Traduction

7 mai 2026

Elisabeth Spitz


Parfois on penche dans le vide comme cette rose.
Sur la gouttière froide, elle fait une pause.
Elle tient dans cet instant fragile
Où le souffle du monde la rend fébrile.
La pluie insistante ce soir ne peut la sauver.
Comme certaines certitudes qui se mettent à céder.
Nous sommes souvent aussi posés sur des équilibres
Avec le vide sous nos pas qui nous rend moins libres.
Ce n’est pas toujours le vent violent qui nous emporte
Mais une accumulation de gouttes qui nous déporte.
Comme un glissement invisible, une fatigue silencieuse.
Presque imperceptible, la chute sera malheureuse.
Parfois comme la rose, on ne se débat pas.
On penche, on cède, on tombe très bas.
Dans sa chute il y a une forme de vérité.
Tout ce qui s’élève trop haut et seul perd le sens de la gravité.
Même brisée sur les graviers, la rose garde sa beauté.
La beauté ne réside-t-elle pas dans l’équilibre au final ?
Ou peut-être dans la manière dont on accepte de la perdre même si ça fait mal ?

5 mai 2026

Eric Vial
5/5/2026

Les juges, nos vrais maîtres ?

« Le triomphe des démagogies est passager, mais les ruines sont éternelles. »
Charles Péguy.

S’il voulait dégoûter des européistes, c’est réussi !
Ghislain Benhessa, docteur en droit, diplômé en philosophie, vient de publier un pamphlet captivant sur la crise de régime qui secoue actuellement l’Europe : « Nos vrais maîtres. Histoire secrète des hommes qui vendent la France à l’Union européenne (éditions l’Artilleur).
Passons outre le titre racoleur et tapageur. Car l’enseignant de l’université de Strasbourg livre ici une enquête fouillée, rare, sur ceux qu’il désigne comme les responsables de la décadence actuelle de l’Europe : les juges de la Cour de justice de Luxembourg, « les juges sont au cœur du réacteur de l’Europe ».
Pour Ghislain Benhessa, le constat est accablant. Les politiciens européens, dès le début de la construction européenne, ont livré la souveraineté des nations à des juges non élus et non représentatifs. Les peuples ont été spoliés. Pas de hasard ou de concours de circonstances. Pour lui, il s’agit bien d’une « machination » savamment orchestrée et organisée qui résulte en une confiscation de la démocratie.
Alors, l’avocat remonte le fil de l’histoire pour comprendre. Comment a-t-on pu en arriver là ? La presse, les électeurs, les commentateurs avaient tous les yeux rivés sur les politiciens. Ils ont omis de regarder du côté des juges qui ont manifestement su se faire oublier pour prendre le pouvoir insidieusement sur tout le continent.
L’enquête est palpitante. À la manière de Montesquieu, Ghislain Benhessa fouille dans les curriculum vitae des premiers fondateurs du droit européen et des codicilles de notre souveraineté. Il y découvre « des intrigues de salon qui suintent l’entre-soi », et le recyclage de magistrats antisémites qui ont fait les beaux jours du régime de Vichy.
Maurice Lagrange, le rédacteur du premier texte de l’Europe du charbon et de l’acier (1950), fut aussi celui qui a rédigé les lois antijuives et antimaçonniques du maréchal Pétain.
Le livre désigne d’autres responsables et ne s’encombre pas du respect dû aux morts : Michel Gaudet, Adolphe Touffait, Robert Lecourt… Ils passent tous à la moulinette. À cause d’eux, « le système européen de la supranationalité a été verrouillé. Impossible de s’en sortir sans divorce. »
L’écœurement des petites combines de ces courtisans qui veulent s’offrir une nouvelle virginité morale gagne vite le lecteur. Ces intrigants tissent leur toile en mettant, peu à peu, « la main sur la bureaucratie européenne ». Les révélations s’enchaînent. La cooptation pour les postes semble de mise. « Et la soupe est bonne. Un juge de Luxembourg émarge à plus de 300 000 €. »
Pour l’auteur, ces opportunistes européens qui agissent dans l’ombre n’ont qu’un but : rendre supérieur le droit européen sur le droit français afin de prendre le pouvoir.
Face à eux, la résistance de gauche et de droite, a tenté de s’organiser sans jamais y parvenir. Un Frexit était même sur la table dès 1965.
Le général de Gaulle, Michel Debré, Jean-Jacques de Bresson, Jean-Pierre Chevènement, Arnaud Montebourg, Michel Aurillac, Philippe Séguin, Charles Pasqua, Philippe de Villiers, ont été les « empêcheurs de tourner en rond de l’Europe ». Mais, ils ont tous été victimes de campagnes de décrédibilisation qui ont mis un terme à leurs parcours politiques. Même Jacques Chirac a dû se résoudre à défendre l’Europe des juges. Pour l’essayiste, il est impossible de s’attaquer « au dogme de l’Europe » sans en subir les conséquences.
Finalement, dans une opacité totale, et malgré des « non » à des référendums, c’est l’Europe des juges qui a gagné.
Nous sommes bien loin de la philosophie de « l’article 6 de la Déclaration universelle des droits de l’homme et du citoyen de 1789 qui prévoit que la loi est l’expression de la volonté générale. »
Alors, Ghislain Benhessa conclut et prophétise : « L’Europe, c’est le totalitarisme du bien. Personne ne peut croire longtemps en un système suicidaire, radotant à chaque crise qu’il faut plus d’Europe. »
Le brûlot a le mérite de nous interpeller sur la séparation des pouvoirs, de nous interroger sur cette question essentielle pour notre avenir : quelle Europe voulons-nous, celle des juges ou celle des citoyens ? Mais peut-être est-il déjà trop tard pour se la poser ?

4 mai 2026

[POLITIQUE & SUJETS DE SOCIÉTÉ]

H16
4/5/2026

L’hôpital français tue plus que la route

Allons bon, voilà qu’on apprend que le système de santé hexagonal, ce monument national dont on parle avec une voix vibrante sur les ondes, le « meilleur système au monde » qui justifie à lui seul des cotisations obligatoires d’une rare gourmandise, semble en réalité connaître quelques menus désagréments.

Apparemment, il tue et beaucoup plus qu’on ne veut nous le dire.


Non ce n’est pas une exagération (ce n’est vraiment pas le genre de ces colonnes, enfin voyons !) mais bien ce qui ressort du rapport publié le 27 avril dernier par la Cour des comptes et sobrement intitulé « La politique d’amélioration de la qualité des soins dans les établissements de santé ». Derrière ce titre qui sent le cuir d’un sous-mains de préfecture, on découvre le panorama consternant de ce que subit un Français lorsqu’il pousse les portes d’un des 2965 établissements qui prennent en charge, chaque année, environ 13 millions de patients.

On découvre dans le rapport que la « non-qualité » (l’expression elle-même mérite une médaille de la litote administrative) des soins provoque environ 4000 décès par an du seul fait des infections nosocomiales, que 16 060 événements indésirables graves associés aux soins ont été signalés, dont 7878 se sont conclus par la mort du patient.


Les estimations indépendantes font état, par ailleurs, de 150 000 à 375 000 accidents médicaux annuels, fourchette dont l’amplitude trahit déjà l’état du compteur.

C’est quelque peu préoccupant, …


… D’autant que la Cour souligne que ces chiffres sont vraisemblablement très en deçà de la réalité (tant qu’à faire), en raison d’une sous-déclaration massive et systémique.


Tout ceci arrive, on le rappelle, dans un pays qui dépense gaillardement plus de 12 % de son PIB en santé, et dans lequel la Cour des Comptes, après avoir épluché ceux des hôpitaux, estime de surcroît que ces péripéties hospitalières à l’issue dramatique coûtent entre 11 et 33 milliards d’euros (admirez la précision de la fourchette), selon le périmètre retenu.


Eh oui, vous avez bien lu : l’hôpital français tue davantage que les accidents de la route.

4000 morts par infection nosocomiale, c’est plus que les quelque 3000 décès annuels recensés sur les routes de France. Certes, ce rapprochement fait par plusieurs médias est hardi mais il est exact et pointe une étrange hiérarchie réelle des morts de la part de l’État.

Pour vous protéger sur l’asphalte, il a déployé tout un arsenal de radars, de PV, de stages obligatoires, de limitations à 80 km/h sur les départementales, de contrôles techniques et de campagnes moralo-culpabilisatrices ; chaque mort sur la route est passée au scalpel statistique, chaque chiffre est médiatisé pour justifier la prochaine restriction.

En revanche, il n’y aura aucun radar, PV ou note salée pour un établissement où l’on contracte une bactérie multirésistante en venant se faire opérer du genou. La même administration qui exige encore une vignette Crit’Air pour entrer dans Paris sait faire preuve de souplesse quand il s’agit de pousser des cadavres hospitaliers hors champ.

Mais il y a pire : cette mortalité parfaitement évitable est assez largement dissimulée.


La déclaration des événements indésirables graves est pourtant une obligation légale, mais comme l’explique la Cour des comptes et le confirme Le Monde, les établissements omettent allègrement de faire ce que la loi leur impose. Ici, repensez à vos deux points de sucrés parce que vous avez roulé à 53 km/h dans votre Doblo en agglomération…

Audacieux (voire un peu foufous), les sages de la rue Cambon suggèrent donc d’instaurer des sanctions financières contre les hôpitaux qui ne déclarent pas.

Réaction immédiate de Rémi Salomon, président de la CME de l’AP-HP : ce serait « contre-productif », rappelant comme il se doit que les sanctions financières sont pour le contribuable qui oublie une case sur sa déclaration, ou pour le plombier un peu vif sur une route de campagne, mais certainement pas pour un dérapage hospitalier ayant entraîné un ou plusieurs morts.

Enfin, on ne pourra s’empêcher de noter que, comme le disait un célèbre dindon cocaïnomane, « tout cela coûte un pognon de dingue ».

Les 11 milliards d’euros de préjudices parables, les 22 milliards de soins « inutiles ou à faible valeur », les 5 milliards d’infections nosocomiales évitables : la facture totale flirte avec les 33 milliards annuels, soit grosso modo l’équivalent du budget de la Justice et de l’Intérieur réunis.

Le contribuable français, déjà champion d’Europe des prélèvements obligatoires, paie donc deux fois : une première pour financer un système prétendu exemplaire, une seconde pour réparer les dégâts que cette exemplarité occasionne. Et naturellement, à la moindre alerte budgétaire, on ne compare jamais avec ce qui marche ailleurs et on lui annonce qu’il faudra encore augmenter la CSG, la cotisation truc, la taxe bidule et le forfait hospitalier.

Curieusement, ces 33 milliards d’euros engloutis dans la « non-qualité » n’émeuvent personne d’autant que, brûlés ainsi sans laisser de trace, ils ne risquent pas d’apparaître sur un budget rectificatif gênant.


Il faut le redire : le système de santé français n’est plus depuis longtemps qu’un mythe entretenu à coups de communication ministérielle.

La Cour constate poliment que la qualité « progresse mais reste lacunaire » ; l’OCDE estime, plus réaliste, que plus d’un tiers des décès post-opératoires, infections et erreurs pourraient être évités, et que les pays comparables font mieux.

La France, championne de la ponction fiscale, fait moins bien que ses voisins en matière de sécurité des soins, tout en dépensant largement davantage.

Pendant ce temps, comme le rapporte TF1 Info, Camille n’ouvre plus ses tiroirs trop bas et un autre patient, renvoyé d’un service d’urgences, a obtenu son rendez-vous spécialiste 514 jours plus tard, le temps que sa prostate se transforme en sablier.

Derrière les constats trop prudents de la Cour on voit un service public devenu une sorte de coopérative de défense de ses propres agents, où la priorité n’est plus de soigner mais de se protéger des reproches ; un hôpital géré aux feuilles Excel par une administration centralisée qui confond gestion et bureaucratie ; un corps médical où, faute d’incitations claires, la culture de la qualité s’étiole, le sous-effectif devient chronique et les salaires réels reculent à mesure que charges, impôts et cotisations explosent.

C’est l’aboutissement logique de tout monopole étatique : il finit toujours par servir ceux qui en vivent plutôt que ceux pour lesquels il existe. Le système de santé français n’a pas échappé à cette logique : il coûte une fortune aux Français qui, chaque jour, espèrent de plus en plus fort n’avoir jamais à s’en servir.


[Le blog des esprits libres et éclairés, c'est ici ⇨ liberteresistance.fr]
Le peintre François Malnati fera une présentation de la technique du pastel

le vendredi 29 mai à 19 heures

à la Librairie Pleine Page à Sélestat

Si cela vous intéresse vous pouvez vous enregistrer en librairie ou par email :
lib.pleinepage@ecomail.fr

C'est gratuit.

Librairie Pleine Page
13 rue Sainte-Barbe à Sélestat

Abbaye de Marbach

Découvrez la saison 2026...


du 28 juin au 20 septembre 2026

18 concerts, 1 expo, 1 flânerie, 16 visites guidées
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En 2026, l’Abbaye de Marbach ouvre un nouveau chapitre consacré à la découverte et au soutien des talents émergents. Cette nouvelle saison a l’envie de mettre en lumière les artistes d’aujourd’hui qui dessinent déjà les paysages culturels de demain.

Regarder, écouter, sentir, voir, entendre, partager, rire, pratiquer… découvrir d’autres cultures, d’autres modes d’expression, s’ouvrir à des univers inattendus, rester curieux. C’est le pari que s’est donné l’équipe artistique de l’Abbaye de Marbach animée par la volonté de soutenir la création artistique et d’accompagner celles et ceux qui font déjà la culture de demain.
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⇒ découvrir la saison


Quelques changements :

- désormais les concerts en soirée seront à 19h au lieu de 20h30, l'occasion de prolonger le concert par un moment convivial à la buvette et profiter de la température agréable d'une soirée d'été. Les concerts le dimanche et 15 août restent à 17h.

- l'Abbaye de Marbach se dote enfin d'un numéro de téléphone qui lui est propre. Pour nous joindre, composez désormais le 07 70 13 98 22 et toujours par mail à culture@abbayedemarbach.org

infos / renseignements
Contacter Laurence au 07 70 13 98 22
Email : culture@abbayedemarbach.org
Site web : http://abbayedemarbach.org
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Abbaye de Marbach
lieudit Marbach
68420 Obermorschwihr
Victorine Valentin

MARDI 5 MAI À 18H30 AU PÔLE MÉDIA-CULTURE EDMOND GERRER

Une conférence pour savoir comment évoluent notre rapport à l'information, nos usages et les contenus du web à l'ère de l'Intelligence Artificielle générative...
Plus qu’à aucune autre époque, la façon de produire, de diffuser et de consommer l’information a largement évolué depuis quelques années et suscite de nombreuses interrogations.
Ainsi, l’intégration récente de l’IA générative dans nos usages au quotidien et dans la sphère professionnelle, quels que soient les secteurs de nos activités humaines, laisse entrevoir à la fois des perspectives fascinantes et de réelles craintes sur la qualité des contenus que nous consommons ou que nous produisons.
Au-delà même de la généralisation des désordres de l’information (mésinformation, désinformation et dans une approche plus récente, l’hypertrucage ou Deepfake), certains s’inquiètent de l’envahissement de nos espaces informationnels et de connaissances par des contenus synthétiques générés massivement par l’IAg, de façon standardisée et surtout de piètre qualité. L’ « IA slop », à la fois objet de fascination et véritable accumulation d’inepties ou de déchets synthétiques captant votre attention, constitue une forme récente du phénomène principalement synonyme de dégradation importante de la qualité des contenus accessibles (textes, vidéos, sons et musique, « arts », etc.) mais aussi de l’expérience vécue sur les médias sociaux.
On peut se demander alors si le web de la culture et de la connaissance tel que nous l’avions rêvé et construit au début des années 90 est désormais agonisant ?
De la même façon, le développement de l’esprit critique, la confiance et l’émancipation au travers de contenus variés et de qualité ne constitueront-ils plus qu’une chimère noyée dans une bouillie numérique où la sensibilité, l’expertise et l’originalité humaine auront disparu ?
Cette intervention et les échanges qu’elle pourra susciter seront l’occasion de s’interroger sur la valeur de l’information, des contenus et de la créativité à l’ère de l’IA mais aussi sur les enjeux et sur la dimension culturelle d’un tel phénomène.
Pierre-Yves CONNAN est Maître de Conférences en Sciences de l’Information et de la Communication à l’Université de Strasbourg (UNISTRA). Il est chercheur au Laboratoire LISEC (UR2310) au sein de l’équipe Tec&Co. Ses travaux récents portent sur les usages et non-usages des IA génératives, leurs impacts sur les pratiques informationnelles et sur les questionnements éthiques qu’elles suscitent.

3 mai 2026

Yann Durrière
3/5/2026

3 mai – Journée mondiale de la liberté de la presse


Dans un monde où l’information circule en continu, où les pressions politiques, économiques et idéologiques existent, il est plus que jamais nécessaire de défendre une presse libre, indépendante et responsable.
Mais cette liberté implique aussi une exigence : celle de la vérité, de la rigueur et du respect du pluralisme des opinions. Informer, ce n’est pas orienter. C’est éclairer.
En cette journée du 3 mai, rendons hommage à tous les journalistes qui exercent leur métier avec courage, parfois au péril de leur sécurité, et rappelons que sans liberté de la presse, il n’y a pas de véritable liberté tout court.
Défendre la liberté de la presse, c’est défendre la démocratie.