Translate

6 mars 2026

Bernard Rodenstein
6/3/2026

REGARDS d’ESPOIR

Pas de pouvoir sans contre-pouvoir !
Conférer du pouvoir à un être humain crée un risque majeur, celui de le livrer à la démesure qui se développe en lui.
Les cas extrêmes se multiplient sous nos yeux.
Ayant du pouvoir, l’homme ou la femme qui l’exerce s’épate de la latitude dont il/elle dispose. Celles et ceux qui l’ont investi/e d’autorité, lui en donnent le droit, du moins aussi longtemps que leurs intérêts sont bien défendus.
Le pouvoir enivre. Il est jouissif de prendre des décisions, de prendre le dessus sur des salariés ou sur des citoyens. Être en capacité de dire « je veux », « j’ordonne », « j’impose », est grisant. Comme la grenouille de la fable, le dépositaire de la maîtrise des choses et des êtres se prend au jeu du toujours plus d’importance. Plus il gonfle en puissance, plus il se sent sur un petit nuage.
S’entourant d’une garde rapprochée entièrement à sa solde, le détenteur de la fonction de direction, se coupe de ce qui pourrait le contrarier. Il n’entend plus et ne voit plus les mécontentements qu’il suscite. Les forces hostiles sont soigneusement étouffées. Il règne. Il est le maître.
On peut bien sûr penser aux « grands de ce monde » qui donnent libre cours à leur mégalomanie dominatrice voire exterminatrice. La puissance de feu de leur pays leur tient lieu d’argument qui les dispense de toute négociation.
A la veille des élections municipales, on peut également observer la propension des têtes de liste à affirmer leur rôle prépondérant dans la conduite des affaires. S’agissant d’un travail d’équipe, l’usage quasi exclusif du « je » est pour le moins surprenant !
L’absence de contre-pouvoirs est le mal absolu de nos démocraties qui dérivent un peu partout vers des systèmes autoritaires.
Le système électoral est ainsi fait que la majorité, sous prétexte de devoir être efficace, bénéficie d’un large bonus et condamne l’opposition à la portion congrue. C’est particulièrement vrai pour les conseils municipaux.
Au niveau national, les contre-pouvoirs sont également affaiblis voire muselés. Les médias sont aux mains d’influenceurs ultra-riches.
Les « pas contents » n’ont plus guère que la rue pour s’exprimer et là encore, le pouvoir trouve le moyen de réprimer violemment les manifestants, eux mêmes tentés par les actions violentes qui effrayent l’électorat modéré.
Les contre-pouvoirs sont l’antidote de la folie qui s’empare des gens de pouvoir. Le fameux « tu n’es qu’un homme », susurré à l’empereur romain par un esclave posté derrière lui sur le char triomphal, n’est malheureusement plus d’actualité.
Celle ou celui qui est en charge des affaires doit être constamment sous le contrôle de personnes ou de groupes qui le limitent et l’empêchent d’être pris dans la spirale ascendante de son sentiment de toute puissance.
En démocratie il ne suffit pas d’élire des détenteurs de pouvoir, il faut aussi veiller scrupuleusement à la constitution de puissants contre-pouvoirs.
Cette deuxième partie du programme que tout citoyen devrait avoir à cœur, n’est guère encouragée et est encore moins mise en œuvre.
Pas étonnant que nos démocraties, du local à l’international, aillent si mal. Où les contre-pouvoirs n’existent ou ne fonctionnent pas, les pouvoirs confinent à la paranoïa.
Il n’est pas déshonorant d’être un contre-pouvoir.
Mais la grande majorité ne rêve que d’exercer le pouvoir !
L’équilibre entre les deux est garant de la bonne santé démocratique. N’en déplaise aux graines de dictateurs !