Bernard Rodenstein
24/3/2026
L’humilité en politique ?
« Votre vote m’oblige » ! La main sur le cœur, des élus de tous bords qui doivent leur victoire à des alliances improbables ou à des scores très serrés, proclament ainsi leur sincère volonté de respecter les électeurs et les électrices, bien au-delà du cercle de leurs sympathisants.
Ils ne peuvent pas, à l’instant de la proclamation des résultats, ne pas avoir conscience de la multiplicité des facteurs qui interviennent dans leur victoire. Vu le chiffre élevé des abstentionnistes, il leur faut relativiser les pourcentages avec lesquels ils gagnent. 50 pour cent des voix de 50 pour cent de votants, ça ne fait au final qu’un électeur sur 4 !
On ne peut pas, dès lors, se proclamer bien-aimé. La modestie s’impose. Être l’élu d’un quart seulement de la population ne permet pas de se considérer comme un décideur tout puissant.
À moins d’être totalement « fada », il faut se rendre à l’évidence que l’adhésion est très minoritaire et que si l’élection est en tout point légitime, au vu des règles du code électoral, elle n’est pas un blanc-seing collectif.
L’honnêteté commande de rester humble. Tous n’y parviennent pas. La grosse tête vient facilement à quiconque se fait désigner pour des fonctions importantes. « L’onction » du suffrage universel, comme l’appellent certains élus, éblouit les plus gourmands d’autoritarisme. Ils oublient qu’ils ne représentent pas la globalité des électeurs.
Ils devraient se soucier de tous, mais ils ne sont pas mandatés par tous. La nuance est de taille.
Fréquemment, par une tendance assez naturelle liée au goût du pouvoir, le glissement insidieux de la prise en compte des intérêts du plus grand nombre, vers une conception totalitaire de l’exercice de la représentation, s’opère.
Le rôle des oppositions est fondamental. Leur tâche majeure réside dans la contestation permanente des tentations absolutistes qui s’emparent des détenteurs du pouvoir. « Non ! Vous n’agissez pas dans le respect des minorités ! Non vous ne tenez pas compte d’elles ! ». C’est un rôle ingrat, usant, mais indispensable. Il n’est guère valorisé. C’est dommage.
L’humilité, en politique comme ailleurs dans la vie, est une posture souvent très éphémère. Elle part de bons sentiments, mais se dilue très vite dans les mauvaises habitudes que génèrent les fréquentations quasi exclusives des satellites attirés par la lumière de qui peut faire la pluie et le beau temps. À force de s’éloigner des opposants les gens de pouvoir deviennent aisément arrogants.
L’arrogance d’un être de pouvoir est probablement ce qui lui est le moins facilement pardonné. À juste titre.
L’humilité est une marque de noblesse. Son contraire est le signe, par excellence, de l’inadéquation aux fonctions électives.
Soyons sur nos gardes !















