Gastel Etzwane
11/6/2026
Des armes occidentales destinées à l’Ukraine inondent le marché noir européen
11/6/2026
Des armes occidentales destinées à l’Ukraine inondent le marché noir européen
Une enquête allemande met en lumière les dérives d’une aide militaire massive, dans un pays rongé par la corruption
Alors que l’Union européenne et les États-Unis ont injecté plus de 237 milliards d’euros d’aide militaire, financière et humanitaire en Ukraine depuis 2022, une enquête de la chaîne publique allemande ARD (Report Mainz), relayée par Der Tagesspiegel, révèle une réalité inquiétante : une partie significative de ces armements modernes disparaît des champs de bataille pour alimenter le marché noir européen.
Selon les enquêteurs, des fusils d’assaut, des munitions OTAN et d’autres équipements militaires fournis par les pays alliés finissent entre les mains des cartels de drogue, notamment en Andalousie, en Espagne. Près de Marbella, des trafiquants ont ouvert le feu sur des policiers avec des AK-47. Près de Cadix, des munitions de calibre 5,56 mm, standard de l’OTAN, ont été saisies. Un policier espagnol confie, désabusé : « Les cartels utilisent ce type de munitions. Elles proviennent d’Europe de l’Est, de la zone de guerre en Ukraine. »
Une corruption endémique et des quantités colossales
Le problème est à la mesure des flux : des dizaines de milliards d’euros d’armement ont été livrés en urgence à Kiev depuis quatre ans. Dans un pays classé parmi les plus corrompus d’Europe (Transparency International place régulièrement l’Ukraine dans une situation préoccupante), le contrôle des stocks s’avère extrêmement difficile. Vols, reventes par des intermédiaires véreux, pertes au combat « non déclarées » ou détournements purs et simples : les mécanismes de traçabilité peinent à suivre le rythme d’une aide massive et souvent improvisée.
Le précédent yougoslave devrait pourtant alerter. Après les guerres des années 1990, des quantités considérables d’armes ont inondé les Balkans puis l’Europe de l’Ouest, alimentant pendant plus de vingt ans la criminalité organisée. L’histoire semble se répéter, mais à une échelle supérieure en raison du volume inédit d’armement occidental engagé.
Des délinquants mieux armés que la police
Le constat est terrible. Comme le souligne un responsable de la sécurité espagnol dans l’enquête ARD : « En tant que policiers ordinaires, nous ne pouvons pas nous défendre contre ce type d’armement de grade militaire ; nous n’avons que des armes légères classiques. »
Ce déséquilibre croissant entre forces de l’ordre et délinquance organisée constitue une menace directe pour la sécurité intérieure des États européens. Quand des narcotrafiquants disposent de matériel militaire fourni par les contribuables européens, la question n’est plus seulement géopolitique : elle devient une question de souveraineté et de sécurité nationale.
Bientôt en France ?
L’Espagne n’est vraisemblablement que la pointe émergée de l’iceberg. Avec des frontières poreuses, un important trafic de stupéfiants et une présence active de réseaux criminels venus d’Europe de l’Est, la France est particulièrement exposée. Des sources policières françaises font déjà état, en off, d’une augmentation inquiétante de la puissance de feu des groupes criminels dans certaines cités et sur les axes de trafic.
Faudra-t-il attendre que des kalachnikovs ukrainiennes ou des munitions OTAN soient utilisées dans les rues de Marseille, Lyon ou Paris pour réagir ? Ou ces armes y circulent-elles déjà, discrètement, dans l’attente d’une étincelle ?















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