Avant, j’avais un nom
Un nom que l’on prononçait, que l’on appelait, que l’on écrivait.
J’avais une famille, des regards qui me reconnaissaient, des sourires qui savaient qui j’étais.
J’avais un emploi, une place dans le monde, un rôle à jouer, même modeste, même fragile.
Aujourd’hui, il ne reste plus rien de ce passé qui me portait.
Les liens se sont défaits, les repères ont glissé hors de moi comme du sable entre les doigts.
Je marche sans ombre familière, sans histoire à laquelle me raccrocher.
Je suis devenu un anonyme.
Je suis trois lettres griffonnées trop vite, murmurées parfois avec pitié, parfois avec indifférence :
S D F.
Comme si ma vie entière tenait désormais dans ce sigle.
Comme si l’on pouvait résumer un être humain à un effacement.
Pourtant, derrière ces trois lettres, je continue d’exister.
Je respire, je pense, je me souviens.
Et dans le silence de mes nuits froides, j’essaie encore de retrouver, quelque part, les contours d’un nom.
