique, a demandé à l’architecte vénitien Carlo Scarpa de concevoir une tombe pour son mari, elle-même et leur famille. Plus qu'un simple mausolée, la Tomba Brion forme un complexe funéraire pensé comme une œuvre d'art totale où le béton, l'eau, la lumière et la géométrie s'unissent pour former un parcours spirituel, hautement philosophique. De puissants symboles, à la fois du masculin, du féminin et du sacré se déclinent au cœur de ce chef-d’œuvre.
Le site de projet, en forme de L, longe deux côtés du cimetière de San Vito d’Altivole. Un mur d’enceinte incliné vers l’intérieur limite le terrain et accentue les lieux essentiels : le grand bassin avec le pavillon, les sarcophages, le tombeau familial et la chapelle. Il y a deux entrées : la première vient directement de l’extérieur, vers la chapelle, l’autre par la grande allée de cyprès, dans la pure tradition italienne, conduit au propylée, le pavillon d’entrée du nouveau complexe. Faisant face à l’entrée, deux cercles encadrés, incrustés de mosaïque sont découpées dans le béton et ouvrent la vue sur le jardin. L’un des cercles est bordé d’une mosaïque bleu (le masculin / l’eau) et l’autre de rouge (le féminin / le feu). L’ensemble dessine une figure géométrique formée par l'intersection des deux cercles de même rayon, dont le centre de chacun se trouve sur la circonférence de l'autre, symbole universel de l’union des contraires, du mariage et de l’harmonie parfaite.
Au centre du complexe, les deux tombeaux en pierre claire et sombres se trouvent à un endroit moins élevé et protégés par une niche en forme d’arc (l’arcosolium : mot latin des premiers chrétiens). Ils supportent un coffre en palissandre sur lequel les noms sont inscrits en bois d’ébène et en ivoire. Les sarcophages de Giuseppe et Onorina Brion sont inclinés, l’un vers l’autre, symbole d’un dialogue permanent, prolongé au-delà de la mort dans une étreinte éternelle.
Isolé sur l'eau, un pavillon de méditation en bois et béton offre un espace de silence absolu. Pour y accéder, le visiteur doit s'abaisser ou franchir une porte qui s'enfonce dans l'eau, un acte physique qui s'apparente à un rituel de passage.
Bâtie au milieu d’un bassin, la chapelle semble flotter. Ses formes massives en béton brut rappellent l’architecture sacrée primitive, baignée d’une lumière mystique. L'intérieur, à la fois sobre et intime, est baigné par une lumière naturelle soigneusement mise en scène. Un puits de lumière central découpe le plafond, projetant des rais lumineux mouvants sur le béton au fil des heures. Tout le mobilier liturgique a été dessiné par Carlo Scarpa. Il combine le béton à des matériaux précieux comme le bronze, le marbre, le bois d'ébène et le laiton. Les détails sont travaillés avec une extrême minutie artisanale. Scarpa y a intégré ses motifs signatures : des gradins successifs en dents de scie ou en zigzags, qui confèrent aux parois une texture fractale.
L’espace aménagé est, à la fois, une tombe privée pour la famille Brion et le prolongement du cimetière existant. Scarpa voyait son cimetière comme un lieu public, pour la communauté, non un lieu de tristesse mais un lieu ou pique-niquer et jouer, autant qu’un lieu de méditation sur les grandes questions de la vie, de la mort, de la nature et de la société.
Photos © Michel Spitz




















Manifestation du 31 octobre 2026 à Colmar





















Calfeutrage


29 octobre 2026

[POLITIQUE & SUJETS DE SOCIÉTÉ]

Marc Amblard
20/10/2026

PETITE MISE AU POINT SUR LA RETRAITE PAR CAPITALISATION

Les commentaires que je lis parfois sous mes posts relatifs à la retraite révèlent malheureusement une vaste incompréhension du sujet. C’est un peu comme si des décennies de socialisme avait fait de la capitalisation un objet de dégoût et de défiance. Notre système éducatif y est probablement pour beaucoup. Remettons alors les choses à leur place.

1. NE PAS CONFONDRE CAPITALISATION ET BOURSE
Capitalisation n’est pas un gros mot. Capitaliser pour sa retraite, c’est économiser et placer pour subvenir à ses vieux jours. Je peux investir peu à peu cette réserve sur divers actifs : studios, chambres d’étudiant, chambres d’hôtel, terres agricoles, parkings, forêts, pièces d’or, d’argent, livrets d’épargne… Il n’y a pas que la bourse dans la vie.

2. NE PAS CONFONDRE FONDS DE RETRAITE ET FONDS DE PENSION D’ENTREPRISE
Les fonds de retraite par capitalisation mutualisés représentent plus de 95% des fonds actuels. Vos cotisations sont alors majoritairement placés sur des ETF (réservoirs d’actions recouvrant des centaines, voire des milliers des meilleures entreprises du monde), des obligations d’état, des métaux précieux...
N.B. les fonds de retraite US affichent historiquement des rendements annualisés de l'ordre de 7 à 8 % sur longue période.
Ce type de fonds n’a rien à voir avec celui consistant à accumuler des actions de l’entreprise à ses propres salariés. Il va sans dire que si l’entreprise en question dépose son bilan, les salariés perdent tout (voir le cas Enron). C’est très imprudent et plus aucun employé n’accepte de jouer à la roulette russe.
 
3. LA BOURSE EST TENDANCIELLEMENT HAUSSIÈRE. LES KRACHS SONT TOUJOURS RÉSORBÉS
L'histoire financière nous enseigne une réalité fondamentale : sur le long terme, les grands marchés boursiers ont une tendance haussière, portée par la croissance économique, les gains de productivité, l'innovation et les bénéfices des entreprises. Voir schéma.
Le krach de 1929, celui de 1987, l'éclatement de la bulle Internet en 2000, la crise financière de 2008 ou encore l'effondrement provoqué par la grippe de Wuan en 2020 ont tous été suivis d'un retour des indices à leurs précédents sommets, puis de nouveaux records.
Ce n'est qu'une question de temps et c'est précisément sur cette logique de long terme que repose la retraite par capitalisation : transformer une épargne régulière en patrimoine productif, puis laisser les années et les intérêts composés accomplir leur œuvre.

CONCLUSION
Le système français par répartition est confronté à un déséquilibre démographique structurel : toujours moins de cotisants pour financer toujours plus de retraités. Il est mécaniquement voué à l’échec. Le développement de la retraite par capitalisation apparaît donc comme une réponse complémentaire pour diversifier et sécuriser le financement des retraites.


[Le blog des esprits libres et éclairés, c'est ici ⇨ liberteresistance.fr]
Espace Malraux
DNA - 29/10/2026


Eric Straumann
28/10/2026

À Colmar, l’Histoire se transmet aussi à la Bibliothèque des Dominicains !


J’ai eu le plaisir d’accueillir Nota Bene à la Bibliothèque des Dominicains, à l’occasion d’un travail consacré à l’histoire des sorcières et aux grandes persécutions qui ont marqué l’Europe.
À travers son émission d’histoire sur YouTube, Nota Bene contribue à rendre l’Histoire accessible au plus grand nombre, en s’appuyant sur le travail des historiens et en prenant le temps de déconstruire les clichés et les idées reçues.
À la Bibliothèque des Dominicains, la richesse de nos collections permet d’aborder ces événements au plus près des sources. Parmi les ouvrages emblématiques figure le Malleus Maleficarum, ou Marteau des sorcières, traité de la fin du XVe siècle qui a marqué l’histoire de la démonologie et des persécutions pour sorcellerie.
Faire vivre notre patrimoine, partager les savoirs et transmettre une histoire rigoureuse, loin des clichés : c’est aussi la vocation de la Bibliothèque des Dominicains et une belle manière de faire rayonner Colmar.
[POLITIQUE & SUJETS DE SOCIÉTÉ]

Sarah Knafo
28/10/2026

Pendant 23 minutes, deux journalistes de franceinfo pleins de rage se sont efforcés de prouver, par A + B, que tout ce que je dis du service public est vrai.
Regardez jusqu’au bout : même les plus à gauche d’entre vous finiront par se demander pourquoi ils payent 4 milliards chaque année pour ça...

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28 octobre 2026

Michel Spitz

Au cœur de Venise, un miracle de faste et de beauté : la fondation Querini Stampalia

La transformation du palais et du jardin de la Fondation Querini Stampalia (1959–1963) par l'architecte vénitien Carlo Scarpa est unanimement saluée comme un chef-d’œuvre d'architecture moderne intégré à un édifice du XVIe siècle. Un art du silence et du raffinement, soucieux du détail, presque maniériste dans son approche des volumes modernistes qui enchante les lieux. L’architecte y développe un langage hybride, à la croisée de l’artisanat vénitien – il a longtemps travaillé le verre à Murano – et de la pensée des Modernes. Il respecte la structure du palais historique en y insérant des matériaux nobles et contemporains (béton brut, pierre d'Istrie, laiton, bois, mosaïque de verre) avec une minutie artisanale. Le pont d’accès métallique léger et élégant relie l’extérieur du campo (la place) à l'entrée du palais, utilisant des marches en pierre d'Istrie et des détails d'orfèvrerie métallique. L’eau, omniprésente, devient actrice du projet. L’architecture est pensée en tenant compte de l’acqua alta, la montée saisonnière des eaux de la lagune. Scarpa choisit de ne pas résister au phénomène mais de l’accompagner : en élargissant les arcades, il permet à la marée d’inonder de manière prévisible le rez-de-chaussée, dans une mise en scène silencieuse. L'eau pénètre par des seuils conçus sur mesure et circule dans des canaux en cuivre, béton et mosaïque, transformant une contrainte technique en un spectacle visuel et sonore. Conçu comme un espace contemplatif, le jardin s'articule autour d'un bassin à plusieurs niveaux en cuivre et béton, de jeux d’eau et de détails sculpturaux (comme des labyrinthes en albâtre et pierre d'Istrie) qui captent la lumière. Il abrite notamment des grenadiers, du papyrus, des nénuphars, des myrtes, des magnolias et des kakis.
Photos © Michel Spitz