Traduction

13 septembre 2026

Festival de Musique de Ribeauvillé
du 26 septembre au 11 octobre 2026

Une programmation riche, originale, généreuse, variée.
Les réservations sont ouvertes.



Orchestre National de Mulhouse


Musiques et sortilèges – Concert symphonique 1
Dukas / Berlioz / Koncz

Vendredi 18 septembre 2026 à 20h

TATIANA PROBST (artiste en résidence)
Metamorphosis - Création mondiale (commande de l’ONM)

PAUL DUKAS
L’Apprenti sorcier

HECTOR BERLIOZ
Symphonie fantastique

Christoph Koncz, direction

Musiques et sortilèges sont au programme de ce premier concert symphonique de la saison.

Inspiré par une ballade de Goethe et rendu célèbre par Fantasia, le film d'animation de Walt Disney, où Mickey prête ses traits à l’apprenti sorcier, le poème symphonique de Paul Dukas fait danser des balais ensorcelés : ils déversent l’eau du Rhin jusqu’à menacer d’engloutir le pauvre garçon qui leur a donné vie afin de s’épargner cette tâche.

Dans la Symphonie fantastique, ce sont spectres et sorcières qui dansent dans les cauchemars d’un jeune musicien, qui s’est adonné à l’opium dans un accès de désespoir amoureux – on n’aura pas de peine à y reconnaître Berlioz lui-même.

La Filature, 20 allée Nathan Katz à Mulhouse
Phil Umbdenstock

Histoire de côté de la veste... (DNA Colmar)

12 septembre 2026

Olivier Roth

[Moustiques]
« Il n’y a pas de solution miracle. »
Peut-être…
Mais il y a des solutions à essayer !





Rémy Brauneisen

Ebersmunster
Avec le soleil, les brumes matinales se dissipent lentement sur le Ried.
Elles s’ouvrent comme un rideau léger, laissant apparaître trois silhouettes au profil bien connu : les tours couronnées des clochers à bulbe de l’abbatiale Saint‑Maurice.
Je me souviens de ce matin d’il y a treize ans, où je m’étais levé de bonne heure en pariant sur ce nappage ouateux pour photographier Ebersmunster.
Le pari avait été gagné : la lumière, les brumes, les clochers – tout semblait respirer ensemble.
Aujourd’hui, en revoyant ces images, je mesure combien ce lieu accompagne le fil depuis longtemps.
Ebersmunster appartient à ce territoire élargi du Rhin supérieur, où les familles aristocratiques de l’Alsace mérovingienne et carolingienne ont laissé leur empreinte.
C’est dans ce paysage que s’inscrit la lignée des Étichonides, dont la mémoire irrigue encore les abbatiales, les fondations et les récits de cette région.
Je serai de retour à Ebersmunster – cette fois pour y donner ma conférence :
« Sans elles, pas d’histoire : la part des femmes dans la mémoire des Étichonides ».
Un retour qui n’aura plus la lumière des brumes du Ried, mais qui aura la force d’un lieu où l’histoire, la transmission et la beauté continuent de se répondre.


J’aurai le plaisir d’y intervenir samedi 19 septembre à 15h, avec ma conférence :
« Sans elles, pas d’histoire : la part des femmes dans la mémoire des Étichonides ».
Une manière de rappeler que derrière les fondations, les alliances et les transmissions, les femmes ont joué un rôle essentiel, souvent discret, mais toujours décisif.
Au plaisir de vous retrouver à Ebersmunster.
Journées du Patrimoine à Ebersmunster – 19 et 20 septembre – avec les Amis Abbatiale Ebersmunster

11 septembre 2026

Freddy Schmidt

Les remparts de la ville de Colmar, aquarelle

Olivier Roth
11/9/2026

MOUSTIQUES

Agir maintenant, préparer l’avenir !

Yves Hemedinger
11/9/2026

Faire travailler plus... les autres !

Édouard Philippe veut faire travailler les français jusqu’à 67 ans… En revanche il réclame 3 mois de vacances pour le président de la République pour « se reposer » et « décompresser de l’élection présidentielle ». Dans quel monde parallèle à la vraie vie des Français vit-il ?
Imaginez un salarié qui, à l’embauche, réclamerait d’abord 3 mois de vacances. Il ne serait évidemment pas recruté.
Alors pourquoi faire une exception pour lui ?

10 septembre 2026

Comédie de Colmar

Minetti
du 8 au 16 octobre 2026 à 22h


de Thomas Bernhard - mise en scène Matthieu Cruciani
création à la Comédie de Colmar

Une nuit de la Saint-Sylvestre à Ostende. Dehors, une tempête de neige fait rage. Dans le splendide décor d’un mystérieux hôtel, un vieil acteur surgit. Il attend un ultime rôle.
Incarné par le charismatique Josse De Pauw, grand acteur de cinéma et de théâtre belge, à l’affiche de plus de soixante films, Minetti nous raconte son histoire. Comme le cri de détresse et d’indignation d’un homme qui continue de croire en l’art alors que le monde entier s’en détourne. À l’heure où la culture est fragilisée comme jamais, le texte du dramaturge autrichien Thomas Bernhard, opposant radical au nazisme et farouchement rebelle sa vie durant, résonne avec force.
Entouré d’une pianiste et d’une chanteuse lyrique, Minetti remonte le fil de son existence sur des musiques de Chopin, Schubert, Ravel. Tandis que les trois interprètes de la jeune troupe de la Comédie de Colmar impulsent leur énergie à cette étrange nuit de réveillon, hors du temps.

6 route d'Ingersheim à Colmar
Michel Spitz
10/9/2026

PROGRAMME COLMARIEN DES JOURNÉES EUROPÉENNES DU PATRIMOINE





9 septembre 2026

Freddy Schmidt

Restaurant "Le Palmyre" Grand-Rue à Colmar

Comédie de Colmar


Jam Jazz
Mercredi 23 septembre 2026 à 19h

En ouverture du Colmar Jazz Festival, la Comédie accueille dans son convivial espace bar, le Jazz Quartet Euterpe pour un mini concert autour de grands standards. En deuxième partie, place à une jam session ! Musiciens professionnels ou amateurs pourront rejoindre sur scène les artistes du quartet.
Avant le concert, découvrez le travail de jeunes artistes français et allemands qui ont exploré, le temps d’un stage, les instruments de composition instantanée que sont la voix et le mouvement.
En partenariat avec la Plateforme de la jeune création franco-allemande, le Colmar Jazz Festival et la Ville de Colmar.
Entrée libre - bar ouvert

6 route d'Ingersheim à Colmar
[POLITIQUE & SUJETS DE SOCIÉTÉ]

H16
9/9/2026

L’Éducation nationale s’effondre, mais elle tient ses positions

Pour sa dernière rentrée, Emmanuel Macron a trouvé le mot juste : à son époque, a-t-il expliqué avec l’assurance des cuistres, les vacances d’été commençaient « autour du 14 juillet ». Vérifications faites, c’était évidemment faux.

Eh oui, un jour de rentrée, le chef de l’État n’avait rien d’autre à offrir qu’une nostalgie calendaire basée sur du vent. Finalement, c’était assez raccord avec une institution qui n’avait pas plus à dire et transforme donc la rentrée des classes en pur exercice de communication. L’instruction, elle, attendra.


Cependant, ce même 1er septembre, l’association Helpen publiait son « Livre noir » de l’Éducation nationale : 264 pages fondées sur plusieurs milliers de témoignages et de signalements, qui décrivent non pas des conflits de bureau mais un « harcèlement institutionnel », enraciné dans les pratiques managériales du ministère : dans 81 % des situations, le supérieur hiérarchique est directement impliqué ; 77 % des victimes rapportent des représailles après signalement ; 55 % n’ont jamais obtenu la moindre réponse et 98 % jugent la réaction de l’institution peu ou pas efficace. Ceux qui ne refusent pas la réalité y liront le bilan d’une administration en pleine déliquescence, à la mécanique résumée en une phrase dans le rapport : « ce que l’institution ne corrige pas, elle le reproduit ».


Une semaine plus tôt, le ministre Édouard Geffray déroulait sa conférence de rentrée : « tolérance zéro », on ne touche pas « même un cheveu » d’un agent de l’Éducation nationale. Il parlait bien sûr des agressions venues de l’extérieur, et pour celles de l’intérieur, la ligne est autrement plus souple : entre mai et juillet, cinq questions écrites de députés de tous bords ont demandé au ministre ce qu’il comptait faire, sans aucune réponse reçue. La « tolérance zéro » s’applique aussi aux questions.

L’Inspection générale elle-même reconnaît pourtant, dans son dernier vadémécum, que le harcèlement moral existe bien dans la maison et qu’il peut être « diffus » et « systémique ». L’institution le sait, l’écrit et le classe avec efficacité.

Cependant, elle n’est pas inactive : la même semaine, le ministère et l’Intérieur adressaient aux chefs d’établissement et aux forces de l’ordre deux télégrammes recensant les « menaces » de l’année scolaire : terrorisme, stupéfiants, « masculinisme »…

Voilà qui rassure,  l’administration est capable de dresser l’inventaire scrupuleux de tout ce qui menace ses classes, à l’exception d’elle-même. L’hôpital se moque de la clinique, avec en-tête tricolore et adresse un message limpide aux personnels : on vous protège contre le monde, pas contre la maison.

Pendant ce temps, le terrain se débrouille.

Par exemple, à La Chapelle-sur-Erdre, un professeur manquait dès le premier jour, et le maire a dû faire classe, faute de remplaçant disponible dans un ministère qui supprime par ailleurs 4.000 postes cette année. La « tolérance zéro » ne s’applique pas aux affectations.

Côté propositions, Bruno Retailleau, candidat à la présidentielle, a découvert en meeting la nécessité d’« internats disciplinaires » pour les élèves violents, ce qui a fait sourire les éducateurs : ça existe déjà, ça s’appelle les Epide, et il suffisait de se déplacer pour le savoir. La droite de plateau invente des dispositifs que l’État possède déjà, pendant que l’État perd des professeurs qu’il ne remplace pas.

Tout ce petit monde tourne en vase clos, redistribuant la pénurie avec le sérieux d’un plan quinquennal. Une ânerie de président, une absence en classe, un télégramme sur le « masculinisme » : la rentrée a ses priorités.

Mais le plus consternant, c’est que cette administration en manque de remplaçant trouve sans mal des inspecteurs.

Quarante ans après la loi Savary, l’enseignement catholique dénonce des contrôles à répétition, des fermetures de classes en cascade et des coupes de moyens qui visent spécifiquement les établissements sous contrat. Dans le seul Finistère, l’enseignement catholique a perdu 1.000 élèves en un an et fermé 24 classes. Les écoles qui tiennent debout sans grève ni absentéisme chronique, où les parents se bousculent encore, sont traitées en suspectes ; celles qui s’effondrent (plus ou moins vite) sont protégées. C’est l’égalité des chances qui transforme la sélection par l’échec en vertu républicaine ; ce qui marche est à inspecter, très régulièrement et ce qui se délite mérite moyens et compassion ministérielle.


D’ailleurs, le même réflexe s’applique aux familles qui ont choisi de se passer tout à fait du système.

Depuis la loi « séparatisme » de 2021, l’instruction en famille n’est plus un droit mais une faveur, accordée sur dossier par le rectorat, et de plus en plus rarement selon la Cour des comptes : 10.202 demandes sur 40.846 refusées en 2024-2025, soit un enfant sur quatre renvoyé de force vers l’école publique (qui fonctionne si bien). On prétend ainsi lutter contre la radicalisation, mêmem si le guide interministériel admet lui-même que les cas d’enfants radicalisés à domicile sont « exceptionnels ».

Tant refus pour un risque exceptionnel ne s’explique que si l’on comprend que l’institution ne se bat pas pour le niveau des élèves mais pour son monopole. La « liberté » éducative se mesure au tampon.

Et sans surprise, avec cette direction, ces gesticulations, cette mentalité, le niveau fait exactement ce qu’on attend d’un système qui protège sa structure avant sa mission.

Depuis 2000, la France a perdu 40 points en mathématiques dans les enquêtes PISA, soit l’équivalent d’une année scolaire, et 30 points en compréhension de l’écrit ; sur quarante pays évalués, quatre seulement ont fait pire. Sur le long terme, en calcul, les élèves de CM2 sont passés d’un score de 100 en 1987 à 70 en 2017, et la dictée compte désormais 19 erreurs en moyenne contre 11 à l’époque. La dernière fournée montre même que les tendances s’aggravent : les résultats en sont apocalyptiques.


À ce niveau de délitement, ce n’est pas une erreur mais bien un effet recherché, aligné sur des décennies de « réformes » et de « priorités » éducatives qui enrichissent le vocabulaire ministériel et appauvrissent celui des élèves.

La rentrée 2026, c’est une administration qui harcèle ses propres agents, ignore les députés qui s’en inquiètent et trouve encore le temps d’adresser des télégrammes sur le « masculinisme ». C’est un ministère sans remplaçants mais fourni en inspecteurs, réservés de préférence à l’école libre. C’est un État qui refuse un enfant sur quatre à l’instruction en famille au nom d’un danger qu’il qualifie pourtant d’« exceptionnel ». Et, au sommet, un président inutile qui prétend se souvenir de dates de vacances qui n’ont jamais existé.

Il ne manque rien au tableau, sinon des élèves qui sachent le lire. Rassurons-nous : à ce rythme, dans dix ans, l’Éducation nationale n’aura plus personne à harceler, plus personne à inspecter et plus personne à instruire.

Elle sera enfin parfaitement conforme à ses procédures.


[Le blog des esprits libres et éclairés, c'est ici ⇨ liberteresistance.fr]
Elisabeth Spitz


Venise continue de nous habiter longtemps après l’avoir quittée.
La Sérénissime semble avoir été rêvée avant d'être bâtie.
Elle flotte entre ciel et eau, dans un murmure de pierres, de reflets et de lumière.
Chaque pont, chaque palais, chaque ruelle semble garder la mémoire d'un secret.
À Venise j’ai ressenti le temps au ralenti, j’ai aimé m’égarer avec bonheur, me laisser surprendre par la douceur de la lumière juste avant la nuit, par le reflet d’une façade dans l’eau, par le silence d’une place oubliée.
Venise, fragile et éternelle à la fois. Elle m’émeut parce qu'elle semble toujours sur le point de disparaître, tout en demeurant profondément vivante...
Photo © Edouard Dabrowski

8 septembre 2026

[POLITIQUE & SUJETS DE SOCIÉTÉ]

Gastel Etzwane
8/9/2026

Victoire de l’AfD en Allemagne : le RN pris au piège de sa normalisation


Le bandeau de BFM, ce mardi, résume à lui seul la ligne : « Victoire de l’extrême droite en Allemagne : Jean-Philippe Tanguy se dit “choqué” ». Le député RN raconte même être « sorti terrorisé » d’une rencontre avec des élus de l’AfD au Parlement européen, avant 2019.

Le mot est commode. Il clôt le débat et dispense de lire les programmes. Or, dimanche, en Saxe-Anhalt, l’AfD n’a pas gagné parce qu’un studio parisien lui a collé une étiquette : elle a frôlé la majorité avec près de 44 % des voix, tandis que la CDU de Friedrich Merz s’effondrait à 17 %. Il ne s’agit de « blanchir » personne, mais de regarder ce que les électeurs allemands ont voté et de comprendre pourquoi un parti français qui se dit patriote réagit désormais avec les mots du cordon sanitaire.

Ce que dit vraiment le programme de l’AfD

Le manifeste fédéral et le programme de gouvernement du Land permettent de juger l’AfD sur ce qu’elle propose réellement. Sur l’Union européenne, l’AfD refuse les « États-Unis d’Europe » et un fédéralisme dont il deviendrait impossible de sortir. Elle veut une Allemagne souveraine ; si la réforme de l’UE s’avère impossible, elle prévoit un référendum sur une sortie, le « Dexit », et, dans son texte de 2025, l’abandon de l’euro et le retour au mark.

Sur l’énergie, le texte est d’une clarté devenue rare à Berlin : fin de l’Energiewende, relance du nucléaire, maintien du charbon, sortie de l’accord de Paris, rétablissement de Nord Stream dès que possible et levée des sanctions contre la Russie, au motif qu’elles ont fait exploser le prix de l’énergie. En Saxe-Anhalt, le programme des cent premiers jours va jusqu’à prévoir le blocage des grands parcs solaires sur les terres agricoles et la défense du lignite au-delà de 2038.

Sur l’immigration, le cœur du dispositif porte un nom : la « remigration ». Contrôles aux frontières, centres d’asile hors d’Europe, expulsion des déboutés et des étrangers en situation irrégulière, durcissement des règles de nationalité. C’est ce point, davantage encore que la question européenne, qui a servi de motif à la rupture du RN avec l’AfD au Parlement européen. CNN et le Financial Times le placent au centre du programme de Magdebourg. Le nier serait aussi paresseux que de réduire l’ensemble du programme aux deux mots « extrême droite ».

Sur l’Ukraine et l’OTAN, l’AfD refuse l’entrée de Kiev dans l’Alliance atlantique comme dans l’Union européenne, veut une OTAN recentrée sur la seule défense collective, le retrait des troupes et des armes nucléaires alliées du territoire allemand et la reprise des importations de gaz russe. Ce n’est pas un élément périphérique du programme : il découle directement du diagnostic économique posé par le parti.

Nord Stream, le gaz américain et l’effondrement industriel

Sur Nord Stream, les faits sont désormais suffisamment précis pour être exposés directement. Le 30 juin 2026, le parquet fédéral allemand a renvoyé devant la cour de Hambourg un officier ukrainien, Serhii K., accusé d’avoir coordonné, « sur ordre d’organes étatiques ukrainiens », le sabotage de Nord Stream 1 et 2 en septembre 2022. Ce n’est pas un verdict. Kiev répond que l’implication de l’État ukrainien « n’est pas établie ». L’accusation allemande, en revanche, est publique et précise : l’objectif allégué était de couper durablement l’acheminement du gaz russe vers l’Allemagne. Avant l’attentat, Nord Stream 1 couvrait environ la moitié de la consommation allemande de gaz.

La suite relève de réalités économiques. Privée de ce gaz bon marché, l’industrie allemande a basculé vers le GNL, notamment américain, plus cher, plus volatil et plus carboné en raison de son transport. Volkswagen discute de suppressions pouvant aller jusqu’à 100 000 postes et de fermetures d’usines. Mercedes et BMW restructurent. Bosch taille dans ses effectifs. L’AfD en a fait le cœur de sa campagne : sanctions, Energiewende et perte de Nord Stream auraient organisé le suicide énergétique d’un pays construit autour de son industrie. On peut contester le remède proposé. Il est beaucoup plus difficile de balayer le constat comme un simple caprice identitaire.

Ce que dit le RN et jusqu’où il a reculé

Le Rassemblement national, sur le papier, n’est pas un copié-collé de l’AfD. Il ne milite plus pour un Frexit. Il veut réduire la contribution française à l’Union européenne, « engager le bras de fer », sortir du mécanisme européen de fixation du prix de l’électricité, sanctuariser le nucléaire, ramener la TVA sur l’énergie de 20 % à 5,5 %, durcir l’accès aux prestations sociales et transformer l’AME. Sur l’Ukraine, Bardella et Aliot affirment désormais qu’une France au bord de la dette n’a « plus les moyens » de continuer à tenir le robinet ouvert.

Souveraineté, énergie chère, immigration, rejet d’une Union européenne qui prétend dicter le mix énergétique et contraindre les budgets : le diagnostic du RN chevauche donc largement celui de l’AfD. Depuis la rupture entre les deux partis, la différence tient surtout à la stratégie et à la frontière morale que le RN entend afficher. Il refuse la « remigration » à l’allemande, refuse toute alliance avec l’AfD et envoie Jean-Philippe Tanguy expliquer qu’il est « choqué » lorsque les Allemands de l’Est votent précisément contre Merz, Bruxelles et le prix de l’énergie.

L’étiquette comme substitut à l’analyse

Qualifier l’AfD d’« extrême droite » et s’arrêter là relève de la facilité de plateau. Une partie de son programme, qu’il s’agisse de la conception de la citoyenneté, des classes séparées pour les enfants de réfugiés, de la sortie de l’euro ou du climatoscepticisme revendiqué dans son manifeste, dépasse le simple souverainisme et explique pourquoi d’autres droites européennes ont rompu avec elle. Mais réduire un score de 44 % à une pathologie morale revient à refuser d’entendre ce que dit ce vote : l’Union européenne n’a pas protégé le modèle allemand ; les dirigeants de la CDU et du SPD ne l’ont pas davantage protégé ; les électeurs en ont tiré leurs conclusions sans demander l’autorisation de Paris.

Dès lors, la question posée à Jean-Philippe Tanguy n’est évidemment pas de fusionner avec Höcke. Elle est politique : que reste-t-il de la rupture promise par un parti qui, au lendemain d’une claque électorale infligée à Merz et à la Commission européenne, reprend spontanément le vocabulaire de BFM ?

Si la victoire d’un parti souverainiste allemand, hostile à la même architecture européenne que le RN accusé par ailleurs d’étrangler la France, provoque le « choc » plutôt que l’analyse, le signal devient difficile à ignorer. Le RN paraît chercher avant tout à demeurer dans le périmètre du dogme admissible : l’Union européenne comme horizon indépassable, « l’extrême droite » comme qualification suffisante pour clore la discussion, et le recul dès qu’un voisin pousse la rupture plus loin que lui.

On ne gagne pas ainsi. On change encore moins la situation française. Les électeurs de Saxe-Anhalt n’ont pas voté pour une étiquette. Ils ont voté dans un pays qui ferme des usines, paie son énergie plus cher et dont les gouvernants répondent au mécontentement en disqualifiant ceux qui l’expriment.

Le paradoxe du RN est désormais là : il prétend incarner la rupture en France, mais s’effraie lorsqu’elle devient électoralement majoritaire chez le voisin. À force de vouloir prouver au système qu’il est devenu fréquentable, il risque surtout de convaincre ses propres électeurs qu’il est devenu inoffensif. Et lorsqu’un parti de rupture devient inoffensif, les électeurs finissent toujours par chercher la rupture ailleurs.

[Le blog des esprits libres et éclairés, c'est ici ⇨ liberteresistance.fr]