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15 août 2026

Michel Spitz
15/8/2026

HANS HARTUNG ET LA MUSIQUE
 
La fondation Querini Stampalia, un petit miracle éclatant de beauté, un havre de paix et de grâce au cœur historique de la cité lacustre de Venise. Dans son palais du XVIe siècle et son jardin repensé par l’un des plus grands architectes italiens du XXe, la fondation Querini Stampalia concentre en un seul endroit bien des époques. La plus récente est sans conteste la plus éblouissante : le rez-de-chaussée et le jardin ont été réaménagés par l’architecte vénitien Carlo Scarpa (1906–1978), figure majeure de l'architecture et du patrimoine du XXe siècle. Maître du détail et de la mise en valeur des strates historiques, il a révolutionné l'art de la muséographie et de la restauration. Son intervention intègre subtilement l'eau des canaux à l'intérieur du palais du XVIe siècle, créant un dialogue poétique entre modernité, matériaux précieux et tradition.
Conçue par la Fondation Hartung-Bergman dans ce cadre somptueux, l’exposition Hartung et la musique (jusqu’au 24 novembre 2026) s’inscrit dans le cadre de la 61ᵉ Biennale, où l’artiste avait été Grand Prix en 1960. Hartung est né en 1904 à Leipzig, la ville où Bach a composé ses chefs-d’œuvre, dans une famille de mélomanes. Il est reconnu comme l'un des maîtres de l'art abstrait de l'après-guerre et le principal pionnier de l'abstraction lyrique ainsi que du tachisme. Nous gardons un souvenir ému de la magnifique exposition Hartung, « Premières recherches abstraites 1922-1938 » au Musée Unterlinden en 1989 à Colmar, proposée par Sylvie Lecoq-Ramond.
Réunissant près de quatre-vingts toiles, documents et outils, l’exposition restitue la place du sonore dans l’univers plastique et existentiel de l’artiste. De Bach à Pink Floyd en passant par Lili Boulanger, un paysage d’énergies, de gestes et de résonances traverse toute sa création. Les œuvres exposées, allant des années 1920 à la fin de sa vie, portent la trace de son geste, de son action, c’est-à-dire de ce qu’il est corporellement, de son histoire individuelle et de sa place dans l’histoire collective - lui, l’amputé de la Seconde Guerre mondiale, l’Allemand ayant résisté face au nazisme. Mais elles témoignent aussi de ce qu’il est musicalement : auditeur permanent, Hartung cristallise dans ses toiles des fugues, des symphonies, des opéras et des sonates.
L’exposition revient sur les origines de cette passion à travers des documents et des œuvres de jeunesse ; elle cherche à éclairer l’analogie entre certains processus de ses créations abstraites et ceux d’une composition ou d’une orchestration ; elle isole des affinités particulières avec les compositeurs qu’il admirait. Il avait besoin de musique pour créer, alors il en écoutait sans arrêt, et ses morceaux préférés, accompagnaient les formes très personnelles qu’il développait : lignes, zigzags, boucles, enchevêtrements, larges aplats colorés, mouvements brusques… S’il était familier des grandes figures du baroque : Bach, Haendel, Vivaldi, Purcell – les Variations Goldberg, la Sarabande ou Les Quatre Saisons emplissaient son atelier pendant qu’il peignait, au pinceau, au rouleau lithographique ou au pistolet industriel – il écoutait également avec attention des compositeurs modernes comme Pierre Boulez, Stockhausen ou encore Philip Glass. Bien que Hartung n’écoutât pas de rock, des affinités surprenantes relient son œuvre à l’univers de Pink Floyd. Dans les années 1960, il réalisa des peintures hypnotiques et hallucinatoires à l’aide de pistolets pulvérisateurs, formant des masses lumineuses évoquant des phénomènes cosmiques ou des trous noirs…
Hartung expliquait que la musique agissait comme « une sorte de barrière contre le monde », comparable au « café » ou à « l’alcool » : un moyen concret de se préparer à peindre. Il insistait sur le fait que la musique ne dictait pas directement ses gestes. Pourtant, les peintures des années 1980 deviennent les échos visuels d’un monde peuplé de vibrations et de mélodies.













27 juillet 2026

Michel Spitz
26/7/2026

BRUCE LIU ET LE QUATUOR MODIGLIANI AU FESTIVAL DE PIANO DE LA ROQUE-D'ANTHÉRON

Une soirée exceptionnelle et fascinante du Festival international de piano de La Roque-d'Anthéron a transporté l’auditoire du Parc du château de Florans, l’emportant vers des cimes d'émotion. Bruce Liu a attiré l’attention du monde entier lorsqu’il a remporté en 2021, à Varsovie, le premier prix au 18e Concours international de piano Chopin. Découverte d’un pianiste à la virtuosité éblouissante, un jeu transparent et un éclectisme réjouissant emmenant le public de Ligeti à Ravel, de Chopin à Albéniz, du Catalan Mompu à Liszt, de Bach à Beethoven avec enthousiasme et fougue. Dans ce programme très éclectique, Bruce Liu se glisse avec une rare simplicité dans l’univers de chacun des compositeurs joués.
Rejoint après l'entracte sur scène par le Quatuor Modigliani, un des plus grands quatuors à cordes actuels, le miracle se poursuit. Ensemble, ils donnent une lecture du Quintette pour piano opus 44 de Schumann avec finesse et clarté idéales, dévoilant un romantisme à fleur de peau. L’œuvre se distingue par ce caractère surprenant qui, à chaque mouvement, emmène l’esprit là où il ne s’y attend pas. Élévation, dextérité, silences, respiration et cordes magnifiques... une invitation à un voyage mémorable en suspension entre fantaisie et rigueur. Un énorme moment de grâce, salué avec enthousiasme par le public conquis de La Roque.
Permettez-moi ici de rendre hommage à un personnage clé du succès de ce grand festival. L’acousticien Othon Schneider, décédé le 15 mai dernier, est l’inventeur et l’auteur de la conception en 1987 de la première conque acoustique qui a permis de transformer ce lieu en une véritable salle de concert.
Othon Schneider, acousticien au CNRS, directeur des études à Bruit Son Musique (Strasbourg), où il participe à la réalisation de nombreuses salles de concert : la Grange de Meslay, la salle Erasme du Palais des congrès de Strasbourg, la Filature de Mulhouse, Musica, Cité de la musique et de la danse de Strasbourg. Il a également été mon professeur à l'école d'architecture et à l'Université de Strasbourg… La conception de la scène dans sa globalité à la Roque d'Anthéron, dans son état actuel est le résultat de plusieurs générations de conques qui se sont succédées, à chaque fois dans une version améliorée. Le projet initial a évolué en fonction de l'agrandissement des gradins de 1400 à 2200 places, et de la diversification des formations invitées : du récital de piano, en passant par les formations de chambre ou de jazz, jusqu'aux orchestres philharmoniques. Merci à Denis Fenninger pour le portrait d'Othon Schneider.
Photos © Michel Spitz






Othon Schneider photo Denis Fenninger

22 juillet 2026

Elisabeth Spitz
22/7/2026


« Quand la musique vous envahit
Par l’union d’un souffle et d’un toucher
Vous avez compris
Que vous êtes en train de voyager.
La trompette dialogue subtilement avec le piano
Pendant que les notes dévoilent le scénario.
Les murs de l’église frissonnent
Et dans le chœur sous les voûtes le cœur résonne. »

Retour sur ce merveilleux concert à l’église Sainte Marie à Mulhouse à l’occasion de la mise en lumière des jeunes Talents de l’AFIT (Académie et Festival International de Trompette).

Inga Kazantseva, brillante et sublime pianiste, accompagne Keisuke Takamatsu, jeune trompettiste virtuose élève de Marc Geujon, trompettiste de renom au talent remarquable (Conservatoire National Supérieur de Musique et de Danse de Paris).
À travers ce programme se dessine un voyage au cœur de l'âme de la trompette moderne.
Dans son éclat comme dans ses murmures, dans la force de son souffle comme dans ses inflexions les plus délicates, au fil des œuvres, elle révèle une palette insoupçonnée de couleurs et d'émotions. En harmonie avec le piano, les musiciens dévoilent toute l'étendue du pouvoir de la musique dans ces multiples expressions entre lyrisme, délicatesse et profondeur, jusqu'à faire naître une véritable poésie.

18 juillet 2026

Elisabeth Spitz
18/7/2026

L'Abbaye de Marbach nous offre en ce moment une programmation exceptionnelle

Avec Gregory Ott au piano, Philip Klawitter à la contrebasse et Matthieu Zirn à la batterie, Ways façonne un jazz libre, sensible et profondément singulier.
De la délicatesse, de l’intensité, de l’énergie des paysages sonores où l'émotion guide chaque note.
Sur scène, de l’inattendu, des émotions, des mélodies qui se déploient, des rythmes qui se répondent, et des silences qui respirent..
L’improvisation devient un véritable langage commun.
Fort de quatre albums salués par la critique et lauréat du Prix Radio France au concours international Jazz à Juan les Pins.
Un trio qui affirme une identité musicale rare, et l’on ressent d’emblée une complicité exceptionnelle entre les musiciens.
Leur approche personnelle de l'écriture et de l'improvisation donne naissance à une musique vivante, lumineuse, exigeante avec une force expressive qui nous fait voyager au-delà des sentiers balisés.
De la virtuosité mais aussi l’envie de partager, une expérience musicale unique.
Porté par l'héritage de son mentor Michel Petrucciani, Grégory Ott insuffle à Ways une écriture où la mélodie occupe une place essentielle.
C’est lumineux, avec des envolées lyriques, des rythmes subtils, chaque composition dessine des paysages sensibles où se croisent les influences du jazz contemporain et en même temps une esthétique plus personnelle.
C’est également l’occasion d’admirer le travail de l’artiste Stephane Vetter, astrophotographe alsacien, également connu comme « chercheur d'images ».
Son exposition, « La tête dans les étoiles » rassemble de spectaculaires images du ciel profond et des phénomènes célestes, réalisées grâce à du matériel d'astrophotographie de haute précision : constellations, Voie lactée, aurores boréales, comètes, sprites et autres merveilles du ciel nocturne.
Stephane Vetter est reconnu internationalement pour son travail. Il a notamment obtenu le 1er prix du concours TWAN (The World at Night), un prix au prestigieux Wildlife Photographer of the Year et plusieurs sélections en Astronomy Picture of the Day (APOD) de la NASA.
Son approche est autant artistique que scientifique : il cherche à révéler la beauté du ciel en reliant les paysages terrestres aux constellations et aux phénomènes célestes, offrant des images qui invitent autant à la contemplation qu'à l'émerveillement.

16 juillet 2026

Elisabeth Spitz
15/7/2026

Venez découvrir l’exposition de l’incroyable aquarelliste Martine Laforce à Colmar 5, rue Mangold jusqu’au 10 octobre. Une artiste qui allie la précision du trait à la force expressive du réel.
Un travail d'une grande finesse, qui touche profondément et nous entraîne dans un voyage au cœur des émotions. C’est magnifique.

L'artiste a eu la gentillesse de nous recevoir chez elle et ainsi de nous ouvrir son atelier. Fenêtre ouverte sur son âme, belle rencontre. La discussion commence à bâtons rompus, Martine Laforce la voulait ainsi. À parler avec elle des affres de la création et du difficile statut de l'artiste indépendant, l'on sent la femme sans concessions, qui tout du moins n'a pas voulu en faire. L'artiste est tout empreinte de la douleur de la création, ses propos s'en ressentent. Pourquoi la peinture ? « Peut-être faut-il une certaine dose de folie pour se lancer dans l'aventure, à une époque où l'on a banalisé à outrance cette activité et où l'on souffre d'un contexte catastrophique pour tout ce qui est artistique. Plus sérieusement, il s'agit de la volonté de décrire un ressenti : je n'ai pas le talent de l'écriture, alors, au lieu de vous tricoter tout cela avec des mots, je le fais avec des couleurs. Et puis, on existe davantage quand on crée, non ? » Assurément...


3 juillet 2026

Espace Malraux

Vernissage de l'exposition de Jacques Herrmann
"STRATIGRAPHIE"

"Entre savoir expert et profane, Jacques Herrmann, ancien élève de la classe préparatoire de l'EAP Colmar, développe une pratique qui allie peinture et installation.
Il entend susciter une expérience sensible de la peinture ou s’articule des phénomènes d’apparition et de disparition, d’accumulation, de répétition et de mémoire. De l’inévitable mise en perspective de la peinture avec son passé, il puise les anecdotes nécessaires à revisiter ses formes comme autant de traditions qu’on célèbre, qu’on renouvelle.
Attentif aux usages et aux formes de la peinture, il multiplie les séries pour formuler différentes typologies qu’il poursuit en alternance les unes des autres tels les trompe-l'œil, les palimpsestes ou les monochromes. Son affinité pour la peinture l’entraîne en terra incognita, à l’affût de nouvelles possibilités.
Il met la matière à l’épreuve en cherchant ses limites pour en révéler quelques aspects : sa fragilité, sa luminance ou son opacité.
Cette exposition, intitulée STRATIGRAPHIE, présente une série de tableaux interrogeant la technique du palimpseste, un ensemble de peintures poncées afin de révéler les couches de peinture en mémoire sur la toile."

4 rue Rapp, Colmar











2 juillet 2026

Musée Bartholdi
2/7/2026

Vernissage de l'exposition "OBJECTIF LIBERTÉ !"

Des élèves de 3ème du collège Molière de Colmar encadrés par Xavier Gaschy, professeur d'arts plastiques, Vanessa Mos et Vijay Moselle, photographes, présentent une série de photographies, aboutissement de leur travail sur la notion de liberté, à côté de tirages argentiques et daguerréotypes réalisés par le plasticien et photographe Patrick Bailly-Maître-Grand lors de la restauration de la Statue de la Liberté, en 1985.

Cette exposition sera visible jusqu'au 31 décembre 2026 (entrée libre).







1 juillet 2026

Edouard Dabrowski
1/7/2026

"Conversation(s)" est le titre choisi pour la nouvelle exposition temporaire au musée Unterlinden. Pour converser il faut être au moins deux, c'est donc sous forme de binômes que des œuvres médiévales du musée se retrouvent associées à des œuvres modernes et contemporaines, l'originalité de la démarche consistant à trouver des rapports d'analogie tantôt évidents, tantôts plus subtils. Un parcours à la fois ludique et instructif, conçu par Nino Barattini, commissaire de l'exposition (visible jusqu'au 7 décembre 2026).