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21 juin 2021

Fabien Nierengarten

LE CHIEN LE PLUS BEAU DU MONDE

La légende dit que Dieu modelait ses créatures en terre glaise avant de leur donner vie. Quand arriva le tour du boxer, il lui déclara « je vais faire de toi le chien le plus beau du monde ». Impatient, le boxer se précipita sur un miroir et y écrasa son museau qui n'était pas encore sec. Ceci explique donc cela.
Le bon dieu a eu le nez creux, puisque des millions d’années plus tard, le boxer a encore tout d’une star des concours de beauté canine. Bon, j’avoue que je ne peux pas être tout à fait objectif, sachant que j’ai passé mes jeunes années aux côtés de Ludo, puis d’Ulysse, et enfin de Bessie, trois adorables boxers qui, aujourd’hui encore, viennent souvent me rappeler à leur souvenir, tellement ils étaient indispensables à notre vie familiale.
J’ai donc choisi de leur rendre hommage à travers cette petite chronique. Même si je sais qu’elle ne sera jamais à la hauteur de tout le bonheur que ce beau trio m’a apporté durant 25 années d’amour et d’amitié.

Un chien qui a du chien

Le boxer a beau avoir des origines allemandes, c’est bel et bien dans notre langue que j’ai trouvé les mots qui décrivent le mieux son allure : racé, élégant, distingué, noble, puissant, massif, musclé, agile, et tant d’autres qui ne le font ressembler à aucun autre. « Fort heureusement » diront ceux qui n’apprécient pas sa gueule carrée et qui prennent un malin plaisir à le confondre avec le bouledogue, son cousin court sur pattes qui est au boxer, ce que le cheval de trait est au pur-sang arabe. Mais ne comptez pas sur lui pour montrer ses crocs aux moqueurs, car contrairement à ce qu’on pourrait penser en le voyant, il prône la non-violence, en mode « les chiens aboient, la caravane passe ».

Fou comme un jeune chien

Un boxer, ça a besoin sans cesse de gambader, de galoper, de jouer, de bondir et de rebondir, par grande chaleur ou par froid de chien, qu’il soit à l’aube ou au crépuscule de son existence. Impossible de se reposer quand il s’approche avec sa balle pulvérisée par des centaines de coups de mâchoire, ou avec un bout de bois qui fait au moins trois fois sa taille. Cette vitalité de tous les instants, il la paie hélas parfois de sa vie. Car si le boxer a un grand cœur, celui-ci n’en est que plus fragile, et peut donc lui jouer un très mauvais tour quand il le fait trop monter dans les tours. Voilà pourquoi, on le perd trop souvent avant l’âge de dix ans. Et que ça fait un mal de chien quand l’heure du grand départ survient.

Ah, ce regard de chien battu !

L’autre activité préférée du boxer, c’est le sommeil. Après l’effort, il lui faut du réconfort. Ou plus exactement, du grand confort. Car dormir en chien de fusil, c’est pas du tout son truc. Avec lui, votre confortable canapé trois places verra progressivement sa capacité se réduire d’un tiers, puis de moitié, et même parfois des trois-quarts, quand, couché sur le dos, votre clebs se met à mesurer près de deux mètres de long, ses griffes arrière venant gentiment vous signaler qu’il serait temps d’aller aussi vous coucher. Mais comment lui en vouloir quand, après s’être réveillé, il vous regarde avec des yeux emplis de tendresse et de reconnaissance pour cette vie de chien que vous lui offrez. De quoi confirmer ces paroles de Brigitte Bardot : « un chien, c’est un cœur avec plein de poils autour ».
 
Comme un chien dans un jeu de quilles

Difficile de trouver plus lourdaud qu’un boxer lâché dans un environnement fragile. Son enthousiasme naturel transformerait n’importe quel magasin de porcelaine en stock de débris, et donc n’importe quel salon bien ordonné, en un champ de bataille pilonné par l’artillerie. Pour être honnête, ce n’est pas toujours la maladresse qui motive un tel ouragan. Il peut aussi y avoir un soupçon de rancune d’avoir été laissé seul trop longtemps, ou encore un zeste d’espièglerie, comme celle d’un gamin turbulent en mal d’attention. Mais tant pis pour les pieds rongés de ce tout nouveau fauteuil, ou pour ces magnifiques plantes vertes dont les restes gisent désormais aux quatre coins de la pièce, là où trône votre molosse qui s’empresse de montrer sa joie de vous retrouver. A ce moment précis, souvenez-vous de Victor Hugo qui écrivait  « le chien a son sourire dans sa queue ».

Le chat en chien de faïence

L’ennemi intime du boxer, c’est le matou. S’il ne peut pas le pifer, c’est sans doute parce qu’il a un museau comme le sien. Alors, puisqu’ici-bas, il n’y a de la place que pour une seule créature divine, il lui garderait bien un chien de sa chienne et rêverait même de le découvrir dans la rubrique des chats écrasés. Je me souviens qu’on pouvait faire disparaître chacun de nos trois cabots dans un nuage de poussière, rien qu’en prononçant ce mot magique : « CHAT ! ». Nom d’un chien, ces deux-là ne sont vraiment pas « félins pour l’autre ». Bon, là, c’est un peu tiré par les poils, je l’avoue.

Après avoir lu ce témoignage, vous me direz peut-être qu’au final, vous pourriez en écrire autant sur vos chiens à vous. Mais voilà, le boxer, c’était mon chien à moi. Et il le redeviendra dès que je pourrai lui consacrer le temps et l’espace dont il aura besoin pour s’épanouir. Alors, pour conclure en harmonie, donnons la parole à Mark Twain : « C’est par piston qu’on entre au paradis, car si c’était par mérite, mon chien y entrerait et moi, je resterais dehors ».