10 mars 2020

Pollution au lindane

Jean-Paul ROTH
16 Rue du Tiefenbach
68920 WINTZENHEIM
Association Tiefenbach Environnement

Le 10/03/2020

À l’attention de Monsieur le Professeur Gilles-Eric SERALINI

Monsieur le Professeur,

Je viens vers vous à la suite du contact que vous avez eu avec Monsieur David LEFEBVRE et auquel vous avez eu l’amabilité de répondre avec diligence et célérité.
Je préside l’association Tiefenbach Environnement qui lutte contre l’artificialisation des terres et la préservation de notre patrimoine agricole dans le secteur de Wintzenheim, à côté de Colmar dans le Haut-Rhin.
Au détour de nos recherches, nous sommes tombés sur un scandale sanitaire, une pollution au lindane, enfouie à faible profondeur et à moins d’un km de l’Hôpital Pasteur et à sa verticale.
Comme vous en a informé Monsieur LEFEBVRE, personne ne fait rien, tout le monde ferme les yeux et cette pollution s’étend vers les zones maraîchères de Colmar.
Nous luttons de toutes nos force et pouvoirs pour que l’on nous débarrasse une fois pour toutes de cette pollution et éviter d’intoxiquer à petit feu les Colmariens qui ne se doutent de rien.
Le lindane est éminemment toxique et contamine la nappe phréatique la plus grande d’Europe qui court sous Colmar, vers l’Allemagne.
Nous ne pouvons laisser faire cela et c’est pourquoi nous réagissons avec cette virulence.

Toutes les informations chiffrées se trouvent dans le dernier rapport ARTELIA dont je vous joins le lien qui vous donnera si vous le souhaitez accès à toutes les données chiffrées de cette pollution datées de 2017.

file:///E:/ASSOCIATION%20TIEFENBACH/20191106%20DOSSIER%20ARTELIA%20WINTZENHEIM%20.pdf

Bien entendu , aucune information n’est donnée, qu’elle provienne de la municipalité de Wintzenheim, de Colmar, de l’ARS Grand Est, de l’ADEME, de la Préfecture et tout le monde se renvoie la balle.
En attendant, cette pollution continue dramatiquement à s’étendre.
Comme l’a souligné Monsieur LEFEVBRE, données que vous confirmez, je vais tenter de vous citer :
La teneur sur site est catastrophique et rend l’issue d’une dépollution inéluctable
Étant donné la persistance de lindane, dans la chaîne alimentaire, nous allons au-devant d’une catastrophe écologique et sanitaire majeure.
La teneur des 21 microgrammes à la verticale de l’Hôpital Pasteur est selon vous dramatique, d’autant que vous avez démontré que les seuils de toxicité sont amplement surévalués et devraient être revus à la baisse.
Il conviendrait donc de déclencher une campagne de dépistage du lindane auprès des populations exposées par prélèvement de cheveux (150€/analyse) sachant à vos dires, qu’un échantillon de 15 analyses suffirait statistiquement.
Vous nous précisez que le lindane est probablement disséminé dans la chaîne alimentaire et se concentre dans les lipides donc qu’il conviendrait de surveiller les productions végétales (compte tenu de la constitution lipidique des membranes cellulaires).
In fine le compte à rebours d’une grande catastrophe écologique et sanitaire est déclenché et il nous faudrait agir avant que le cataclysme ne survienne. Nous avons prévenu les élus, les responsables de collectivités, les autorités gouvernementales jusqu’aux ministères concernés et ils ne pourront plus dire qu’ils ne savaient pas, étant donnés les 5-7 mg/l dans l’eau sur site.
Vous affirmez avec force que les doses létales de lindane sur le site ne pourront être durablement contenues et que personne ne maîtrisera les conséquences d’une telle inertie.
Même si l’eau de consommation des Colmariens et communes avoisinantes ne provient pas de cette zone contaminée et de cette partie de la nappe, il n’empêche que le risque sanitaire est important, ne serait qu’à considérer l’orientation et le sens d’écoulement de ladite nappe.
Vous êtes naturellement et évidemment plus que moi, à même de juger de la dangerosité d’une telle situation et surtout du risque que nous prenons à fermer les yeux, nous cacher cette sinistre réalité et laisser perdurer ce danger « explosif ».
C’est pourquoi nous réagissons avec autant de virulence.
Ma requête est donc des plus simples : je viens de vous transmettre grossièrement tenants et aboutissants de notre problème.

Serait-ce vous obliger que de bien vouloir me confirmer au travers d’un courrier mes dires et assertions confondus afin que nous puissions en faire état auprès des autorités locales, régionales, nationales et tenter d’induire ainsi une prise en charge de cette dramatique question de santé publique qu’aujourd’hui tout le monde se hâte de vouloir méconnaître.

Avec mes remerciements anticipés, je vous prie de croire , Monsieur le Professeur en l’assurance de mes très respectueux sentiments.

Jean-Paul ROTH
Association Tiefenbach Environnement



RÉPONSE DU PROFESSEUR SERALINI :

Gilles-Eric SERALINI
Professeur de Biologie Moléculaire
Co-directeur
à qui de droit

Le lindane est un pesticide perturbateur endocrinien et nerveux très toxique, il a été interdit pour ces raisons.
Il est souvent accompagné comme beaucoup de pesticides de ses produits de formulations à base de dérivés de pétrole et métaux lourds très cancérogènes, présents dans les stocks.

Cela rend obsolètes les seuils limites réglementaires d’expositions, calculés à partir des expériences de la firme qui le commercialisait sans tenir compte des savoirs actuels, et qui doit rendre immédiatement publics les tests de toxicité du produit pris en compte pour établir les normes réglementaires, pour malfaçons possibles (cf décision de la Cour de Justice de l’Union Européenne du 1er octobre 2019 (aff C 616/17)).
En cas de question juridique, s’adresser à Me Guillaume Tumerelle à ce sujet.

Pour exemple, les seuils de toxicité du glyphosate devraient être revus mille fois à la baisse pour ces raisons (articles scientifiques téléchargeables sur www.seralini.fr).

Un stock souterrain illégal de lindane devrait ainsi être retiré immédiatement par les autorités compétentes, avec toutes les précautions, et une enquête criminelle devrait être diligentée.


Il conviendrait de déclencher une campagne de dépistage du lindane auprès des populations les plus exposées par prélèvements de cheveux (150€/analyse) ; un échantillon de 15 à 20 analyses permettrait de commencer à évaluer l’ampleur possible du problème.

Les dérivés du lindane et ses produits de formulations et métaux lourds peuvent se concentrer dans les lipides, donc il conviendrait de surveiller non seulement les eaux, mais aussi les productions végétales (compte tenu de la constitution lipidique des membranes cellulaires).

La situation apparaît très urgente, des responsables publics peuvent être mis en cause s’ils ne réagissent pas.

Pr. Gilles-Eric SERALINI